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chronique

Comment savoir si un hockeyeur est un gagnant ou un simple passager?

Le défenseur en action contre les Rangers de New York
Xavier Ouellet a été cédé au Rocket de Laval samedi. Photo: Getty Images / Sarah Stier
Martin Leclerc

Si vous aimez le hockey, que vous avez l'esprit ouvert et que vous êtes curieux de nature, je vous propose aujourd'hui de sortir des sentiers battus. Si vous êtes partisan du CH, la fin pourrait même particulièrement vous intéresser...

Ne vous est-il jamais arrivé de vous demander quelle est la moyenne victoires/défaites individuelle d’un défenseur ou d’un ailier gauche?

Depuis toujours, ces statistiques sont minutieusement compilées pour mesurer les performances des gardiens, qui pratiquent pourtant un sport collectif au même titre que leurs coéquipiers. Mais étrangement, même à l’ère des statistiques avancées, cette donnée fondamentale ne semble pas être considérée comme valable pour mesurer le rendement des joueurs occupant les autres positions.

Quel est le but du jeu? Remporter le match! Lorsqu’ils composent leur formation, la seule question que se posent les entraîneurs est d’ailleurs la suivante : « Ce joueur, qu’il soit gardien, centre, ailier ou défenseur, nous donnera-t-il une meilleure chance de décrocher une victoire? »

Pourtant, aucune donnée n’existe pour clairement indiquer si les Claude Julien, Jon Cooper ou Guy Boucher de ce monde font effectivement les bons choix.

Par ailleurs, il est fascinant de constater que, instinctivement, cette « donnée inexistante » génère à peu près tous les débats et analyses des observateurs et des partisans.

Par exemple, je n’ai encore croisé aucun amateur capable de s’expliquer la présence (et le temps de jeu considérable) de David Schlemko dans l’uniforme du Tricolore. On remarque que Schlemko fait parfois preuve de nonchalance et qu’il redonne souvent le disque à l’adversaire, mais on reste dans le néant quand vient le temps de mesurer son impact réel sur le rendement de l’équipe.

***

La moyenne victoires/défaites des patineurs n’est compilée nulle part, c'est-à-dire de façon automatique. Pourtant, instinctivement, on sait que cette donnée est importante. Quand un joueur vedette se blesse, on trouve normal de compiler la fiche de son équipe durant son absence.

Le cas d’Evgeni Malkin constitue l’un des plus beaux exemples qu’on puisse offrir :

  • Depuis 2005-2006, les Penguins de Pittsburgh ont disputé 248 matchs sans Malkin. Et en l’absence de leur grand attaquant russe, les Pens ont maintenu une décevante moyenne de ,538 (119-100-29).
  • Durant la même période, quand Malkin était en uniforme, les Penguins ont maintenu une moyenne de... ,638 (476-252-83)! Son impact est extraordinaire.

Dans la même veine, si on reconnaît le fait qu’un joueur vedette, qui ne passe qu’un tiers du match sur la patinoire, exerce un impact réel sur le déroulement d’un match, il faut admettre que ses coéquipiers le font aussi.

Evgeni MalkinEvgeni Malkin Photo : Getty Images / Kirk Irwin

À ce titre, l’exemple de Paul Byron cette saison est extrêmement intéressant. Il n’est pas une vedette du Canadien, mais il fait partie du noyau de l’équipe et son apport est indéniable. On l’utilise en désavantage numérique et, en plus, Byron est avec Brendan Gallagher l’un des deux attaquants les plus productifs du club à forces égales.

  • Avec Byron, le CH a maintenu une fiche de 9-4-5 (,638).
  • Sans Byron, la moyenne collective a dégringolé à ,455 (fiche de 5-6-0). Bien sûr, la seule absence de Byron n’expliquait pas tous les déboires de l’équipe durant cette période. Mais il faut reconnaître, quelque part, que sa présence influe positivement sur le rendement de la formation.

Si l’on suit ce raisonnement, on peut certainement prétendre que chaque joueur possède une fiche victoires/défaites qui lui est propre, qui le suit durant toute sa carrière, et qui peut être comparée avec le rendement des équipes auxquelles il a appartenu.

***

Voici maintenant le moment de servir le plat de résistance.

L’idée de rédiger cette chronique m’est venue après avoir reçu un intéressant courriel d’un lecteur, Kaven Benoît, me demandant de lui expliquer pourquoi le Bleu-blanc-rouge avait décidé de céder le défenseur Xavier Ouellet au Rocket de Laval en fin de semaine.

Ma réponse à Kaven : Xavier Ouellet a disputé 19 matchs avec le CH, et 15 d’entre eux ont été excellents, trois ont été ordinaires et un s’est avéré décevant. Son patinage est moyen. En revanche, sa vision du jeu est supérieure à la moyenne. Durant le premier quart de la saison, en me basant sur mes observations personnelles, Ouellet a donc été l’un des trois arrières les plus fiables du Canadien. Je ne peux donc rationnellement vous expliquer ce renvoi.

***

Cela dit, revenons un peu à nos fiches victoires/défaites

La gestion du personnel de défenseurs du Tricolore s’est avérée tellement chaotique durant le premier tiers du calendrier que la plupart des gens suivant de près les performances de l’équipe y ont perdu leur latin. En même temps, ces incessants mouvements de personnel ont toutefois permis d’établir une base statistique extrêmement intéressante.

Voici, donc, un tableau résumant les performances du Canadien, cette saison1, en fonction de l’identité des défenseurs qui endossaient l’uniforme. La fiche de l’équipe durant ces 29 matchs : 14-10-5 (,568).

  • Noah Juulsen : 9-5-3 (,617)
  • Xavier Ouellet : 10-6-3 (,605) (a été cédé à Laval samedi)
  • Shea Weber : 3-2-0 (,600)
  • Mike Reilly : 12-8-4 (,583) (a été laissé de côté lors de cinq matchs)
  • Jeff Petry : 14-10-5 (,568)
  • Jordie Benn : 14-10-5 (,568)

_________________________

  • Karl Alzner : 3-2-3 (,562) (a été cédé à Laval le 27 novembre)
  • David Schlemko : 6-5-2 (,538) (depuis son retour, 2e au chapitre des minutes de jeu pour un défenseur)
  • Victor Mete : 10-9-4 (,521) (a été cédé à Laval le 29 novembre)
  • Brett Kulak : 3-3-1 (,500)

La fiche victoires/défaites d’un patineur signifie-t-elle quelque chose au hockey? Dans une certaine mesure, sans avoir ces chiffres sous les yeux, la plupart des connaisseurs croient que la réponse à cette question est « oui » puisqu’ils en débattent constamment.

Et quand on regarde les noms des défenseurs montréalais qui se sont maintenus au-dessus et en dessous de la « ligne de flottaison », clairement, on retrouve les mêmes anomalies que les observateurs et partisans remettent instinctivement en question.


Les statistiques ont été compilées avant le match de dimanche à Chicago.

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