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chronique

Jonathan Sénécal : le quart phénoménal qui fait rêver les universités

Jonathan Sénécal en action

Jonathan Sénécal en action

Photo : Radio-Canada / Martin Leclerc

Martin Leclerc

À quel point Jonathan Sénécal est-il exceptionnel? Ses statistiques en disent long. Toutefois, on saisit toute l'ampleur du phénomène quand, l'un après l'autre, les plus fins (et plus vieux) connaisseurs résument ses prouesses par la même phrase : « Je n'ai jamais vu un joueur comme lui. »

Les surdoués du sport naissent-ils d'une parfaite symbiose génétique ou simplement parce qu'ils ont passé 10 000 heures à répéter les mêmes gestes techniques? Beaucoup de théories ont été publiées à ce sujet.

Peu importe la réponse à cette question complexe, on dirait que la recette gagnante circule de plus en plus au Québec. Lorsqu’on prend un peu de recul pour jeter un coup d’oeil à l’ensemble de notre écosystème sportif, il est difficile de ne pas s’émerveiller en constatant le nombre grandissant d’athlètes québécois âgés de moins de 20 ans qui portent l’étiquette de « phénomène » dans des disciplines variées.

- Au golf, à l’âge de seulement 17 ans, Céleste Dao a été sélectionnée pour participer à l’Omnium des États-Unis l’été dernier. De nombreux observateurs affirment que l’athlète de Notre-Dame-de-l’Île-Perrot est la plus prometteuse golfeuse jamais développée au Québec.

- Au tennis, l’ascension phénoménale de Félix Auger-Aliassime, qui se trouve à la porte du top 100 mondial à l’âge de 18 ans, force les amateurs de sport à surveiller le tennis masculin d’un oeil beaucoup plus attentif. Combiné à l’arrivée fracassante de Denis Shapovalov sur le circuit de l’ATP, le départ exceptionnel d’Auger-Aliassime permet de croire que nous sommes sur le point d’assister à l’apothéose de ce qui était déjà la plus fructueuse période de l’histoire du tennis canadien.

- Au hockey, les succès de l’attaquant Alexis Lafrenière avec l’Océanic de Rimouski et l’équipe canadienne des moins de 18 ans permettent de croire qu’il sera, en 2020, le premier Québécois en 15 ans à être sélectionné au tout premier rang du repêchage de la LNH.

***

Et pendant ce temps, au football collégial, voilà qu’émerge le quart Jonathan Sénécal, qui porte les couleurs du Phénix d’André-Grasset.

Athlétique jusqu’au bout des ongles, il est un véritable cauchemar pour les défenses adverses. Doté d’un bras-canon, il « étire » constamment le terrain en rejoignant ses receveurs sur de longues distances. Et lorsque les lignes défensives tentent de le faire jouer sous pression, il se défile comme un fauve, repérant calmement ses cibles qu'il atteint à volonté.

Le week-end dernier, Sénécal a mené le Phénix à la conquête du Bol d’or, grâce à une victoire de 41-17 contre le Cégep Garneau de Québec. Après la rencontre, l’entraîneur de l’équipe perdante a bien résumé le match en déclarant que Sénécal gagnera éventuellement sa vie dans le football...

L’entraîneur-chef des Carabins de l’Université de Montréal, Danny Maciocia, le connaît depuis plusieurs années. Il assistait à cette finale en compagnie des autres entraîneurs de son équipe.

« Le score était de 14-0. Jonathan avait le dos acculé à sa zone des buts dans une situation de deuxième essai avec 16 ou 17 verges à compléter. Alors que tout le monde était placé et qu’il ne restait que 10 secondes à écouler avant d’écoper d’une pénalité pour avoir retardé le match, il s’est rendu compte qu’un de ses lacets était détaché », raconte Maciocia, encore incrédule.

« Il s’est simplement penché, il a attaché son lacet, puis il a reçu le ballon et complété une passe diagonale d’environ 18 verges pour aller chercher un premier essai. Il a fait ça avec un tel calme! On ne voit pas ça chez les autres joueurs. Après ce jeu, j’ai dit aux autres coachs : "Vous n’avez plus besoin de regarder un autre jeu de sa part." Ce qu’on vient de voir résume parfaitement l’incroyable potentiel de ce jeune homme. Sénécal est spécial. Il a tout un avenir devant lui », résume l’entraîneur en chef des Carabins.

***

En 2017, à sa saison recrue au niveau collégial, Sénécal a signé la meilleure saison de l’histoire avec 3116 verges de gains et 31 passes de touché en 9 matchs. Pour donner une meilleure idée du genre de domination qu’il exerce, soulignons que ses 58 passes de touché constituent un autre record, mais que cette marque a été établie en seulement deux saisons, alors que les records qu’il a abaissés avaient été inscrits en trois saisons!

Il a encore une saison à disputer sous les couleurs du Phénix d’André-Grasset. Quand le phénomène de Mirabel tirera sa révérence, il détiendra probablement le record de verges amassées par la passe avec une priorité de quelque 2500 verges(!) sur son plus proche poursuivant.

« Jonathan est le meilleur quart qu’on ait jamais vu au Québec. Ce que je dis est appuyé par une expérience de 30 ans dans le milieu », soutient l’entraîneur-chef du Phénix, Tony Iadeluca.

