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Si Erik Guay a décidé de continuer, c'est parce que Serge Dugas reste à ses côtés

Erik Guay effectue une descente à St-Moritz.
Erik Guay à St-Moritz, en février 2017 Photo: Getty Images / Alexander Hassenstein
Radio-Canada

Si Erik Guay a décidé de faire une saison de plus en Coupe du monde, c'est parce que l'entraîneur Serge Dugas a accepté de rester à ses côtés. Le Québécois de 67 ans est plus qu'un entraîneur pour les « gars du groupe ».

Un texte Philippe Crépeau

Serge Dugas travaille pour la Fédération canadienne de ski alpin (Canada Alpin) depuis 1990. Officiellement, il est l'adjoint à l'entraîneur de l'équipe canadienne masculine de vitesse.

Officieusement, il est beaucoup plus que ça. Il est presque un père pour les membres de l'équipe: Dustin Cook, Erik Guay, Manuel (Manny) Osborne-Paradis, Broderick Thompson et Benjamin Thomsen.

Serge Dugas avec Manuel Osborne-ParadisSerge Dugas avec Manuel Osborne-Paradis Photo : Canada Alpin

À l'âge de 67 ans, il a vécu en Corée du Sud, à Pyeongchang, ses huitièmes Jeux olympiques. Il a fait le tour du jardin, comme on dit. Sauf que dans le jardin l'hiver dernier, il manquait un morceau essentiel au décor: Erik Guay.

Erik Guay et Serge Dugas se connaissent depuis 13 ans. Aujourd'hui, Dugas fait partie de la garde rapprochée du double champion du monde. L'un ne va pas sans l'autre.

Si Guay a décidé de défendre le titre qu'il a décroché en super-G aux mondiaux de 2017, et de faire une saison de plus, c'est parce qu'il sait que Serge Dugas a lui aussi décidé de faire une saison de plus avec son groupe de vitesse.

« Je n'ai pas été surpris de la décision d'Erik Guay de continuer », lance d'entrée Serge Dugas, joint au téléphone par Radio-Canada Sports à l'aube de la première épreuve de vitesse de la Coupe du monde, ce week-end à Lake Louise.

erik_guayErik Guay Photo : Getty Images

Pour Serge Dugas, il n'y a pas de doute qu'Erik Guay a encore sa place dans l'équipe, malgré son âge et son corps meurtri par des blessures à répétition.

Il a 37 ans. C'est certain qu'il est en forme. Avant qu'il se blesse, il était un des meilleurs. Il ne revient pas juste pour défendre son titre. Sa carrière a été tellement longue, sa passion est encore là.

Serge Dugas, entraîneur adjoint de l'équipe canadienne masculine de vitesse

L'entraîneur a mal vécu la dernière saison, surtout lorsqu'il a vu à Val Gardena, le 16 décembre, que Guay ne pourrait pas vivre le reste de la saison et les Jeux olympiques parce qu'il était encore touché au dos.

« Il nous a vraiment manqué la saison passée. Sans lui, c'est pas pareil, dit-il après un grand silence. C'est bon pour l'équipe qu'il soit là, car il apporte beaucoup aux autres. Le groupe est plus fort avec lui. »

Serge Dugas a pleinement goûté au succès d'Erik aux Championnats du monde de 2017, à Saint-Moritz (or au super-G, argent en descente), après des années noires où les blessures ont pris toute la place.

Avec comme cadeau supplémentaire la présence de Manuel Osborne-Paradis sur le même podium (en 3e place) du super-G.

Erik Guay entouré de Kjetil Jansrud (gauche) et Manuel Osborne-Paradis sur le podium du super-G des mondiaux de Saint-Moritz.Erik Guay entouré de Kjetil Jansrud (gauche) et Manuel Osborne-Paradis sur le podium du super-G des mondiaux de St-Moritz. Photo : Getty Images / Julian Finney

Après, il y a eu à nouveau les blessures, la décision de laisser tomber le rêve olympique et le doute sur la suite des choses.

Alors que Guay décide de repartir pour un dernier tour de piste, ça le comble, et l'esprit de groupe s'en ressent. C'est comme si le grand frère revenait à la maison au grand bonheur de la famille.

« Ça me rappelle un peu quand on a commencé avec Erik et Manny, se souvient M. Dugas. L'esprit du groupe est bon. Ce sont des travaillants. »

« Il est correct, mais il y a encore du travail à faire »

Le groupe pourra-t-il lui redonner toute sa force? Les premiers entraînements ont montré que le Tremblantois est loin de sa forme des derniers mondiaux.

Dans le programme de préparation de l'équipe, un stage a été annulé pour des raisons budgétaires, et le manque de neige a retardé un peu plus son retour sur les planches.

Il a recommencé à glisser il y a un peu plus de deux semaines, mais la neige tarde à tomber. La couverture des pistes n'est pas parfaite. Autant dire qu'il se présente à Lake Louise à court d'entraînement.

