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Alex Boisvert-Lacroix veut surprendre ceux qui l'ont laissé derrière

Alex Boisvert-Lacroix à l'entraînement aux Pays-Bas
Alex Boisvert-Lacroix à l'entraînement aux Pays-Bas Photo: Courtoisie
Radio-Canada

Alex Boisvert-Lacroix a connu en 2017-2018 la meilleure saison de sa carrière avec deux victoires au 500 m en Coupe du monde et une première participation, à 30 ans, aux Jeux olympiques. Pourtant, il n'a pas été retenu dans l'équipe canadienne pour les deux premières Coupes du monde de l'automne en raison d'une contre-performance aux sélections nationales et de restrictions budgétaires. Ce contretemps maintenant réglé, il s'apprête à remettre les patins en Pologne, ce week-end, et souhaite envoyer un message fort à sa fédération.

Un texte d’Olivier Paradis-Lemieux

À pareille date l’an dernier, le spécialiste du sprint gagnait coup sur coup deux 500 m à Calgary et à Salt Lake City, les deux premières victoires de sa carrière sur la longue piste. À Pyeongchang, sa 11e position a été vécue comme une déception en raison de sa forme générale de l’année, mais il goûtait enfin à l’expérience olympique qui lui avait jusqu’alors échappé.

Une course « vraiment ordinaire » aux sélections canadiennes, en octobre, dans sa distance de prédilection, l’a toutefois relégué au 4e rang. Ce résultat aurait habituellement été suffisant pour se tailler un poste dans l’équipe nationale, mais dans cette année post-olympique, la donne a changé.

« Patinage de vitesse Canada a eu une légère coupure budgétaire pour l'année, de l'ordre de 4 %. Ils ont décidé de resserrer énormément l'équipe qu'ils allaient envoyer en Coupe du monde. Habituellement, ça tourne autour de 20 athlètes. Ils ont coupé ça à 12 athlètes pour essayer de sauver de l'argent. Ç'a donné vraiment un gros coup », raconte le patineur de 31 ans.

En fonction des résultats des athlètes du pays dans les dernières années, le Canada a cinq places chez les hommes au 500 m, qu’il comble normalement entièrement. Or, l’équipe nationale ne comptait que trois patineurs par distance pour les deux premières Coupes du monde au Japon.

C'était plus dur de se classer pour les Coupes du monde d'automne l'année post-olympique que de se classer pour les Jeux [...] Jamais dans l'histoire le quatrième gars au 500 m n'a pas été envoyé en Coupe du monde.

Alex Boisvert-Lacroix

Informés de cette situation avant les sélections, les patineurs canadiens ont fait pression sur les dirigeants de la fédération pour qu’ils reviennent sur leur décision. Le risque pour ceux qui seraient retranchés de perdre leur brevet d’athlètes, comme ils sont accordés en fonction de leurs résultats internationaux, et donc leur soutien financier, était bien réel.

De la même façon, avec ces réductions, il deviendrait tout aussi difficile pour les patineurs de vitesse canadiens de défendre les cinq places qu’ils détiennent par distance pour les Coupes du monde, ce qui amorcerait un dangereux jeu de dominos.

« Si tu envoies moins de personnes, l'année suivante, tu peux passer de cinq à deux athlètes dans une situation catastrophique. C'est assez critique et ça peut débouler jusqu'aux prochains Jeux en Chine. On pourrait se retrouver à être coincés et ne pas avoir assez d'athlètes pour obtenir notre plein quota pour les JO. Et arriver dans une distance où on peut très bien performer et avoir seulement deux patineurs au lieu de trois », décrit Alex Boisvert-Lacroix.

Alex Boisvert-Lacroix à PyeongchangAlex Boisvert-Lacroix à Pyeongchang Photo : Radio-Canada

Radio-Canada Sports présente en webdiffusion ce week-end la Coupe du monde de patinage de vitesse sur longue piste de Tomaszow Mazowiecki en Pologne. Cliquez ici pour le détail de notre calendrier de diffusions.

Quelques jours avant les sélections, les patineurs canadiens ont cependant reçu une lettre de la présidente de Patinage de vitesse Canada, Susan Auch, qui affirmait que la fédération réinjecterait une partie des fonds, sans toutefois expliquer comment.

Ce n’est qu’une semaine après sa contre-performance aux sélections qu’Alex Boisvert-Lacroix a su qu’il participerait au moins aux deux dernières des quatre Coupes du monde de l’automne pour sauver en partie sa saison.

