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Bernard Hopkins a déjà voulu épargner ses adversaires

Bernard Hopkins, photographié avant son dernier combat, le 5 décembre 2016
Bernard Hopkins, photographié avant son dernier combat, le 5 décembre 2016 Photo: The Associated Press / Matt Rourke
Radio-Canada

Le légendaire boxeur Bernard Hopkins a commenté le choc dont a été victime Adonis Stevenson en parlant de situations où il a été conscient d'avoir mis des adversaires en danger.

Un texte de Jean-François Chabot

De passage à Toronto afin de promouvoir le gala du 15 décembre à New York où figureront Canelo Alvarez et David Lemieux, Bernard Hopkins a livré ses pensées sur l’incident qui a envoyé Stevenson à l’hôpital au cours d'une entrevue téléphonique avec Radio-Canada Sports.

À bientôt 54 ans, l'Américain n’est pas monté dans un ring depuis presque deux ans. Sa vaste expérience en fait encore un personnage écouté et apprécié pour la justesse de ses commentaires et de ses observations.

Il n’en demeure pas moins que, comme les autres boxeurs, il accepte les conséquences pouvant découler de son sport.

« Quand on signe notre nom au bas d’un contrat pour un combat, on comprend les risques, comme le font aussi les joueurs de football. On connaît les risques. Mais on n’en parle pas », a indiqué Hopkins qui, en mai 2011, à l'âge de 48 ans, avait ravi le titre des mi-lourds du WBC à Jean Pascal.

« Je ne crois pas que cela donne un œil au beurre noir à la boxe. Le public doit comprendre que le sport en soi constitue un risque. Nous sommes des athlètes. Que vous soyez un professionnel ou un athlète à temps partiel, vous pouvez être blessé. Mais toute l’équipe de Golden Boy espère qu’Adonis s’en sortira », a ajouté celui que l’on surnomme « The Alien », tellement il a défié le temps.

« J’ai parfois eu le sentiment que l’arbitre jouait avec la vie de mon rival »

Au fil des années, Hopkins en a vu de toutes les couleurs. Il a livré 65 combats chez les professionnels et en a remporté 55. Mais au travers tout ce bagage, il se souvient de moments où il a senti que son adversaire était en danger face à lui.

Oui, il y a eu des occasions où j’ai placé mon adversaire dans les cordes, pas seulement physiquement, mais aussi mentalement à force de le frapper. J’ai parfois eu le sentiment que l’arbitre jouait avec la vie de mon rival. Comme l’on fait plusieurs autres boxeurs, j’ai pris un pas de recul pour interroger l’officiel du regard, pour lui demander s’il attendait que je tue le gars en face de moi.

Bernard Hopkins

« À ce moment, l’arbitre peut me dire de poursuivre. Ce n’est pas parce que je lui demande d’arrêter le combat qu’il le fera. Mais un véritable arbitre professionnel voudra faire son travail correctement. Il en profitera pour s’interposer. Ceux qui laissent le duel se poursuivre ne sont pas des sans-cœur. Ils veulent juste donner une chance au combattant en difficulté de s’en sortir », a nuancé celui qui agit à présent comme promoteur au sein de la firme Golden Boy de son ami Oscar de la Hoya.

La boxe évolue

Bernard Hopkins estime que son sport est en constante progression quand il est question de la sécurité des athlètes.

« Le milieu de la boxe a fait beaucoup de chemin. Les questions de santé et sécurité des boxeurs sont aujourd’hui mieux comprises. À la fin de chaque année, on regarde ce qui s’est produit et ce qui doit être amélioré. Il est important de protéger les boxeurs contre eux-mêmes parce qu’ils sont souvent braves au point de se mettre en danger », a-t-il insisté.

Bernard Hopkins avec David Lemieux avant le combat face à Gennady Golovkin en octobre 2015Bernard Hopkins avec David Lemieux avant le combat face à Gennady Golovkin en octobre 2015 Photo : The Canadian Press / Graham Hughes

David Lemieux plus sérieux

Bernard Hopkins s’est coiffé de son chapeau de promoteur pour parler du prochain combat de David Lemieux. Il y voit une formidable occasion pour le Québécois de remonter dans les plus hautes sphères.

« Tous les amateurs espèrent que David Lemieux et Canelo Alvarez s’affronteront quelque part en 2019. Lemieux a déjà dit qu’il attend une autre chance de livrer un gros combat. Le voilà sur la même carte que Canelo au Madison Square Garden. Lemieux a une chance de briller et même d’offrir un meilleur combat que les participants de la finale », a dit avec enthousiasme Hopkins.

Pour lui, la nouvelle approche de Lemieux est un meilleur gage de succès.

« Je m’attends à ce que David Lemieux soit à son mieux. J’ai suivi sa préparation. Je gravite autour de lui depuis plusieurs années. Il fait preuve de concentration et surtout il maintient maintenant sa condition physique entre ses combats. »

Hopkins, lui-même souvent cité en exemple pour sa manière de préserver une condition physique optimale, a dit que cette façon d’opérer est essentielle.

C’est la clé. Tout le monde sait que David Lemieux prenait beaucoup de poids et se la coulait douce entre ses combats. Mais je peux vous dire que pour ses derniers duels, il a fait preuve de beaucoup de sérieux pour revenir au sommet de la division des poids moyens.

Bernard Hopkins

« Je pense qu’il a beaucoup appris de ses confrontations face à Gennady Golovkin et à Billy Joe Saunders même s’il n’a pas gagné. Les vrais gagnants n’abandonnent pas quand ils croisent des embûches sur leur route. Il est encore jeune, mais il a déjà fait face au genre de défis d’où il est sorti grandi. Sa difficulté à contrôler son poids a nui à sa préparation pour certains de ses combats. Il a appris de ses expériences passées et ça fait de lui un meilleur boxeur », a-t-il poursuivi.

Il n’a toutefois pas parlé du fait que Lemieux n’avait pas respecté la limite de poids pour son duel face à Karim Achour en mai dernier.

Hopkins est déjà passé à l’histoire. Son palmarès, sa longévité sont légendaires. Fort de cette reconnaissance, il s’est permis cet ultime conseil pour David Lemieux.

Si j’avais un conseil à donner à David, ce serait de penser en fonction d’héritage. À partir de maintenant et jusqu’à la fin de sa carrière, il doit bâtir l’héritage qu’il léguera à la boxe. Même dans les moments difficiles, même quand il se retrouve au tapis, il doit comprendre ce que le mot héritage veut dire. La victoire et la manière font foi de tout.

Bernard Hopkins

Interrogé à savoir s’il envisageait de remonter dans un ring pour un dernier combat, Hopkins a fait preuve d’autodérision pour bien faire comprendre que c’était hors de question.

« Tout ce que je pense affronter, à présent, ce sont des oranges. De grosses oranges. Placez-moi devant des oranges et vous pourrez parler de moi demain comme le meilleur combattant d’oranges du monde », a-t-il conclu dans un éclat de rire.

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