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« En tant que botteur, tu es le héros ou la chèvre » - Christopher Milo

Le botteur des Bears de Chicago Cody Parkey (au centre) constate son échec à la fin du match contre les Eagles de Philadelphie.
Le botteur de placement des Bears de Chicago Cody Parkey (au centre) constate son échec à la fin du match contre les Eagles de Philadelphie. Photo: Reuters / USA Today Sports
Radio-Canada

Quand le botté de placement du spécialiste des Bears Cody Parkey a cruellement terminé sa course en frappant par deux fois les poteaux dans les dernières secondes du match éliminatoire contre les Eagles dimanche, le Québécois Christopher Milo s'est immédiatement levé de son siège, dégoûté par ce qu'il venait de voir. C'est que lorsqu'on est soi-même botteur, l'on comprend instantanément ce qu'une telle malchance signifie pour l'homme.

Un texte d'Olivier Paradis-Lemieux

« Ce n’est même pas mon équipe, les Bears, je suis un partisan des Patriots, mais j'ai couru vers ma femme qui était en train de se préparer pour aller se coucher. J'ai couru pour lui dire : "Tu ne peux même pas croire ce qui vient d'arriver." Le pauvre gars... Quelle malchance. J'avais le coeur dans l'estomac. J'avais vraiment mal pour lui. Tout botteur, peu importe son niveau, a eu la même sensation hier soir », raconte le botteur de 32 ans, ancien du Rouge et Or de l'Université Laval qui a joué 7 saisons dans la Ligue canadienne (LCF).

Avec 10 secondes à jouer et un pointage de 16-15 en faveur des champions du Super Bowl, Cody Parkey s’amenait sur le terrain pour un placement de 43 verges qui aurait propulsé son équipe au deuxième tour des éliminatoires pour la première fois en neuf ans. Parkey avait réussi ses trois premiers placements du match.

Mais en tant que botteur, rappelle Milo, « tu es le héros ou tu es la chèvre ».

Parkey a initialement réussi le placement, « en plein centre », mais le jeu a été rappelé parce que l’entraîneur des Eagles Doug Pederson a appelé un temps d’arrêt juste avant la remise, une stratégie régulièrement utilisée afin de déstabiliser le botteur adverse.

À la deuxième tentative, Treyvon Hester des Eagles a légèrement fait dévier le ballon qui s’est mis à flotter vers la gauche avant de heurter l'un des poteaux et ensuite rebondir sur la barre horizontale du mauvais côté de la victoire.

C’était la sixième fois cette saison qu’un des bottés de Parkey frappait un poteau. Même que dans un match devenu tristement célèbre, quatre tentatives du botteur se sont conclues de la sorte.

Une situation que connaît bien Milo. En 2013, ses bottés ont heurté quatre poteaux. Il note, en rigolant, qu’il se trouve au 2e rang de l’histoire de la Ligue canadienne pour des poteaux frappés avec 13. Une seule fois, le ballon a tout de même poursuivi sa course du bon côté. « On ne m'appelle pas le postier (postman) pour rien », avait-il d'ailleurs noté avec humour sur son compte Twitter dimanche.

« Le fait qu'hier, ç'a frappé le poteau et la barre horizontale et que ce soit sorti de 10 verges... Qu'est-ce que tu es censé faire? Ce sont des choses qui arrivent, tu ne peux rien contrôler à la suite du botté. Tu espères que tu frappes une belle balle. Je pense que c'est ça qu'il a fait. Le fait qu'il a été dévié et qu'il se rende, tu vois que c'était un botté bien frappé. Il jouait un peu le vent, un peu la situation... Tu ne peux pas expliquer pourquoi une année il y en a plus, pourquoi il y en a moins. »

À moins qu'il y ait des aimants dans le ballon, je ne sais pas comment expliquer la situation.

Christopher Milo

La chèvre et les réseaux sociaux

Cody Parkey est alors devenu, pour quelques centimètres, la cible des amateurs chicagolais : hué depuis les estrades à sa sortie du terrain, conspué violemment sur les réseaux sociaux.