« Faire un automne complet sans Coupe du monde, ç'aurait été plate, désagréable, je ne le méritais pas nécessairement. J'étais soulagé. Je trouvais ça plate un peu de manquer l'Asie. En même temps, je suis expérimenté. Rapidement, j'ai été capable de sortir le positif de cette situation-là. Le voyage que l'équipe fait actuellement est quand même difficile sur le corps. Tu pars sept semaines… », relate-t-il.

Même s’il n’accompagnait pas ses coéquipiers au Japon, Alex Boisvert-Lacroix a été en mesure de bien se préparer pour ces deux dernières Coupes du monde, dans son fief de Montréal, où il s'entraîne à l’année quand il n’est pas avec l’équipe nationale à Calgary, selon les plans donnés par son entraîneur Gregor Jelonek.

« J'espère arriver ici et causer la surprise, même si je pense qu'il y a quelques personnes sur le circuit qui s'attendent à ce que je fasse de bons résultats, même si je n'étais pas en Asie. Mais juste causer une surprise pour ma propre fédération en faisant un énoncé comme quoi j'ai ma place », affirme-t-il.

Je veux performer au maximum de mes capacités. Je pense que j'ai encore des bonnes jambes et j'ai eu un très bon été d'entraînement. C'est certain que je ne viens pas ici pour faire du tourisme.

Alex Boisvert-Lacroix

L’autre brevet et le prochain cycle olympique

À son retour à la maison après les Jeux de Pyeongchang en février dernier, il a remisé quelques semaines sa combinaison profilée de patineur pour enfiler ceux d’étudiant en enseignement afin de réaliser son avant-dernier stage.

« Je commençais le mardi à 7 h 30 à donner des cours et j'étais revenu lundi soir à 19 h de Pyeongchang. Je suis revenu assez rapidement à la réalité » dit-il, amusé, aujourd’hui.

Alex Boisvert-Lacroix effectue un stage en éducation physique au Collège Jean-Eudes à Montréal. Alex Boisvert-Lacroix effectue un stage en éducation physique au Collège Jean-Eudes à Montréal. Photo : Radio-Canada / Brigitte Marcoux

Hormis cette pause scolaire, le trentenaire a à peine soufflé depuis les derniers Jeux. Tout au plus s’est-il pris deux semaines supplémentaires de congé d’entraînement de plus que sa semaine habituelle après les Championnats du monde avant de relancer la puissante machine. Un processus qui s’est toutefois avéré légèrement plus difficile que les autres saisons.

« Ce n'était pas la même saison que j'avais devant moi. J'avais peut-être moins le couteau entre les dents. Mais au final, on est professionnels, les athlètes. Et quand on fait quelque chose, on ne le fait pas à moitié, insiste-t-il. La rigueur est revenue assez rapidement merci. Après deux semaines, j'étais revenu un athlète de calibre international dans la façon de m'entraîner. »

Alex Boisvert-Lacroix s’apprête donc à décrocher son brevet d’enseignement au secondaire à la fin de la présente saison après un dernier stage. Pas question toutefois pour lui de travailler dans son domaine pendant sa carrière de patineur, car les horaires sont incompatibles. Le brevet d’enseignement, ce sera pour quand celui d’athlètes sera chose du passé.

« Je pourrais faire de la suppléance, mais ce n'est pas vraiment réaliste, souligne le futur enseignant. Je m'entraîne deux fois par jour. Ça fait quand même de grosses journées. Si je place une journée de suppléance complète entre mes deux entraînements, ce ne sera pas efficace. »

Quand je fais les choses, j'aime ça bien les faire. Je vais faire une chose à la fois. Et quand je vais décider d'arrêter de patiner, je vais commencer à enseigner. Tant que j'ai du plaisir à patiner et que je performe au niveau mondial, je n'ai pas l'intention d'arrêter.

Alex Boisvert-Lacroix

Cette année sera donc déterminante pour la suite de sa carrière. Après avoir goûté à la victoire l’an dernier, le patineur de Fleurimont n’a pas l’intention de s’accrocher au sport si les résultats sur la scène mondiale ne sont pas ceux escomptés.

« Une fois que tu as touché au podium international, c'est un peu difficile de revenir puis de patiner et de se battre pour une 30e ou une 40e place. Je n'aurai pas vraiment de plaisir à faire ça », conclut-il.

En Pologne ce week-end, puis aux Pays-Bas à Heerenveen dans une semaine, Alex Boisvert-Lacroix souhaite réintégrer le groupe des 10 premiers, avec lesquels il n’a pas pu se mesurer jusqu’à maintenant cet automne, pour savoir où il en est, à trois ans et des poussières des prochains Jeux.

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