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Difficile la retraite sportive? Pas pour Marc-Antoine Gagnon

Il fait une figure pendant un saut.

Marc-Antoine Gagnon en route vers la 4e place à Pyeongchang (Photo : Getty Image/Cameron Spencer)

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

À la retraite du ski acrobatique depuis le printemps dernier, Marc-Antoine Gagnon, 27 ans, vit le bonheur tranquille dans sa nouvelle vie d'étudiant en économie. Dans l'ombre de Mikaël Kingsbury et d'Alexandre Bilodeau, l'athlète de Terrebonne a terminé deux fois au pied d'un podium olympique. Pas de médaille, pas de retraite médiatisée, mais pas de regret.

Un texte d’Antoine Deshaies

En mars 2018, le bosseur Marc-Antoine Gagnon le savait. Il venait d’effectuer la dernière descente de sa carrière, à Jasper, aux Championnats canadiens. Il pensait à la retraite depuis longtemps.

Dans l’aire d’arrivée, il a sorti une bouteille de whisky qu’il avait mise dans son sac. Il a servi un verre à ses parents, à ses coéquipiers et à ses entraîneurs. Ainsi se concluait un chapitre de 19 ans de ski de compétition.

Il était ému, bien sûr, mais jamais autant qu’au bas de la pente à Pyeongchang, plus d’un mois auparavant. Pour la deuxième fois de sa carrière, Gagnon terminait au 4e rang d’une compétition olympique. À Sotchi, il était fier et pensait déjà à 2018. En Corée du Sud, il était triste et conscient qu’il n’aurait pas de troisième chance.

« Passer aussi proche deux fois, ça fait très mal, confie-t-il à Radio-Canada Sports. J’ai de petits pincements quand on en parle, mais ce n’est pas la fin du monde. Est-ce que ma vie aurait été si différente avec une médaille olympique? Je n’en ai pas l’impression. Les gens qui comptent ne m’aimeront pas plus ni moins parce que je suis troisième ou quatrième. »

Radio-Canada Sports présente en webdiffusion la Coupe du monde de ski acrobatique de Ruka, en Finlande. Cliquez ici pour le détail de notre calendrier de diffusions.

Marc-Antoine Gagnon félicite Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury pour leur médaille olympique à Sotchi en 2014. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marc-Antoine Gagnon félicite Alexandre Bilodeau et Mikaël Kingsbury pour leur médaille olympique à Sotchi.

Photo : AFP/Getty Images / JAVIER SORIANO

Marc-Antoine Gagnon n’est pas le plus démonstratif des athlètes. L’appartement qu’il partage avec sa copine et sa soeur est un peu à son image de gars réservé.

Les murs ne sont pas tapissés de souvenirs de ses exploits ni de ceux de sa soeur, aussi bosseuse à la retraite et maintenant étudiante en médecine.

Ne le cherchez pas sur Instagram, il n’y est pas. Vous serez chanceux de tomber sur l’un de ses rares messages sur Twitter. Il en a publié trois seulement en 2018. Il réserve son compte Facebook pour ses parents et ses amis.

Je pense que j’ai pris à peine une trentaine de photos seulement pendant mes deux semaines aux Olympiques. Les souvenirs, je les garde dans ma tête.

Marc-Antoine Gagnon

Il n’a pas pris de photo de son ami Mikaël Kingsbury quand celui-ci est rentré vers 5 h après sa première tournée médiatique en tant que médaillé d’or. Il l'attendait sagement avec Philippe Marquis dans le salon de leur résidence.

« On savait qu’il serait content de pouvoir compter sur nous pour décompresser un peu, explique Gagnon. On a toujours été là pour lui et vice-versa. La veille de la compétition, je n’avais jamais vu Mik aussi nerveux. On était là, tous ensemble, et notre présence l’a calmé un peu. »

La suite appartient à l’histoire et Gagnon ne s’est pas apitoyé sur son sort. Il a fait la fête avec ses coéquipiers pendant les deux semaines des Jeux après leur épreuve.

Les caméras du monde entier les ont même aperçus, torse nu, avec les lettres ABM collées sur le ventre avec du ruban gommé pour encourager Alexandre Beaulieu-Marchand, médaillé de bronze en slopestyle.

Le détachement des lettres ne s’est d’ailleurs pas fait sans douleur. À Sotchi, quatre ans plus tôt, les gars avaient opté pour du crayon-feutre...

Il va s’ennuyer de la camaraderie, mais pas des journées de 12 heures à l’entraînement sous la neige ou la pluie à tenter le même saut à 30 reprises.

« Je me levais parfois le matin et je n’avais pas tellement envie d’aller m’entraîner, raconte Gagnon. Mais je regardais à gauche et à droite et mes coéquipiers étaient là, tout le temps. Ça me donnait de l’énergie et je suis sûr que je leur en donnais aussi. »

Maintenant coupé de ses coéquipiers au quotidien, il n’a pas remis les pieds au gymnase depuis son retrait de la compétition.

