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Les JO 2026 à Calgary? Non merci!

Une jeune fille apprend à patiner à la Place olympique de Calgary.
Les citoyens de Calgary se prononcent le 13 novembre, par référendum, sur la candidature pour les Jeux d'hiver de 2026 Photo: La Presse canadienne / Jeff McIntosh
Jean-Luc Brassard

BILLET - Je suis contre la candidature de Calgary pour les Jeux olympiques de 2026. Mais je suis tout de même pour une élite sportive.

Comment est-ce compatible?

En fait, c’est que je ne crois plus que les Jeux olympiques, le Comité international olympique (CIO) et tous leurs satellites nationaux autour du monde sont les véhicules qui devraient organiser une compétition planétaire. Je vois encore moins pourquoi nous, Canadiens, devrions cautionner cette organisation alors que les pays européens, par voie référendaire, envoient un message clair pour transformer cette autocratie.

Le CIO et ses branches sont des organismes fermés, où n’entre pas qui veut, mais qui supposément fonctionnent de façon démocratique. Ni l’ONU ni les gouvernements élus démocratiquement n’ont droit de regard sur cette organisation qui, pourtant, dicte les règles du sport aux gouvernements de nombreux pays, dont le nôtre.

Le CIO remet 95 % de ses recettes aux différents pays qui font partie de son organisation. Parfait, mais 95 % de combien? Cent millions de dollars ou 10 milliards? Dernièrement, le CIO « donne » plus de 1 milliard aux villes qui présentent les Jeux. Un milliard de la part d’un organisme sans but lucratif, c’est pour le moins spectaculaire.

Pourtant, aucun athlète n’est payé pour être acteur de ce spectacle qui, visiblement, rapporte des milliards. Imaginez les joueurs du Canadien de Montréal traverser une saison de hockey de façon bénévole alors que les billets sont vendus à prix d’or, et que tous, des placiers au président, profitent des gains engendrés par l’effort des joueurs.

Il est ironique de constater que notre élite sportive, à qui l’on voue une admiration lors des Olympiques, est en fait du « cheap labor ». Les joueurs du quatrième trio du Canadien touchent un salaire, car ils contribuent à la partie et aux succès de l’équipe. Alors pourquoi tous les athlètes olympiques n’auraient-ils pas une redevance du CIO, car ils participent au succès des Jeux qui enrichissent l’organisation? En acceptant la candidature de Calgary, nous acceptons encore une fois l’exploitation des athlètes.

Le Financial Times écrit que tous les Jeux olympiques depuis 1968 ont connu des déficits et des dépassements de coûts. Pourtant, le CIO, lui, n’a jamais connu de déficit. Où est l’erreur?

Il n’y aurait que les Jeux de 1984 à Los Angeles, grâce à des initiatives privées, qui auraient engendré un profit, insufflant une vague d’intérêt de la part de nombreuses villes par la suite.

À court de villes candidates après les désastres financiers de Mexico et de Montréal, Los Angeles a levé la main pour la présentation des Jeux. À ses conditions, et non celles du CIO, et le profit a été au rendez-vous.

Il est largement temps d’avoir un sens critique envers cette organisation, dont plusieurs membres ont participé ou ont été associés à des activités discutables. Pourquoi notre argent irait-il au service du CIO, vénéré sans borne, mais à la vertu plus que douteuse?

Croire qu’il est possible de réformer le CIO grâce à la magie des Jeux de Calgary est tout à fait illusoire. La légalisation du cannabis y est certainement pour quelque chose!

La voix des athlètes

L’appel aux athlètes pour leur soutien et pour encourager les gens à voter oui au référendum du 13 novembre dépasse l’entendement. Leurs performances enrichissent le CIO alors qu’ils doivent composer avec les miettes financières qu’on leur saupoudre sous forme de brevets, et seulement s’ils le méritent.

Ces athlètes risquent aussi un double affront de nos discutables politiques d’excellence, car s’ils ont le malheur d’être exclus du podium aux Jeux, l’organisme de financement du sport de haut niveau canadien, À nous le podium, ampute le budget de leur fédération.

Les athlètes paient encore le prix de ces saignées et avec les budgets de leurs fédérations amputés, les meilleurs éléments administratifs quittent également, faute de salaire, laissant des organisations en ruines. Les reconstructions deviennent alors quasi impossibles dans un prochain cycle olympique. Une spirale négative s’en suit.

Ski alpin Canada se trouve dans cette pente descendante avec un budget négatif de 2 millions de dollars. C’est donc dire que de nombreux athlètes d’élite vont devoir quêter davantage pour représenter leurs pays. C’est inacceptable.

Idem pour Ski de fond Canada, qui n’a pas gagné de médaille lors des derniers Jeux. Pourtant, la présence d’athlètes russes douteux et d’entraîneurs au passé exécrable en matière de dopage a été dénoncée du bout des lèvres par notre comité olympique à Pyeongchang. Quelle honte!

Nous n’avons pas de budget pour nos équipes nationales, mais sortons des millions de nulle part pour la grosse fête olympique?

