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Alex Gough, la retraite d’une pionnière

Alex Gough soulevée par ses coéquipiers Tristan Walker, Mitchell Malil, Sam Edney et Justin Snith après sa médaille de bronze en luge à Pyeongchang.
Alex Gough soulevée par ses coéquipiers Tristan Walker, Mitchell Malil, Sam Edney et Justin Snith à Pyeongchang. Photo: Getty Images / Clive Mason
Radio-Canada

En deux semaines, le monde du sport canadien a perdu deux de ses plus fiers représentants. Après Erik Guay, voilà qu'Alex Gough a décidé de raccrocher sa luge après 13 saisons au sein de l'équipe nationale et quatre participations aux Jeux olympiques.

Un texte de Manon Gilbert

Elle s’élancera pour une dernière fois samedi matin comme ouvreuse de piste sur la glace qui l’a vue grandir à Calgary, troisième étape de la saison de la Coupe du monde.

« Je suis en paix avec ma décision. Le temps était venu. J’ai encore l’énergie pour continuer, mais je ne crois pas que j’aurais pu égaler ce que j’ai vécu la saison dernière. J’ai voulu partir à un moment où j’aime encore mon sport », explique l’athlète de 31 ans à Radio-Canada Sports.

Son nom ne résonne pas autant que celui du skieur de Mont-Tremblant. Son sport non plus, surtout de ce côté-ci du pays où les installations sont inexistantes, à moins de traverser chez nos voisins, à Lake Placid.

Pourtant, ses exploits ont fait sortir de l’ombre ce sport dominé par les Allemands. Première Canadienne à remporter une victoire en Coupe du monde, à décrocher une médaille aux Championnats du monde et aux Jeux olympiques.

Elle peut également se targuer d’avoir mis fin, en février 2011, à l’hégémonie qu’exerçaient les Allemandes depuis plus de 13 ans et 105 courses quand elle a triomphé à la Coupe du monde de Paramonovo (Russie).

« Ça a été une folle épopée, dit Gough. Mon ambition était surtout de voir ce que je pouvais accomplir, obtenir comme résultat. Je voulais repousser les limites de notre sport. »

Alex GoughAlex Gough Photo : Getty Images / Maddie Meyer

Ce qu’elle a fait à de nombreuses reprises. Son palmarès en simple parle de lui-même : 2 médailles aux mondiaux et 25 podiums en Coupe du monde, dont 3 victoires.

À Pyeongchang, avec sa médaille de bronze en simple et celle d’argent au relais par équipe avec Sam Edney, Tristan Walker et Justin Snith, l’Albertaine a mis un point d’honneur à son illustre carrière en concrétisant un rêve un peu fou qui s’était envolé par quelques poussières quatre ans plus tôt à Sotchi. Elle avait conclu non pas une, mais deux fois au pied du podium en Russie.

« Cette médaille de bronze représente une grande satisfaction personnelle. C’était la pièce du casse-tête qui manquait à tous mes accomplissements. Mais je tenais à ce que l’équipe en ait une aussi même si une partie de ma médaille individuelle lui revient. »

Après ce que nous avions vécu à Sotchi, nous nous étions engagés à tout faire pour avoir une autre chance au relais quatre ans plus tard. D’avoir gagné une médaille d’argent avec les trois mêmes gars, c’est tout un privilège et toute une récompense pour nos efforts des 10 dernières années.

Alex Gough

Apprendre à tourner la page

La route entre Sotchi et Peyongchang n’a rien eu d’un long fleuve tranquille. Le goût amer laissé par ses deux 4es places, des résultats pourtant historiques pour le Canada à l’époque, a mis du temps à se dissiper.

Elle s’était pointée à Sotchi en tant que vice-championne de la Coupe du monde grâce à ses six podiums durant la saison. Elle figurait en haut de la liste parmi les prétendantes au podium. Elle était repartie bredouille.

« J’ai mis deux ans à complètement tourner la page, à voir le côté positif de ces performances [à Sotchi]. Pourtant, je n’étais pas prête à tirer un trait sur ma carrière, alors je devais aller de l’avant », raconte la lugeuse qui a également pris part aux JO de Turin (20e) et de Vancouver (18e).

Alex Gough, déçue de sa 4e place à SotchiAlex Gough à Sotchi Photo : La Presse canadienne / Jonathan Hayward

Pour ce faire, un meilleur équilibre dans sa vie s’impose. Elle entreprend des études en génie civil, commence à travailler avec un préparateur mental afin de se concentrer davantage sur le processus que le résultat. Et elle se marie.

