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Les sources de plaisir de Brittany Phelan

Elles sourient.

Brittany Phelan et sa bonne amie Kelsey Serwa ont partagé le podium aux Jeux olympiques d'hiver de Pyeongchang, en février 2018.

Photo : Reuters / Issei Kato

Radio-Canada

La recette gagnante de tout athlète requiert du travail, de la confiance, mais pour Brittany Phelan, le plaisir est une condition sine qua non pour connaître du succès.

Un texte d'Olivier Pellerin

En 2015, la vitesse ne suffisait plus. Après huit années passées avec l’équipe nationale de ski alpin, et une 15e place en slalom aux Jeux olympiques de Sotchi, Brittany Phelan a senti le besoin de retrouver les sensations ressenties à ses débuts sur les planches, à Mont-Tremblant, à sauter dans le parc à neige. Surtout, elle souhaitait pouvoir se frotter à des concurrentes sur la piste.

À 24 ans, elle a osé une réorientation de carrière qui lui aura finalement permis de grimper sur un premier podium olympique à Pyeongchang, en février dernier.

L’éclosion de Phelan s’est produite durant un camp en prévision de la saison 2017-2018, sa deuxième à temps plein sur le circuit de la Coupe du monde de ski cross. Selon l’entraîneur de l’équipe canadienne, Stanley Hayer, tout s’est mis en place, comme si la Québécoise avait finalement pris ses distances des épreuves de vitesse qui ont marqué ses premières années de compétition.

En trois ans seulement, l'athlète de Mont-Tremblant a fait des pas de géant au classement mondial. À sa première saison, partagée entre le circuit nord-américain et le circuit de la Coupe du monde de ski cross, Phelan a pris le 30e rang du classement général. L’année suivante, elle faisait un bon de 20 positions (10e) avec une 4e place à Blue Mountain, en Ontario, pour clôturer une année encourageante.

La saison dernière, Phelan s’est hissée sur le podium à trois reprises en Coupe du monde, avec deux médailles d’argent dans les deux dernières courses de la saison. Elle a été la meilleure Canadienne avec une 3e place au général. Le point culminant demeure ce titre de vice-championne aux Jeux de Pyeongchang, tout juste derrière sa bonne amie Kelsey Serwa.

« Pour que je skie bien, il faut que je m’amuse »

Cette affirmation semble au centre des préoccupations de l’athlète de 27 ans. Son lien d’amitié avec sa compatriote Kelsey Serwa est au coeur de sa conquête de la médaille d’argent.

« Moi et Kelsey, on travaille vraiment bien ensemble, explique-t-elle. On travaille fort, mais en même temps, on s’amuse tous les jours. Je pense que je n’aurais pas eu de médaille olympique sans Kelsey, et elle dirait la même chose. On a vraiment travaillé ensemble pour avoir ce résultat-là. »

Serwa a laissé savoir qu’elle souhaite se retirer à l’issue de la prochaine saison pour terminer des études en kinésiologie. La skieuse de 29 ans a passé les dernières semaines sur les bancs d’école. Résultat : elle n’a rejoint ses coéquipières que le week-end dernier, en Autriche, après un retour sur neige en solitaire à la station Big White, en Colombie-Britannique, le 20 novembre.

Malgré les allures de tournée d’adieux de cette dernière campagne, le contexte n’altère en rien le désir de la championne olympique de remporter chacune des courses auxquelles elle participera.

« La première journée, elle est arrivée [à l’entraînement], on a fait des départs et elle était dans les mêmes temps que nous, explique Phelan au sujet de sa bonne amie. Elle veut bien faire et veut finir sa carrière au sommet. Elle s’entraîne comme d’habitude, plus fort que tout le monde. »

Kelsey Serwa, qui devait rater les deux premières Coupes du monde de la saison, sera de la première séance de qualifications de la saison, dimanche, à Arosa, en Suisse.

Elle souhaite bientôt passer à autre chose, mais Brittany Phelan essaie de la convaincre du contraire pour l’avoir à ses côtés jusqu’aux prochains Jeux olympiques, à Pékin, en 2022.

« C’est sûr que c’est important pour moi. Mais en même temps, je veux qu’elle fasse ce qu’elle veut. Et si c’est d’aller à l’école et de poursuivre d’autres choses, je veux qu’elle le fasse. Mais c’est sûr que chaque année, je vais essayer de la convaincre de faire une autre année, et on va être rendu à Pékin, dans quatre ans… j’espère. »

Kelsey Serwa et Brittany PhelanAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Kelsey Serwa et Brittany Phelan célèbrent leur performance au ski cross. (Photo: Getty Images/Ryan Pierse)

Photo : Getty Images

Tout recommencer

Le quotidien de Phelan est demeuré intact, même après ses derniers exploits, si ce n’est des attentes élevées qu’elle est en droit de se fixer.

« Me rendre en finale, ou même en petite finale, c’est le but pour les premières courses », confie-t-elle avec assurance.