« Les qualités qui le rendent exceptionnel sont nombreuses. Il possède un excellent bras et il comprend bien le jeu. Il est aussi super athlétique. Il peut tout faire sur le terrain. On lui demande de ne pas trop courir avec le ballon parce qu’on veut le garder en santé et qu’on ne peut pas se permettre de le perdre. Mais il pourrait courir tout le temps. Le printemps dernier, les représentants de cinq universités américaines sont venus le voir et ils me contactent régulièrement. C’est rare qu’un quart canadien attire autant l’attention de l’autre côté de la frontière. »

***

Jeudi matin au complexe sportif d’André-Grasset, j’ai rencontré exactement le jeune homme qu’on m’avait décrit : un athlète calme, éloquent, humble et dégageant une confiance tranquille qui s’avère sans doute contagieuse sur le terrain.

Durant notre entrevue de près d’une heure, Sénécal est revenu plusieurs fois sur l’importance de la contribution des receveurs de passes de son équipe (notamment Kevin Mitale, un autre détenteur de record au football collégial). « Un gars comme Mitale, tu vois ça tous les 30 ans, s'émerveille-t-il. Tu lui lances la balle et il réussit un touché de 70 verges. Je n’avais jamais joué avec un gars comme ça auparavant. »

Il a aussi raconté qu’après avoir côtoyé des entraîneurs des Carabins (Marco Iadeluca, notamment) et du Rouge et Or (Justin Éthier) au sein d’Équipe Québec, il a développé un intérêt particulier dans l’étude des films des équipes adverses.

« J’ai commencé à faire ça avant mon année de secondaire 5 et c’est devenu naturel. J’étudie des films toutes les semaines à la maison. J’observe les faiblesses des défenses adverses. Le fait d’être capable d’anticiper les patrons de couverture avant que le jeu se produise est un avantage. Je sais où je m’en vais. C’est une de mes qualités de savoir m’organiser sur le terrain », dit-il.

Son programme en vue de la morte-saison?

« Je vais m’entraîner et travailler sur mon jeu de pieds », annonce-t-il.

Jonathan SénécalAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jonathan Sénécal

Photo : Karine Chouinard/Phénix d'André-Grasset

***

Des universités américaines le courtisent, mais encore à distance.

« C’est flatteur, mais je ne me stresse pas avec ça. Seulement un ou deux quarts canadiens ont joué dans la NCAA dans le passé, alors c’est déjà un accomplissement d’avoir été remarqué. Je n’aurais pas peur d’aller jouer aux États-Unis même s’il fallait probablement que je patiente quelques saisons sur le banc avant de pouvoir y mener une attaque. Mais, pour l’instant, il n’y a aucune offre concrète. J’y réfléchirai probablement plus sérieusement si jamais une offre sérieuse se matérialise. »

Quant aux universités québécoises, elles rêvent bien sûr de mettre la main sur cette perle extrêmement rare.

« J’imagine que le Rouge et Or et les Carabins se disent qu’ils auront la chance de remporter quelques Coupes Vanier avec un quart comme Jonathan », dit Tony Iadeluca, d'un ton amusé.

D’ailleurs, au fil de la conversation, Jonathan Sénécal raconte que Glen Constantin (l’entraîneur en chef du Rouge et Or, en pleine préparation pour la finale nationale) lui a téléphoné cette semaine pour lui demander comment s’était passée la finale du Bol d’or et pour l’inviter à assister au match de la Coupe Vanier à Québec.

« Mais je ne peux pas y aller, car je travaille en fin de semaine [dans une boutique d’équipement de football]. Je regarderai le match à la télé », précise-t-il.

« Les deux organisations figurent en haut de ma liste, mais elles ne sont pas nécessairement les seules qui m’intéressent au Canada. Les gens du Rouge et Or et des Carabins me parlent régulièrement, mais je sens qu’ils se gardent une petite gêne parce que ce n’est pas encore le moment de faire du recrutement. Il me reste encore une année à faire au collège. Mais dans exactement un an, quand ma saison sera finie, j’imagine qu’ils vont davantage ouvrir la machine », explique le quart de 19 ans.

***

De son côté, Danny Maciocia fait preuve de grandeur quand on lui demande de se prononcer sur les perspectives d’avenir de Jonathan Sénécal. Au-delà de la belle rivalité opposant les Carabins et le Rouge et Or, on comprend en l’écoutant qu’il trouverait dommage qu’un tel talent s’expatrie aux États-Unis.

« Jonathan possède le genre de talent qu’on ne voit qu’une fois par génération. Et dépendamment des choix qu’il fera au cours des prochaines années, je pense qu’il peut rêver de jouer chez les professionnels au poste de quart. Il est doué à ce point, analyse-t-il.

« Mais si on pense qu’il peut gagner sa vie en jouant au football à trois essais, il faut qu’il garde toutes ses options ouvertes. Il peut recevoir des offres de Boston College, Syracuse ou de je ne sais où. Mais s’il se retrouve assis sur le banc ou bloqué derrière un joueur qui a encore deux ans d’éligibilité avant de toucher au terrain, est-ce que ce sera une bonne chose pour lui? Je ne pense pas. »

« Peut-être serait-il mieux de choisir un endroit où l’on pourrait le faire jouer rapidement. Si on regarde les meilleurs programmes canadiens comme le nôtre, celui de Laval ou ailleurs au Canada, je crois que nous sommes capables de le mettre en évidence, de le préparer et de lui donner l’expérience nécessaire pour atteindre le prochain niveau. Ce sont des choses qu’il doit prendre en considération. Mais la bonne nouvelle, c’est que rien ne presse et qu’il lui reste une année avant de prendre cette décision », conclut Maciocia.

Il reste encore une année. Mais de toute évidence, le décompte est bel et bien commencé.

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