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chronique

Lettre à Thomas Bach

Thomas Bach en point de presse
Le président du CIO, Thomas Bach Photo: presse canadienne
Dominick Gauthier

BILLET - À la lumière de l'abandon de la candidature olympique de Calgary pour les Jeux de 2026, le Comité international olympique (CIO) a un sérieux examen de conscience à faire. Ça commence par son président, à qui j'envoie cette missive.

Cher Monsieur Thomas Bach,

Avez-vous entendu les gens de Calgary? L’écoute n’est pas votre force, certes, mais il s’agit quand même de la huitième ville qui vous dit non depuis le début de votre mandat. Bien sûr, vous n’êtes pas le seul responsable de cette dérive du mouvement olympique, mais vous êtes le capitaine qui n’a pas su ramener le navire vers des eaux plus calmes. Pourtant, vous en avez eu l’occasion à maintes reprises.

Ce vote de Calgary n’était pas contre la tenue des Jeux à Calgary. Le plan était logique, raisonnable et aurait laissé un héritage extraordinaire pour la communauté et notre pays.

Ce vote était contre vous et votre organisation. Vous avez perdu la confiance de tout un chacun. Et la confiance, ça se perd plus vite que ça se gagne.

Corruption, dopage, violation des droits de la personne, manipulations, extravagances, abus… la liste est longue.

Après les nombreux abus de Sotchi, avec des infrastructures gigantesques et un dopage russe étatisé, vous auriez dû imposer votre leadership.

Il fallait une réforme solide et sans compromis, pas juste une nouvelle façade ou une couche de peinture. Il fallait refaire la maison à partir de la fondation.

Corruption

La structure de votre organisation ainsi que son mode d’élection assurent une corruption à plusieurs niveaux. Comment l’éviter lorsque le vote d’une île minuscule du Pacifique ou d'un pays africain méconnu vaut la même chose qu’un vote des États-Unis ou de l’Allemagne?

Dans certains de ces pays, la corruption est presque partie prenante de la culture (je sais, qui sommes-nous pour montrer du doigt, mais c’est quand même pire ailleurs), donc comment éviter l’achat de votes avec un système comme celui-ci? Il faut passer à un nouveau mode de scrutin.

Dopage

Quant au dopage, là, vous devez en prendre l’entière responsabilité, M. Bach.

L’Agence mondiale antidopage (AMA) vous a offert la solution sur un plateau d’argent en recommandant de bannir la Russie des Jeux de Rio après les révélations sur un système de dopage étatisé. Ce pays a ri dans la face du monde entier aux Jeux de Sotchi. Vous y êtes allé d’une demi-mesure en laissant le choix aux fédérations sportives de prendre la décision pour vous.

Quelques mois plus tard, avant les Jeux de Pyeongchang, vous avez encore une fois été mou et failli à votre tâche de protéger les milliers d’athlètes qui suivent les règles, et avez ouvert la porte à une poignée d’athlètes russes potentiellement propres.

Et ai-je besoin de vous rappeler cette décision d’aller encore plus loin dans le monde du ridicule et de nourrir le cynisme en les nommant « athlètes olympiques de Russie »? Vraiment? Pourtant, vous êtes un avocat de formation qui devrait bien connaître la valeur des mots.

Et tout le reste

Comment dormir sur vos deux oreilles après avoir vu les morts s’accumuler pendant la construction des palais de Sotchi? C’eût été un bon moment pour imposer et menacer le retrait des Jeux. Sans compter le traitement réservé à la communauté LGBTQ en Russie, sur lequel vous avez fermé les yeux.

Avec ces abus de toutes sortes, vous aviez une occasion exceptionnelle d’utiliser l’essence même de ce que souhaitait M. Pierre de Coubertin en créant les valeurs olympiques, dont celle du respect des principes d’éthique fondamentaux universels.

Les gens ne vous croient plus, ils ont perdu espoir. Même les habitants d’un pays qui est l’emblème même des Jeux d’hiver, la Norvège, n’en veulent plus. Plusieurs référendums ont eu lieu et ont défait des candidatures, vous voyant pris à choisir entre Almaty, au Kazakhstan, et Pékin, en Chine… pour des Jeux d’hiver!

Vous êtes le huitième président du CIO, ce qui est en soi spectaculaire et démontre un problème avec une organisation ayant 124 ans. N’est-il pas le temps de revoir la durée des mandats? Cela aiderait sûrement à nettoyer un peu votre système si l'on parlait d’un maximum de deux mandats de quatre ans.

La culture d’une organisation, ça se développe. Une organisation peut propager l’espoir lorsque son leader prêche par l’exemple. De toute évidence, vous avez manqué d’inspiration et avez vous-même très peu inspiré depuis votre arrivée en poste.

Il est vrai que dans une dictature, l’inspiration fait plutôt place à l’oppression. Mais malgré les allures dictatoriales du CIO, la voix du peuple, celui de Calgary, a encore sonné et elle vous dit qu’il est temps de prendre vos responsabilités, Monsieur Bach, et de quitter ce navire.

SVP, ne laissez pas nos anneaux tomber. Personne, même vos plus grands détracteurs, ne souhaite cette conclusion.

Olympiquement vôtre,

Dominick Gauthier,
Un vrai passionné olympique

Dominick Gauthier a participé aux Jeux olympiques de Nagano, en 1998, en ski acrobatique (bosses). Il est cofondateur de la fondation B2dix.

Sports