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chronique

25 % des joueurs de la LHJMQ ont été échangés, est-ce normal?

Noah Dobson

Noah Dobson

Photo : Twitter / Titan AcadieBathurst

Martin Leclerc

« Il faut critiquer, il faut constamment tout remettre en cause. Cela permet de rester jeune et de progresser », a un jour écrit Alice Parizeau. Peut-être sourirait-elle, aujourd'hui, en voyant sa citation au cœur d'une chronique portant sur le petit univers du hockey junior.

Dimanche dernier marquait la date limite des échanges dans la LHJMQ. En tout, depuis le début des camps, pas moins de 105 joueurs d’âge junior ont été échangés.

Ça signifie que 25 % (c’est énorme!) des jeunes placés sous la responsabilité des équipes de la LHJMQ ont été troqués comme des marchandises avec tout ce que cela comporte : changement de famille d’accueil, changement d’équipe, changement d’école ou de cégep, alouette.

La LHJMQ existe depuis 50 ans. Et depuis un demi-siècle, on s’y échange des jeunes âgés de 16 à 20 ans comme s’ils étaient des professionnels et comme s’il n’y avait aucune conséquence à ces échanges. Pourquoi? Parce que c’est comme ça.

Appliquons maintenant le raisonnement de Mme Parizeau, qui a été une grande journaliste et écrivaine, et remettons en cause cette pratique très ancrée dans les mœurs de notre sport national :

- Tous ces échanges, tous ces déménagements et changements d’établissements scolaires sont-ils bénéfiques ou nuisibles au rendement scolaire et athlétique de ces jeunes?

- La LHJMQ pourrait-elle continuer à fonctionner en privilégiant le développement et la stabilité des jeunes, par exemple en permettant aux équipes de conclure des échanges durant l’été, mais en leur interdisant de le faire durant la saison?

***

Dimanche dernier, j’ai une fois de plus sursauté en constatant le nombre effarant de joueurs qui avaient changé d’adresse durant la période des Fêtes. C’est pourtant la même chose tous les ans.

J’avais d’ailleurs signé une chronique à ce sujet en janvier 2016, dans laquelle je m’étonnais de ne voir personne remettre en question l’existence de cette espèce de « marché du jeune hockeyeur ».

En tant que société, ne sommes-nous pas rendus ailleurs?

Au moins, les derniers jours m’ont permis de découvrir que d’autres acteurs du milieu pensent aussi que le hockey junior serait dû pour faire son entrée dans le nouveau millénaire.

Lundi, un agent respecté me confiait son dégoût face à l’importante couverture médiatique que suscite la date limite des échanges au hockey junior.

« Les journalistes qui couvrent le hockey junior sont de bons gars, mais plusieurs ne semblent pas se rendre compte de l’âge des joueurs impliqués dans ces échanges. Certains de ces jeunes passent d’une équipe à l’autre et s’adaptent rapidement, alors que pour d’autres, c’est comme si leur univers s’écroulait. Je le sais. Je l’ai vécu.

« Cette pratique existait dans les années 1970 et on se demande comment il se fait qu’elle soit encore permise aujourd’hui. C’est totalement dépassé et ça ne répond certainement pas aux intérêts des jeunes », déplorait-il.

***

Par ailleurs, toujours lundi, le chroniqueur du Toronto Star, Damien Cox, signait à ce même sujet un virulent texte intitulé « Négociant joyeusement, les équipes juniors se soucient plus de leurs profits et de la course aux séries que de leurs joueurs ».

« Plus de joueurs vedettes seront échangés dans la Ligue canadienne que dans la LNH cette saison, malgré le fait que les juniors ne soient toujours pas rémunérés. Un plafond salarial restreint la marge de manœuvre des équipes de la LNH. Mais rien ne freine les franchises de hockey junior », écrivait Cox, qui connaît bien le milieu puisqu’il fait annuellement partie du panel d’analystes de Sportsnet au tournoi de la Coupe Memorial.

« La LCH, qui inclut la Ligue de l’Ontario, la Ligue de l’Ouest et la LHJMQ, s’est considérablement améliorée au cours des 20 dernières années. Mais de plusieurs façons, elle maintient la même structure archaïque [...] Du jour au lendemain, un joueur de 16 ans disputant quelques minutes au sein d’un quatrième trio et fréquentant l’école secondaire peut se réveiller et apprendre qu’il a été échangé de Prince George à Brandon, de Charlottetown à Shawinigan, ou de Sarnia à Sault-Sainte-Marie [...] Et tout le monde dans le milieu semble croire que c’est bon pour le hockey », disait Cox.

« C’est une chose pour la LCH de continuer à propager la fiction voulant qu’elle soit une ligue de développement pour amateurs. Mais il faut épouvantablement étirer cette fiction pour croire qu’il est juste et raisonnable de traiter des adolescents comme des vétérans de la LNH. Il faut que ça cesse », avait-il conclu.

***

Le passage chez les juniors ne dure que quatre ans et est déterminant tant sur le plan athlétique qu’humain. Mais durant cette période, un hockeyeur a presque 100 % de chances d’être échangé par l’équipe qui l’a sélectionné au repêchage. Ce n’est pas sérieux. Sans compter que dans une perspective de développement de l’athlète, ça défie toute logique.

Que se passerait-il si les équipes juniors majeures n’avaient plus le droit de s’échanger des joueurs? La Terre cesserait-elle de tourner? Bien au contraire.

Les athlètes profiteraient d’une plus grande stabilité. Un plus grand nombre d’entre eux pourraient passer tout leur stage junior au sein de la même équipe, de la même famille d’accueil et du même cégep.

Aussi, au lieu de jeter leurs joueurs par-dessus bord au moindre désagrément ou à la moindre occasion de profit, les entraîneurs et directeurs généraux seraient forcés de privilégier le recrutement et l’enseignement, et de planifier le développement de leurs athlètes sur plusieurs années.

Demandez à n’importe quel spécialiste lequel des deux systèmes serait le plus simple, le plus efficace et le plus civilisé. Il n’hésitera pas une seconde.

Mais incroyablement, 50 ans plus tard, notre société tolère encore que dans l’espoir de remporter un match de plus, des administrateurs de clubs de hockey s’échangent des adolescents.

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