« Ça fait partie de la job. On le dit souvent. Tout le monde a un travail à faire et le sien est de la mettre dedans. Sauf que ce n'est pas juste le résultat d'un jeu qui va faire en sorte que le match va être perdu. Oui, il a été perdu sur ce jeu-là, mais durant les 59 autres minutes et 50 secondes, les autres joueurs auraient pu faire une différence aussi. Il a quand même connu un excellent match jusqu'à ce point-là. Il était parfait durant le match. C'était un peu grâce à lui qu'ils étaient encore dans la rencontre », dit Milo.

« Mais les partisans ne voient pas ça comme ça », a-t-il ajouté.

Dans sa carrière, Christopher Milo a eu à subir quelques esclandres de partisans mécontents qu’un de ses bottés ait raté sa cible, mais rien de la virulence des commentaires que Parkey a du constater sur son profil Instagram, fermé à d’autres envolées de la sorte depuis, et qui rappelle l’incident Maxime Comtois il y a quelques jours.

Christopher Milo regarde vers le ciel après avoir réussi un placement quand il jouait pour les Roughriders de la Saskatchewan, en 2014.Christopher Milo regarde vers le ciel après avoir réussi un placement quand il jouait pour les Roughriders de la Saskatchewan, en 2014. Photo : La Presse canadienne / Liam Richards

« Ça m'est arrivé quelques fois, c'est arrivé aussi envers ma famille, envers ma femme, dévoile Milo. C'est sûr que ce n'est pas évident, mais tu essaies de ne pas trop lire les commentaires négatifs et d'être avec les gens qui sont proches de toi, d'avoir leur soutien et c'est ça qui fait en sorte qu'ils peuvent passer au travers. »

Avec ces deux incidents rapprochés en peu de temps, Comtois et Parkey, Milo se fait philosophe. Les athlètes, toujours plus présents sur les réseaux sociaux, seront régulièrement exposés à ce genre de décharges émotives des amateurs, mais il appelle à la modération.

« C'est difficile de fermer Internet, souligne-t-il. C'est parti et ça va, enfin peut-être, juste s'empirer. On est sur nos téléphones, ça fait partie de nos vies avec Twitter, Facebook et Instagram. On met notre vie personnelle sur les réseaux sociaux, l'envers de la médaille est qu'on puisse s'attendre que des gens fassent des commentaires déplacés, ou qu’ils vont dire leur opinion. La réalité est qu'ils ont droit à leur opinion, mais il y a des gens qui vont toujours essayer de pousser la limite… »

C'est la réalité et les athlètes du futur vont devoir vivre avec ça.

Christopher Milo

« Je suis un partisan du sport, alors si je vois des choses qui ne sont pas évidentes, je vais m'exprimer. Mais j'essaie de le faire avec une politesse et de le faire avec des mots qui n'affecteront pas la personne. »

Christopher Milo espère, enfin, que ce placement raté ne mette pas une fin abrupte à la carrière de Parkey avec les Bears ou dans la NFL. Avant le début de la saison, Cody Parkey a signé avec les Bears un contrat de quatre ans pour une somme de 15 millions de dollars, dont 9 sont garantis.

« En tant que botteur, il faut que tu aies une mémoire courte, affirme-t-il. Il est encore très jeune et j'espère qu'on va continuer de lui donner sa chance, si quelqu'un lui donne une chance, et qu'il puisse se reprendre avec les Bears l'année prochaine. »

« Je ne sais pas ce que son contrat dit ou ce que les Bears pensent. Je ne sais pas comment les partisans vont réagir. C'est sûr qu'ils vont l'avoir sur le coeur toute l'année et au début de l'année prochaine. Et, connaissant la NFL, il pourrait bien se retrouver sans emploi dans les prochaines semaines... »

« C'est malheureux parce que ce n'est pas un botté qui devrait définir ta carrière », conclut-il.

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