« Il est correct, mais il y a encore du travail à faire, admet Serge Dugas. On va voir comment ça va se passer. »

Broderick ThompsonBroderick Thompson Photo : Getty Images / Christophe Pallot/Agence Zoom

Erik Guay n'est pas à 100 % physiquement, mais l'est-il mentalement? L'équipe a déjà subi un premier gros revers quand l'un des cinq membres du groupe, Broderick Thompson, est tombé au combat le 13 novembre. Juste avant que le Québécois s'élance.

Le skieur de 24 ans de Whistler est blessé au genou. Sa saison est terminée. De quoi faire remonter à la surface quelques doutes.

« La blessure de Broderick, c'était plate. C'est certain que le soir au meeting de l'équipe, on en a parlé. Mais le lendemain, ils s'entraînaient à fond, assure M. Dugas. Pas besoin de les motiver. Ils ont vu ça tellement souvent, ils sont habitués. »

Erik Guay reste dans de bonnes dispositions, assure Serge Dugas. Il veut réussir sa saison, revenir en santé à la maison pour de bon et ne pense pas encore à la retraite.

« Je sais qu'une fois qu'il est dans le portillon de départ, la retraite, ce n'est pas quelque chose auquel il va penser, affirme Serge Dugas au sujet d'Erik Guay. Peut-être à la dernière course. La dernière descente qu'il va faire, là oui, peut-être. Mais pas avant. »

Ce qui va aider Guay, selon son entraîneur, c'est de retrouver sa deuxième famille, et de pouvoir lui dire au revoir, comme à tous ces gens qui le suivent en Europe.

C'est pas juste pour défendre ses médailles qu'il revient. C'est certain que de revoir le circuit, les compétiteurs, les places, ça va aider. Il va aimer ça.

Serge Dugas

Erik Guay saura vite où il se situe par rapport à la concurrence à Lake Louise. Il y a trois descentes d'entraînement mercredi, jeudi et vendredi avant la course du samedi. Un super-G suivra dimanche.

Serge Dugas (au centre)Serge Dugas (au centre) Photo : Canada Alpin

Pour la visibilité de l'équipe de ski alpin, au Canada et en Europe, la présence de Guay est importante. À savoir si sa décision de faire une saison de plus a assuré un meilleur financement à l'équipe, Serge Dugas n'en a aucune idée, mais l'annulation d'un entraînement en Europe cet été répond à la question.

L'entraîneur dit que le groupe s'est toujours débrouillé avec les moyens du bord.

« On fait avec ce que le bureau nous donne, affirme-t-il. On trouve des moyens d'arriver à s'entraîner. Plus de commanditaires, c'est sûr que ça aiderait, mais on fait avec ce qu'on a. On sait gérer chaque dollar de façon efficace. »

Les résultats du groupe sont là pour le prouver. Et c'est pour cela que l'équipe canadienne est respectée par les grandes nations européennes du ski.

« Le respect des autres pays, c'est pour ce qu'on fait, les résultats qu'on a, explique Serge Dugas, non sans fierté. On s'est retrouvé avec plusieurs leaders. C'est ce qui fait notre force. »

Et le Québec dans tout ça?

Qui sera le prochain meneur après le départ d'Erik Guay? Manuel Osborne-Paradis, à 34 ans, n'est plus tout jeune non plus. Mais il ne viendra sans doute pas du Québec.

« Quand je suis arrivé, le trois quarts du groupe venait du Québec, se souvient Serge Dugas. Mais vous dire pourquoi il y en a moins aujourd'hui, c'est une bonne question. Il faut poser la question à la fédération québécoise. »

« Chaque province a ses programmes, et prend ses décisions. En tant que Québécois, c'est sûr que j'aimerais ça qu'il y en ait plus, ajoute-t-il. C'est quelque chose qui m'intéresse, pour avoir un meilleur équilibre, mais moi, je travaille avec l'équipe que j'ai. »

Il sait déjà qu'il ne se rendra pas aux Jeux olympiques de 2022 en Chine. Il a trouvé en Erik Guay un fils qu'il a vu grandir, qu'il a aidé à progresser, qu'il a vu gagner, devenir un des meilleurs du monde.

Quand le skieur québécois quittera le groupe pour de bon, Serge Dugas fera pareil.

« C'est sûr que la décision d'Erik m'a aidé à me décider aussi, et à faire une saison de plus. Est-ce que c'est ma dernière? Je ne sais pas. Tant que ça va être intéressant. »

« Je suis passé par le bureau à Calgary le 15 novembre, et mes supérieurs m'ont posé la question à la blague : te fait-on signer un nouveau contrat de quatre ans? Non, je ne suis pas inquiet [pour moi], mais je vais peut-être ralentir. On parle de la relève des athlètes, mais il y a aussi la relève des entraîneurs. »

« Je ne peux pas mettre toute mon expérience, tout mon savoir, sur une tablette, reconnaît-il en conclusion. Quand je vais rentrer au Québec, je vais offrir ça. »

Quand Serge Dugas quittera le groupe, c'est un peu de l'âme francophone de l'équipe canadienne de vitesse qui s'envolera.

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