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« Il m’a sauvé la vie » : Tony Bellew défend l'arbitre du combat d'Adonis Stevenson

Il empêche Stevenson de lancer un autre coup.
L'arbitre Michael Griffin s'interpose pour éviter le pire à Tony Bellew face à Adonis Stevenson. Photo: The Canadian Press / Jacques Boissinot

Joint à son domicile de Liverpool, en Angleterre, l'ex-adversaire d'Adonis Stevenson Tony Bellew est formel : l'arbitre Michael Griffin, le même qui officiait samedi le combat Stevenson-Gvozdyk à Québec, lui a sauvé la vie le 30 novembre 2013.

Un texte de Jean-François Chabot

Ce soir-là, Bellew affrontait Adonis Stevenson en espérant lui ravir la ceinture des mi-lourds du WBC. La soirée se déroulait au vieux Colisée Pepsi, le futur Centre Vidéotron commençait à peine à sortir de terre. Pour Stevenson, il s'agissait de la deuxième défense de la ceinture mondiale acquise cinq mois plus tôt contre Chad Dawson.

Pendant que bien des observateurs d’ici mettent en doute la qualité du travail de Griffin durant le combat de samedi dernier entre Stevenson et l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk, Bellew se porte à la défense de l’officiel qui affiche près de 20 ans de service au compteur.

Il est le meilleur arbitre que j’ai connu dans un ring. Je crois fermement qu’il m’a sauvé la vie ce soir-là. Je me suis retrouvé dans une position où je ne pouvais parer le prochain coup d’Adonis. Il a mis fin au combat pour m’épargner une attaque encore plus sévère. J’étais K.-O. debout, et quand vous n’êtes plus en mesure de vous protéger, c’est à ce moment qu’un coup peut faire le plus de ravages.

Tony Bellew

Au moment de son entretien avec Radio-Canada Sports, lundi en fin d’après-midi, Tony Bellew n’avait pas encore vu les images de la fin du combat entre Stevenson et Gvozdyk.

« Je n’ai pas besoin de les voir pour vous dire que Michael Griffin est un arbitre fantastique », a renchéri celui qui a annoncé sa retraite il y a une semaine, quelques jours après avoir subi une défaite par arrêt de l’arbitre face au champion mondial incontesté des lourds légers, l’Ukrainien Oleksandr Usyk.

Dur métier

Tony Bellew a exprimé sa tristesse face au drame qui a frappé Stevenson, sa famille et le petit monde de la boxe professionnelle.

Le jeune retraité de 36 ans a souhaité que Stevenson, placé dans un coma artificiel après avoir été mis K.-O., s’en tire.

Ce sont des moments inquiétants. Mais ça fait partie de la boxe et des choses auxquelles nous sommes soumis dès que l’on monte sur un ring. Ça me brise le cœur. Il a de jeunes enfants, une compagne, une famille. Même si nous ne serons jamais les meilleurs amis, je prie pour qu’il s’en sorte.

Tony Bellew

Il faut se rappeler que les deux hommes avaient connu une semaine acrimonieuse avant leur affrontement. Bellew avait utilisé le passé criminel de Stevenson, étalé dans les pages d'un quotidien de Québec, pour tenter de le déconcentrer. Ils en étaient venus au coup au moment de la pesée.

Tony BellewTony Bellew Photo : The Associated Press / Frank Augstein

« La boxe m'a sauvé la vie »

L’incident survenu samedi au Centre Vidéotron ne change pas le point de vue de Bellew sur un sport qui lui a tant donné.

Il estime que l’on en fait déjà assez pour protéger les boxeurs contre les blessures et contre eux-mêmes.

« Un peu partout dans le monde, des sportifs en tous genres meurent de façon accidentelle. D’autres sports, comme la course automobile, sont plus dangereux que la boxe. Même chose pour des sports de contact comme le football américain. Ultimement, les mesures mises en place par le Conseil britannique de la boxe sont exceptionnelles », a déclaré le père de trois jeunes garçons.

« Ce qui a été instauré a permis de sauver de nombreuses vies. La présence obligatoire d’équipes médicales lors de chaque soirée de boxe fait toute la différence. Je sais qu’il en va de même chez vous au Canada. Je préfère que les choses se fassent dans un environnement contrôlé, plutôt que de renvoyer la boxe dans des lieux sombres en l’absence de toutes règles », a insisté Bellew.

Selon lui, la boxe a sauvé beaucoup plus de vies qu’elle en a coûtées.

Oui, des boxeurs sont morts. Oui, les boxeurs se font frapper. La boxe est-elle un sport de beauté? Absolument pas. La boxe est une entreprise brutale. Mais elle m’a sauvé la vie. Elle m’a donné ma subsistance. Elle m’a permis d’offrir à ma famille des choses dont je ne pouvais même pas rêver quand j’étais enfant.

Tony Bellew

« Je suis arrivé ici en ne partant de rien, 99 % des boxeurs ne sont issus de rien du tout. Et quand vous venez de ces milieux défavorisés, c’est la seule porte de sortie pour certains d’entre nous. J’ai quitté l’école sans aucune qualification.

« Plus de 99 % des boxeurs ne possèdent pas les aptitudes et les qualités mentales pour persévérer à l’école, obtenir un brevet, et encore moins un diplôme universitaire. Vous battre devient la seule façon de vous en sortir », a ajouté Bellew, que les cinéphiles ont pu voir, en 2015, dans le rôle de Ricky Conlan dans le film Creed.

Il a conclu en se montrant encore plus perspicace.

« Vous ne pouvez pas nous enlever la boxe. Elle est ce que nous sommes. C’est ce que nous savons faire de mieux. C’est très dur quand on voit ce qui arrive à Adonis. Ultimement, la boxe est un sport dangereux. Mais on y participe en toute connaissance de cause des risques. Malgré toute l’empathie que je ressens face à l’épreuve que traverse Stevenson, je dois rappeler qu’il était conscient du danger qui le guettait chaque fois qu'il entrait entre les câbles. »

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