•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Erik Guay est serein au moment de partir à la retraite, croit Julien Cousineau

Erik Guay

Erik Guay

Photo : Associated Press / Marco Trovati

Radio-Canada

Les réactions n'ont pas tardé à la suite de l'annonce de la retraite d'Erik Guay. Parmi ceux qui le connaissent le mieux, Julien Cousineau comprend bien ce qui a mené son ancien coéquipier à ce choix.

Joint au téléphone par Radio-Canada Sports, à L'Anse-Saint-Jean, où il entraîne l’équipe masculine du Québec, Julien Cousineau a confié qu'il a eu droit à la primeur quand Guay lui a passé un coup de fil, tôt jeudi matin, depuis sa chambre d’hôtel à Lake Louise.

« Après l’incident d’hier impliquant Manny [la chute de Manuel Osborne-Paradis à l'entraînement, NDLR], j’ai appelé Erik et j’ai senti qu’il y avait un doute, a raconté l'ancien spécialiste du slalom originaire de Lachute. Ce matin, il m’a téléphoné à 7 h 30. Je me suis dit qu’il se passait quelque chose. Il m’a annoncé ça, mais je ne suis pas surpris. Quand on a des enfants et à l’âge où on est rendus pour le sport... Je pense au risque quand tu dois repousser les limites. Je pense qu’il était arrivé au point où il avait de la misère à accepter le risque. »

Selon Cousineau, Guay jonglait avec l’idée de mettre un terme à sa carrière depuis un bon moment. Il n’a donc pas agi sur un coup de tête.

« Erik est un ami de longue date. Récemment, il me posait des questions au sujet de la retraite. Je lui avais répondu qu’il le saurait quand le temps serait venu. Avec ce qui était arrivé à Broderick Thompson, déjà ça avait mis un doute dans sa tête », a-t-il expliqué en référence à la blessure au genou qu'a subie Thompson à l'entraînement et qui a mis fin à sa saison.

Julien Cousineau estime qu'Erik Guay était en paix avec lui-même en prenant la décision d’arrêter maintenant.

 Je lui ai dit: "Félicitations!" Ce n’est pas une décision facile à prendre. Mais je pense que quand on est prêt, la décision vient assez facilement. Il était très serein. Je pense que ça lui a ôté beaucoup de pression.

Julien Cousineau

« Je pense que c’est le bon moment pour lui »

Cousineau comprend aussi que Guay ne pouvait se contenter de demi-mesures et que skier sans pouvoir récolter de bons résultats était une chose qu’il ne pouvait envisager.

« Je pense qu’il n’a aucun regret, croit-il. Il voulait revenir pour les bonnes raisons, pour faire une autre année et essayer de défendre ses titres. Mais plus on vieillit, plus on se questionne sur les blessures, les enfants. Dieu sait qu’il a eu pas mal de blessures aux genoux, de blessures au dos. Il a quatre enfants et tout ça pèse dans la balance. Tu penses à ton après-carrière et à ce que tu veux faire avec tes enfants. Je pense que c’est le bon moment pour lui. »

Est-ce que la grave blessure à Osborne-Paradis représente la goutte qui a fait déborder le vase?

L’accident d’hier lui a fait réaliser l’évidence qu’il n’était plus prêt à prendre des risques. En slalom, je n’étais pas exposé aux mêmes risques. Mais faire une saison juste pour faire une saison, je ne pense qu’il n’était pas prêt à accepter ça. Il aurait été malheureux dans ça.

Julien Cousineau

Riche héritage

Interrogé sur l’héritage laissé par Erik sur la scène mondiale du ski, là encore, Cousineau a été sans équivoque.

« Il est plus connu en Europe qu’ici. Il est reconnu comme skieur. J’ai eu la chance de skier avec lui depuis l’âge de 9 ans. On a grandi ensemble en compétition. C’est un très grand skieur, un passionné de ski. C’est ce qu’il dégage partout dans le monde. Il a été un grand champion… deux championnats du monde en descente, un globe de cristal, une deuxième place aux Championnats du monde. Il fait partie des grands descendeurs et skieurs de vitesse des 20 dernières années. »

Et que fera Guay à présent qu’il ne sera plus sur les circuits de compétitions?