Octobre à l’UQAM plutôt qu’à Zermatt

Marc-Antoine Gagnon a passé l’été à jouer au golf, puis a commencé sa nouvelle vie d’étudiant en économie à temps plein. Pour la première fois depuis une dizaine d’années, il ne s’est pas envolé vers la Suisse en octobre pour glisser sur le glacier à Zermatt.

Il ne sera pas non plus en Finlande ce week-end pour le début de la nouvelle saison. Il sera devant son ordinateur pour suivre les courses de Mikaël Kingsbury. Il ne voit d’ailleurs pas qui pourrait le détrôner cette saison.

« C’était toujours mon moment préféré de la saison, il y avait tellement d’excitation, dit-il. Là, ma vie est moins excitante sur les bancs d’école, mais je suis heureux d’être rendu là. »

Gagnon a adoré sa carrière d’athlète qui lui a fait faire le tour du monde à de multiples reprises. Il n’en revient toujours pas de la chance qu’il a eue.

Il a quitté le ski sans médaille olympique, mais avec un baluchon bien rempli d’outils pour affronter la « vraie vie ».

Le ski m’a appris l’importance du travail, de l’esprit d’équipe, de la gestion du risque et de comment réussir à être à son mieux quand ça compte. Tout ça va me servir pour ma nouvelle carrière professionnelle.

Marc-Antoine Gagnon

Il est aussi compétitif dans les salles de classe que sur les pentes de ski. Il admet, presque gêné, qu’il n’a que des A dans ses cours. Il a toujours eu la faculté d’être à la hauteur au bon moment.

« Je ne sais pas comment l’expliquer, mais on dirait que je me souviens davantage des formules mathématiques une fois la feuille d’examen sous les yeux. C’était la même chose en ski. »

Il est monté cinq fois sur le podium d’une Coupe du monde et l’a frôlé à deux reprises aux olympiques. Rien ne battra toutefois sa médaille de bronze aux Championnats du monde en 2015. Il a partagé le podium avec Kingsbury et Philippe Marquis

Marc-Antoine Gagnon partage le podium avec Mikaël Kingsbury et Philippe Marquis aux Championnats mondiaux de ski acrobatique en 2015. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Marc-Antoine Gagnon, à droite, partage le podium avec ses coéquipiers aux Championnats mondiaux de ski acrobatique en 2015.

Photo : Getty Images / Stanko Gruden/Agence Zoom

« Toute ma vie, j’ai rêvé de célébrer comme une équipe qui gagne la Coupe Stanley, mais ça n’arrive jamais dans un sport individuel. Là, c’est arrivé et c’était extraordinaire. Je leur ai sauté dans les bras avant même de savoir qui de Mikaël ou de Philippe avait gagné l’or. »

Il ne revivra plus jamais pareille euphorie et il l’accepte. Il continuera le ski et continuera à prendre des risques… calculés.

« Je me suis donné comme mission de réussir un cork 1080 une fois par année pendant le plus longtemps possible pour voir si je garde la forme. J’ai toujours carburé à cette chaleur intérieure qui m’habite avant de tenter une manoeuvre risquée. Je veux continuer à faire des trucs qui me donnent un peu la chienne. »

Conseils aux futurs retraités sportifs

Si l’on se fie à l’oeuvre de l’écrivain russe Léon Tolstoï, les gens heureux n’ont pas d’histoire. Discrètement, Marc-Antoine Gagnon prouve le contraire, même si sa transition est exempte, jusqu’ici, de drame.

S’il n’a pas eu à combattre le sentiment de vide et les doutes fréquents à la fin des carrières sportives, c’est qu’il avait préparé sa sortie depuis longtemps. Il a suivi des cours universitaires à distance pendant ses saisons de ski. Il a même dû passer un examen à son retour de Pyeongchang.

Il est déjà propriétaire de deux immeubles locatifs, dont celui qu’il habite à Montréal. Il s’occupe de la gestion, avec tout ce que ça peut comporter comme désagréments.

« L’an passé, j’ai eu un dégât d’eau à trois jours de mon départ pour les Jeux, raconte Gagnon. J’ai passé trois jours d’enfer. Je suis content quand même d’avoir préparé tout ça avant d’arrêter la compétition. »

La retraite sportive peut arriver avant qu’on le souhaite. Donc, le conseil que je donne aux autres, c’est vraiment de s’y préparer plus tôt que tard.

Marc-Antoine Gagnon

Il était prêt et ça paraît. Dans un monde idéal, il fera une maîtrise en économie et espère travailler dans les bureaux de Cascades, son commanditaire de longue date.

Ses prochaines grandes émotions fortes? Possiblement la naissance d’un enfant. Mais ce n’est pas encore pour tout de suite. Chaque chose en son temps.

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