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chronique

New York rend hommage au recruteur québécois des Phillies Alex Agostino

Alex Agostino
Alex Agostino Photo: Sports Talk Philly
Martin Leclerc

Pour ceux qui connaissent cette tâche ingrate, il était difficile de ne pas se réjouir, lundi, en apprenant que le Québécois des Phillies de Philadelphie, Alex Agostino, a été proclamé recruteur de l'année par l'Association des recruteurs professionnels de l'État de New York.

Au Canada, la nouvelle a été rendue publique par le sympathique confrère Bob Elliott, du Canadian Baseball Network.

Déclaration de conflit d’intérêts : Alex Agostino a brièvement été mon entraîneur des lanceurs dans les rangs juniors avec les Ducs de Longueuil. Cela témoigne d’abord d'un très long(!) engagement dans le monde du baseball. J’éprouve beaucoup d’admiration pour lui et nous avons toujours gardé le contact au fil des ans. Chaque fois que je l’appelle, il se trouve à mille lieues de sa résidence de Saint-Bruno, quelque part aux États-Unis, toujours à la recherche de la perle rare.

Même si les recruteurs sont essentiels au succès d’une organisation sportive, ils passent la quasi-totalité de leur carrière à travailler dans l’ombre et à visiter des coins de pays reculés pour dénicher des talents qui émergeront « peut-être » plusieurs années plus tard.

« J’accepte cet honneur avec humilité, a dit Agostino. En même temps, j’en suis extrêmement fier parce que les Phillies m’ont confié la supervision du territoire de New York il y a seulement six ans. Ça signifie que je suis parvenu à tisser des liens intéressants avec les gens de cette communauté. »

***

Les recruteurs du baseball majeur sont beaucoup plus engagés dans les affaires quotidiennes de leur organisation que peuvent l’être, par exemple, les recruteurs de la LNH.

« Dans la MLB, les directeurs généraux négocient les contrats des choix de premier tour ou les contrats présentant des problématiques particulières. Mais pour le reste, ce sont les recruteurs qui se présentent au domicile des joueurs avec un contrat dans leur poche et qui négocient les ententes [selon des paramètres généraux établis d’avance avec leurs patrons].

« Ça fait partie de mes tâches de discuter avec les familles et les agents et de faire signer ces contrats. Et nous avons aussi la responsabilité de faire le suivi avec ces jeunes joueurs durant la saison morte pour nous assurer qu’ils suivent bien leur programme ou pour leur refiler des messages de l’organisation. »

Pour toutes ces raisons, lorsqu’on lit la biographie d’un baseballeur dans la guide médiatique d’une équipe, le nom du recruteur qui l’a mis sous contrat est toujours indiqué. Les deux sont en quelque sorte liés pour l’ensemble de leur carrière.

***

Ex-directeur technique de Baseball Québec et ex-entraîneur de l’équipe nationale (dans les années 1990, à l’époque d’Éric Gagné et de Ryan Dempster), Alex Agostino participera à son 25e repêchage des ligues majeures en mai prochain. Il s’agira de sa 14e séance de sélection avec l’organisation des Phillies. Il a auparavant cherché des talents pendant sept ans pour les Expos, et quatre autres années au bénéfice des Marlins de la Floride.

Responsable du recrutement en territoire canadien à ses débuts (le Canada est un petit territoire en matière de bassin de talents), Alex Agostino s’est graduellement fait confier la supervision de plusieurs territoires américains, dont la Nouvelle-Angleterre et le New Hampshire. Mais en discutant avec lui, on comprend tout de suite qu’il se sent comme un poisson dans l’eau depuis qu’on l’a plongé dans l’immense bassin new-yorkais.

« Il y a tellement d’écoles secondaires et d’universités sur ce territoire! Et tellement d’équipes itinérantes [travel teams] qui alignent des joueurs talentueux. Avec les contacts que j’ai développés, je reçois aussi parfois des appels de gens qui veulent me faire découvrir des joueurs et qui organisent des séances d’évaluation auxquelles je suis le seul invité.

« Je suis un compétiteur! Je veux battre les Yankees et les Mets sur leur propre territoire », insiste le recruteur de 53 ans.

***

Depuis son arrivée sur le territoire new-yorkais, Agostino a mis cinq joueurs sous contrat qui ont tous été repêchés au-delà du 22e tour et qui connaissent une ascension remarquable au sein du système de développement des Phillies. Ces derniers misent sur sept club-écoles pour développer leurs jeunes espoirs. Le recruteur québécois a aussi mis sous contrat le Québécois Jessen Therrien, qui a atteint les majeures.

« Nous avons trouvé des joueurs dans Queens et à Long Island, alors que la quasi-totalité des organisations ne va pas à New York, ne veut pas traverser le Bronx ou aller à Long Island. Mais quand un lanceur sélectionné au 31e tour obtient le plus grand nombre de retraits sur trois prises dans la Golf Coast League, les gens se demandent comment il se fait que personne d’autre ne l’ait remarqué. »

Plus les années passent et plus les responsabilités d’Alex Agostino semblent s’accroître avec les Phillies. Au cours de la dernière année, on l’a notamment envoyé à Porto Rico et dans d’autres territoires pour participer à la formation de nouveaux recruteurs de l’organisation.

« Il y a deux semaines, les 30 meilleurs espoirs de la région de Philadelphie étaient accueillis par l’organisation et, alors que mes patrons étaient assis dans la salle, c’est moi qui ai prononcé la conférence visant à leur expliquer qui sont les Phillies et quelles sont leurs valeurs », souligne-t-il.

***

Malgré toute la satisfaction qu’il tire de son travail et de ses nouvelles responsabilités, Alex Agostino ne cache pas qu’il continue d’espérer un éventuel retour des Expos. Ce serait peut-être pour lui une occasion de boucler la boucle et de participer activement à la relance du baseball majeur au Québec.

« Une belle expertise québécoise s’est développée depuis le départ des Expos. Alex Anthopoulos est DG dans le baseball majeur [à Atlanta], Denis Boucher est recruteur chez les Yankees, Ray Callari excelle comme recruteur chez les Giants et Pierre Arsenault chez les Marlins, entre autres.

« Les propriétaires des futurs Expos auraient sans doute la chance de bâtir une équipe [de direction et de recrutement] où l’on retrouverait des gens prêts à saigner pour l’organisation, par opposition à des gens qui cherchent à se faire un nom à Montréal pour ensuite se faire embaucher ailleurs. »

Si les Expos devaient un jour renaître, la fierté locale devrait figurer au centre de leurs valeurs pour qu’Agostino ait véritablement envie de se joindre au projet.

Vingt-cinq ans après ses débuts avec les Expos, il a encore du mal à s’expliquer pourquoi, au milieu des années 1990, le talent québécois était constamment sous-évalué par ses supérieurs immédiats.

« Ça semblait toujours déranger quand on parlait des joueurs canadiens ou québécois. Par exemple, on m’avait dit que mon rapport au sujet de Russell Martin était beaucoup trop élogieux et qu’il deviendrait, au mieux, un bon joueur de collège. Pourquoi l’avait-on repêché dans ce cas? Je ne comprenais pas. Avec le recul, quand je regarde la carrière qu’a connue Russell, je me dis qu’au contraire, mon rapport à son sujet était trop sévère », conclut-il, en riant.

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