Le 22 décembre dernier, le Comité international olympique (CIO) lui fait miroiter une médaille de bronze, le temps d’un mois, après la disqualification pour dopage de deux lugeurs membres du relais par équipe, 2e à Sotchi. Le Tribunal arbitral du sport (TAS) annule la décision du CIO huit jours avant les Jeux de Pyeongchang.

Peu importe ce qu’ils (CIO et TAS) auraient changé au passé, nous n’aurions jamais pu ravoir notre moment à Sotchi. Rien n’aurait pu changer le sentiment de vide que nous éprouvions après la course. On voulait venir à Pyeongchang pour avoir notre moment et pour que notre équipe nous saute dessus en criant de joie.

Alex Gough

Contrairement à Sotchi, l’étudiante en génie civil s’est pointée en Corée du Sud sous le radar, car elle n’était pas montée sur le podium depuis ses 2es places à Calgary et à Lake Placid avant les fêtes.

Qu’importe, ce rôle de négligé lui plaît. Il cadre mieux à sa personnalité réservée et lui permet de mieux rester dans sa bulle pour réfléchir.

Le jour de la marmotte

Le soir du 13 février, Gough pointe en 3e place avant la quatrième et ultime descente. Si près du but. Quand elle franchit la ligne d’arrivée, elle voit la lumière rouge. Elle n’a pas réussi à améliorer le temps de la meneuse, Dajana Eitberger.

« Je n’avais pas grand-chose à me reprocher pour cette dernière descente. Elle était très bonne. Sauf que Dajana a enregistré le chrono le plus rapide de cette quatrième manche », relate Gough.

Alex Gough sur le podium de Pyeongchang avec Natalie Geisenberger et Dajana Eitberger.Alex Gough sur le podium de Pyeongchang avec Natalie Geisenberger et Dajana Eitberger. Photo : Getty Images / Andreas Rentz

Il reste deux concurrentes, et non les moindres, les médaillées d’or et d’argent à Sotchi, Natalie Geisenberger et Tatjana Hüfner.

Le jour de la marmotte! Mais au fil de sa descente, Hüfner collectionne les millièmes de seconde. Au virage 14, Gough commence à y croire.

« Ça a été les deux minutes les plus longues de ma vie. Un moment d’une extrême tension. Une montagne russe d’émotions : "m’y revoilà". Sam me disait : "Il reste encore deux luges. Tu es en bonne position." »

Quand j’ai vu qu’elle était non seulement plus lente que Dajana, mais que moi aussi, j’ai explosé de joie. Un sentiment d’allégresse incroyable. Enfin, je touchais à mon rêve.

Alex Gough

Deux jours plus tard, au sommet de la piste, juste avant de s’élancer pour le relais par équipe, la fermeture éclair de l’une de ses chaussures éclate. Une première pour elle en 12 saisons sur la scène internationale. Dans un sport qui départage ses gagnants par des millièmes de seconde, chaque petite perte d’aérodynamisme, si minime soit-elle, a des conséquences.

« Je devais avoir la meilleure ligne qui soit parce que j’aillais perdre du temps tout au long de la descente. J’espérais tellement que les gars puissent récupérer le temps perdu », raconte celle qui ouvrait alors le bal pour le relais canadien.

Alex Gough, Sam Edney, Tristan Walker et Justin Snith réagissent à la confirmation de leur médaille d'argent au relais par équipe aux Jeux de Pyeongchang.Alex Gough, Sam Edney, Tristan Walker et Justin Snith réagissent à la confirmation de leur médaille d'argent au relais par équipe. Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Walker et Snith, spécialistes du double, ont fait une descente du tonnerre pour faire scintiller la lumière verte avec encore deux équipes en lice. La médaille est dans la poche, reste à savoir la couleur. Ce sera l’argent.

« Les gars ne savent pas s’ils auraient pu gagner une médaille si je n’avais pas réussi à le faire deux jours plus tôt. Nous n’avions pas la pression de remporter une médaille, mais simplement de faire notre travail. Les célébrations qui ont suivi en valaient tellement la peine. »

Malgré sa retraite, Gough ne s’éloignera pas de son sport. Elle siégera encore pendant deux ans comme représentante des athlètes au conseil d’administration de Luge Canada, la fédération nationale.

En Alex Gough et Erik Guay, le Canada perd deux athlètes qui ont marqué leur sport, mais il vient de gagner deux grands ambassadeurs pour de nombreuses années à venir.

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