Quand deux enquêtes internationales majeures arrivent à la même conclusion sur un dopage étatisé en Russie, sans égard pour la santé des athlètes après leur carrière, et qu’on passe l’éponge aussi facilement, il y a lieu d’avoir de très sérieux doutes quant au sérieux de cette organisation à laquelle nous nous apprêtons à octroyer des milliards de dollars.

Retombées économiques et sécurité

Que dire également du président de la candidature de Calgary, qui prévoit des retombées de plus de 4 milliards de dollars, dont 1 milliard en salaires pour deux semaines de compétitions.

Sans oublier le budget de sécurité des Jeux, revu à la baisse de 150 millions de dollars (!) pour être fixé à 450 M$.

En comparaison, le budget de sécurité des JO de Vancouver en 2010 a été quintuplé pour finalement s’établir à plus de 900 M$.

Avec des sites de compétition à Calgary, Whistler, Nakiska, en plus des aéroports de Calgary et de Vancouver à sécuriser, ces chiffres sont de la véritable poudre aux yeux, et tous le savent, qu’on soit d’accord ou non avec cette candidature.

La cérémonie d'ouverture des Jeux d'hiver de 1988 à CalgaryLa cérémonie d'ouverture des Jeux d'hiver de 1988 à Calgary Photo : Getty Images / JONATHAN UTZ

La sécurité est assumée par le gouvernement fédéral, lui-même très endetté. Est-ce vraiment raisonnable de payer un autre milliard en salaires à des policiers et à des agents de sécurité pour deux semaines?

Ce milliard de dollars en sécurité serait certainement mieux utilisé s’il était réparti entre toutes les écoles canadiennes pour offrir ,enfin, un vrai tremplin pour la pratique du sport axé sur le plaisir, au moment où ça compte le plus, soit à l’enfance ou à l’adolescence.

Par ses décisions dérisoires, l’Agence mondiale antidopage (AMA) prouve qu’elle est à genou devant le CIO.

La course aux médailles olympiques devient donc une vraie farce. Elle est surtout un instrument politique, qui n’a rien à voir avec l’esprit olympique d’un autre temps. Autrement dit, mon pays est plus fort que le tien.

Pierre Lavoie me rappelait que le pays qui a décroché le plus grand nombre de médailles olympiques, les États-Unis, est aussi celui dont le taux d’obésité est le plus catastrophique. Il n’y a aucune corrélation entre les médailles gagnées par un pays et la santé générale de ses habitants. Il n’y a que notre fierté qui est gonflée à bloc jusqu’à ce que Carey Price reprenne ses activités, soit 12 heures après la clôture des Jeux.

Quel héritage?

L’héritage des Jeux? Si je vous parle de Sydney, pensez-vous au stade olympique? Vous pensez plutôt à son opéra ou au pont Harbour. Allez-vous vraiment aller en vacances à Lillehammer? Un voyage à Pyeongchang vous intéresse sincèrement?

L'anneau de vitesse de Lillehammer aux Jeux olympiques de 1994L'anneau de vitesse de Lillehammer aux Jeux olympiques de 1994 Photo : Getty Images / Pascal Rondeau

Calgary est une bien belle ville moderne avec de charmants habitants, mais elle a ses problèmes, dont ceux de logement, qui pourraient très bien être réglés sans faire le dispendieux détour olympique.

Est-ce vraiment raisonnable de dépenser des milliards de dollars pour ces compétitions de deux semaines? De cautionner cette organisation qu’est le CIO, qui a accepté le déplacement de 72 000 familles pour la construction des stades des Jeux de Pékin, qui fait la moue quand les économistes lui disent que le début de la débâcle financière de la Grèce correspond à la présentation et à la construction pharaonique des infrastructures grecques pour les Jeux de 2004?

La réponse est non.

J’aime les athlètes, et je sais qu’ils ne me pardonneront pas cette opinion, mais peu importe. Ces athlètes savent aussi qu’une saine compétition est porteuse de développement et d’amélioration. Vivement un organisme qui serait en compétition avec le CIO! Je souhaite également que nos gouvernements reprennent les rênes du sport au pays.

Malheureusement, le modèle olympique est sévèrement gangréné, et ce, depuis trop longtemps. Les dépassements de coûts faramineux qui caractérisent ce mouvement sont une risée. Jamais une entreprise privée digne de ce nom n’accepterait une gestion aussi médiocre.

Une mise au point s’impose et nous ne devons pas cautionner temporairement cette organisation encore une fois. Si le but est vraiment de rénover les installations de pointe de l’endroit, alors prenons simplement le budget fictif alloué à la sécurité, et réparons les infrastructures. Nous allons ainsi économiser des milliards.

Pour la santé sportive de ce pays, misons a priori nos millions sur les plus jeunes, sur les écoles, dont la vétusté est une véritable honte, et non sur un organisme qui réintègre des dopés par centaines.

Je tiens à préciser que je tiendrais les mêmes propos si Québec était candidate.

Jean-Luc Brassard a remporté l’or en bosses aux Jeux olympiques de Lillehammer en 1994 et a été porte-drapeau du Canada à la cérémonie d’ouverture des Jeux de Nagano en 1998. Il a démissionné de son poste de chef de mission du Canada quelques mois avant les Jeux olympiques d’été de Rio, en 2016.

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