Phelan n’a d'ailleurs rien changé à sa préparation. Durant l’été, la Québécoise a de nouveau fait partie de l’équipe cycliste Juliana le temps de quelques courses de vélo de montagne. Une discipline que la skieuse considère comme complémentaire à sa préparation en ski cross.

Ça aide beaucoup parce que ce sont vraiment les mêmes sensations. Comment prendre les virages, comment tu prends le terrain et comme les choses arrivent vite, tu descends vite. Surtout, ça me permet de travailler mon côté mental un peu plus. Je peux essayer des choses en course que, rendu en décembre, je ne voudrais pas essayer en Coupe du monde. Je peux expérimenter un peu.

Brittany Phelan

La jeune femme souhaite bien sûr goûter de nouveau au succès en 2018, et dès les premières épreuves de la saison.

Après deux semaines de camp en Europe, l’équipe canadienne devait entamer la saison de Coupe du monde dans la station française de Val Thorens en Savoie. Une vague de chaleur au cours des dernières semaines et l’absence de neige en Europe ont cependant eu raison du rendez-vous, annulé par la Fédération internationale de ski (FIS). Un scénario identique a aussi forcé l’annulation de l’épreuve de Montafon, en Autriche, le week-end dernier. La FIS planche maintenant sur de nouvelles dates et de nouvelles destinations pour remplacer ces rendez-vous.

Les athlètes pourront enfin s’élancer des portillons de départ dimanche pour la séance de qualifications de la Coupe du monde d’Arosa.

« On dirait que ça commence à être long avant qu’on course. J’ai hâte que ça commence », dit Phelan, impatiente.

Ralentie par une fracture à la main subie en octobre dernier en camp à Saas Fee, en Suisse, Phelan a mis à profit les reports du début de saison pour guérir cette blessure qui ne l’a toutefois pas empêchée de parfaire sa technique sur la neige.

« Je n’ai pas manqué d’entraînement, mais je ne tirais pas beaucoup au départ. C’était quand même de l’entraînement, mais ce n’était pas à 100% », dit-elle.

Le principal chantier de la Québécoise à l’entraînement, cet automne, a été d’améliorer ses départs.

« Je suis plus confiante dans mes départs que l’an passé, et c’était ce qui me manquait. Il n’y a pas vraiment de grands troubles dans mon ski, et je me sens bien mentalement et physiquement. Je pense que je suis dans une bonne place et je veux avoir la même approche que l’an passé, celle de vouloir apprendre de nouvelles choses à chaque course et me rendre aux Championnats du monde, en février, et d’être prête pour la course. »

La première course à Arosa sera une formule sprint, disputée sur un parcours écourté. Le défi sera de taille pour Phelan, puisque le départ sera capital pour y connaître du succès.

« Ça va être une course dure pour moi. Mais en même temps, l’an passé, c’est là que j’ai fait mon premier podium en Coupe du monde. On va voir, mais si à la première course ça ne va pas bien, c’est une longue saison et je ne veux pas me décourager à cause de ça. »

Les débuts de saison sont toujours propices aux doutes, et la skieuse canadienne n’y échappe pas.

« En début de saison, dans la semaine avant une course, on dirait que je commence toujours à penser un peu trop, à penser que je ne suis pas prête, explique-t-elle. C’est quand même normal, mais en ce moment, ça va bien en ski, la main est guérie. C’est le temps que ça commence. »

Marielle ThompsonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marielle Thompson

Photo : La Presse canadienne / Christine Olsson /TT News Agency

À la poursuite de Marielle Thompson

La simple présence de Marielle Thompson en Corée du Sud, l’hiver dernier, tenait du miracle. La médaillée d'or des Jeux de Sotchi et grande favorite pour répéter l'exploit à Pyeongchang avait été victime d'une rupture des ligaments croisé antérieur et collatéral interne, à Saas Fee, en octobre 2017.

Elle s’était contentée du 17e aux derniers Jeux d’hiver, victime d’une élimination dès les huitièmes de finale.

À en croire ses deux premiers résultats de la saison, l’athlète de 26 ans est au meilleur de sa forme et reprendra là où elle avait laissé avant sa blessure. La vice-championne du monde de 2013 a remporté, à la fin novembre, l’or à la Coupe d’Europe et aux Championnats autrichiens de ski cross, à Pitztal, au cœur du Tyrol.

Elle impose déjà le rythme à l’entraînement, au grand bonheur de ses coéquipières.

« À chaque parcours auquel on se présente, on dirait qu’elle est déjà la meilleure la première fois qu’elle le fait. C’est nous encore qui courrons après », lance à la blague Phelan.

Juste d’avoir la meilleure au monde qu’on voit chaque jour s’entraîner, on peut [évaluer notre niveau] par rapport à elle, où on en est […] On est vraiment chanceuses d’avoir quelqu’un comme ça sur notre équipe.

Britanny Phelan au sujet de sa coéquipière Marielle Thompson

Même si les liens d’amitié qui unissent Marielle Thompson et Brittany Phelan sont différents de ceux partagés avec Serwa, leur réunion au sein de la même équipe jouera un rôle tout aussi crucial dans leur préparation pour le prochain rendez-vous olympique.

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