« Je ne sais pas ce qu’il va décider de faire. Ses enfants sont engagés dans le ski. Ça a toujours été une passion dans sa vie et ça le restera encore longtemps. Je pense qu’il va tourner dans le giron du ski, mais je ne sais pas quelle direction ça prendra », a affirmé Cousineau.

Il pense qu’on se souviendra du skieur de Mont-Tremblant comme d’un exemple à suivre et pour toutes les bonnes raisons.

Erik est un travailleur acharné, tant en piste qu’à l’extérieur. C’est un gars hyper talentueux, mais il ne s’est pas rendu là juste en raison de son talent. Il y a aussi mis sa passion, son travail et son professionnalisme. Il est l’un des plus beaux modèles que l’on puisse avoir, tous sports confondus.

Julien Cousineau

« C’est le plus grand »

Geneviève Simard a bien connu Erik Guay, puisqu'elle a skié en Coupe du monde de 1996 à 2010. Selon elle, il n'y a pas de doute, Guay est le plus grand skieur de l'histoire au pays.

« C’est le skieur le plus décoré au Canada, affirme-t-elle. C’est extraordinaire ce qu’il a accompli. Et ce qui me fascine le plus de lui c’est la longévité de sa carrière. Champion du monde en 2011 et en 2017, sa constance dans les 10 dernières années. En Coupe du monde, c’est extrêmement difficile à accomplir. C’est l’héritage grandiose qu’il nous laisse. »

« Pour moi, c’est le plus grand. Il y en a qui restent pris dans les années 80 avec Steve Podborski et Ken Read et qui ont du mal à voir qu’il y en a un plus grand, surtout à l’extérieur du Québec. J’espère qu’Erik sera dans la tête des gens, partout au Canada, comme le plus grand skieur que l’on ait eu », a lancé Dominick Gauthier, ex-skieur acrobatique et cofondateur de B2dix, organisme de soutien aux athlètes.

Gauthier a lui aussi parlé de Guay comme d’un exemple à suivre et d'un meneur aux qualités indéniables.

C’est un leader qui menait par l’exemple. Il est tellement droit. C’était le calme, mais la force en même temps. Il était comme ça sur la pente, comme à l’extérieur. Les gens essayaient de suivre ses traces. Il y en a plusieurs dans l’équipe qui parlaient plus fort, mais quand Erik levait le ton, les gens écoutaient.

Dominick Gauthier

Dominick Gauthier croit que le nouveau retraité ne voudra pas rester à l’écart et s’effacer complètement de son sport.

« Il voudra se servir de son statut pour rester impliqué dans le sport d’une façon ou d’une autre. Il ne voudrait pas que ça s’arrête complètement du jour au lendemain. On a besoin de gens comme ça, surtout dans le ski alpin qui vit des heures assez noires. Ski Alpin Canada a davantage besoin d’Erik Guay qu’Erik Guay a besoin de Ski Alpin Canada. J’espère qu’on viendra le consulter », a-t-il conclu.

« Il va être un très bon coach, croit pour sa part Peter Duncan, ancien skieur qui connaît Erik Guay depuis sa tendre enfance. Il connaît les descentes, comme Jacky Stewart connaissait les pistes de formule 1. Les virages les plus serrés, là où on doit laisser aller la ligne. Erik connaît tout ça maintenant. Il connaît Kitzbühel comme s’il était dans son salon. Il sait qu’à 10 heures et quart le soleil est là et qu’à 10 heures et 22 il n’y en a plus. Ça, ce sont des secrets qu’un gars apporte tout de suite à l’équipe nationale. Il pourrait entrer tout de suite comme adjoint et donner des conseils absolument incroyables. »

« C’est certain, avec tout le bagage qu’il a accumulé tout au long de sa carrière, c’est un bon communicateur, un excellent technicien, il a une belle vision, une belle attitude, considère Geneviève Simard. S’il peut rester dans le sport, tout le monde va être gagnant. »

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Ski alpin

Sports