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Football universitaire : recruter pour rattraper les Carabins et le Rouge et Or

Yanic Lessard (no 8) et Anthony Chagnon (no 27)

Yanic Lessard (no 8) et Anthony Chagnon (no 27)

Photo :  Facebook / Stingers de l'Université Concordia

Radio-Canada

La disparité sévit au football universitaire québécois. L'écart s'est creusé cette saison entre la première et la seconde garde. Le recrutement s'avère la principale avenue des Redmen, Vert & Or et Stingers pour rattraper les Carabins et le Rouge et Or, dont les programmes sont devenus des ogres.

Un texte de Félix St-Aubin

Les Carabins de l'Université de Montréal et le Rouge et Or de l'Université Laval règnent sur le Réseau du sport étudiant du Québec (RSEQ) depuis belle lurette. Ils ont ensemble apposé leur nom sur 15 coupes Dunsmore consécutives (2003-2017), avec un net avantage de 13-2 en faveur du Rouge et Or.

Ces deux puissances nationales s'affronteront à nouveau pour le titre québécois samedi au stade TELUS.

Le rehaussement du programme de football des Carabins dirigé par Danny Maciocia a déclenché une lutte acharnée à deux pour le titre provincial.

Le Vert & Or de l'Université de Sherbrooke a momentanément sorti la tête hors de l’eau dans un passé pas si lointain, principalement lorsqu'il a bataillé avec les Carabins. Ce temps est révolu.

Les Carabins et le Rouge et Or ont récemment bouclé une troisième campagne d’affilée, et une quatrième en cinq saisons, sans subir le moindre revers face à leurs autres rivaux de la Belle Province.

Les Carabins et Rouge et Or contre le reste du Québec :

  • 2011 : 13 victoires - 2 défaites (Sherbrooke bat Montréal 20-11 et 32-20)
  • 2012 : 14 victoires - 1 défaite (Sherbrooke bat Montréal 42-24)
  • 2013 : 11 victoires - 1 défaite (Sherbrooke bat Montréal 16-12)
  • 2014 : 13 victoires - 0 défaite
  • 2015 : 12 victoires - 1 défaite (Sherbrooke bat Montréal 17-12)
  • 2016 : 12 victoires - 0 défaite
  • 2017 : 13 victoires - 0 défaite
  • 2018 : 14 victoires - 0 défaite
Le Vert & Or a jadis joué le rôle de la bête noire contre les Carabins durant plusieurs saisons.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le Vert & Or a jadis joué le rôle de la bête noire contre les Carabins durant plusieurs saisons.

Photo : Vert & Or de l'Université de Sherbrooke / Yves Longpré

Les gains s'enregistrent au compte-gouttes contre les Bleus et les Rouges.

Les Gaiters (2010), qui jouent depuis 2017 dans le Sport universitaire atlantique, les Stingers (2010) et les Redmen (2002) doivent puiser dans leurs souvenirs afin de se remémorer un triomphe face aux ténors lavallois ou montréalais.

À titre indicatif, les protégés du Rouge et Or de Glenn Constantin n'ont pas plié l'échine devant ce groupe lors des 15 dernières années.

Qu’en est-il de l’écart moyen des 14 victoires signées par les Carabins et le Rouge et Or en 2018? 39,2 points.

Le trio formant la deuxième garde (Redmen de McGill, Vert & Or de l'Université de Sherbrooke, Stingers de Concordia) a évité l’affront d’une défaite par plus de 30 points seulement 3 fois durant la campagne. Les 11 autres matchs ont donné lieu à de véritables massacres, dont une gifle de 75-3 subie par les Stingers contre les Carabins.

Cette suprématie se traduit évidemment dans les deux équipes d’étoiles du RSEQ, où 21 des 27 joueurs récompensés (77,8 %) proviennent des Carabins et du Rouge et Or.

Régis CibasuAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Régis Cibasu

Photo : Carabins de l'Université de Montréal / James Hajar

Trouver sa niche

Il n'existe pas 1001 formules pour resserrer l'écart. C'est par le recrutement d'étudiants-athlètes, et naturellement un développement efficace, que les Redmen de McGill, les Stingers de Concordia et le Vert & Or de l'Université de Sherbrooke réussiront à s'approcher des favoris.

« Les entraîneurs de Laval et de Montréal font un travail colossal pour convaincre les jeunes de venir dans leur programme de football, comme nous le faisons aussi », soutient l'entraîneur-chef des Redmen, Ronald Hilaire.

« Ils ont fait un bon travail pour le bâtir et le rendre attrayant aux jeunes. C’est notre travail, de notre côté, de rendre notre produit et notre programme attirant aux jeunes Québécois et au reste du Canada », poursuit-il.

Jordan Duprey (no 89)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Le receveur Jordan Duprey tente de déborder un adversaire, samedi.

Photo : Radio-Canada / Courtoisie KYRAN THICKE, THE STINGERS

Chaque organisation a sa méthode bien à elle pour y parvenir avec quelques similitudes ici et là.

Ce sont 27 institutions d'un océan à l'autre qui tentent d'améliorer leur programme de football par cette avenue. Les batailles se font à l'intérieur des quatre associations.

L'exception à cette règle provient de l'Université Bishop's, qui est établie à Lennoxville, mais qui s'est jointe au Sport universitaire atlantique en raison du calibre québécois qui est jugé trop relevé.

L'emprise qu'exercent les Carabins et le Rouge et Or sur le RSEQ depuis une décennie et demie a eu une certaine influence sur le plus récent remaniement des deux associations de l'Est canadien.

Visées régionales, provinciales, nationales, internationales

Les Gaiters et le Vert & Or se partagent le même terrain de jeu en Estrie pour ce qui est du recrutement.

L'objectif est de mettre le grappin sur « le meilleur joueur disponible, peu importe où il se trouve », rappelle l'entraîneur du Vert & Or, Mathieu Lecompte.

Une réalité demeure. Certains champs de bataille, propres à chacun, sont plus capitaux que d'autres. « C’est sûr que gagner notre recrutement chez nous, à Sherbrooke, ça devient important. »

Hugo Richard (no 4) et Jérémie Verreault (no 97)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Hugo Richard (no 4) et Jérémie Verreault (no 97)

Photo : Gracieuseté / Yves Longpré

J’ai vu le Rouge et Or gagner des Coupes Vanier avec des petits gars que j’avais coachés à l’école secondaire et dans les rangs collégiaux en Estrie. Des joueurs tels que Marc-Antoine Pivin et Kevin McGee, ou bien dans le passé avec Charles Vaillancourt, Danny Groulx et Cédric Lussier-Roy, ont tous eu un impact dans des moments clés lors de matchs de championnat [...] On est en train de rebâtir le sentiment d’appartenance avec les jeunes joueurs, mais là, il faut qu’ils restent à Sherbrooke par fierté pour leur ville. Si les joueurs nommés étaient demeurés en Estrie, il y aurait eu une méchante différence dans l’histoire du football canadien.

L'entraîneur-chef du Vert & Or de l'Université de Sherbrooke, Mathieu Lecompte

Les Gaiters de Bishop's dirigent quant à eux leur regard sur l'ensemble de la province, ce qui n'était pas le cas auparavant.

« C’est certain que pour nous ,qui jouons à l’extérieur du RSEQ, le recrutement québécois est immense, parce que ça fait la différence. C’est comme si on recrutait des joueurs de troisième année. C’est primordial, explique le meneur de troupes Chérif Nicolas.

« Deux ans avant que j’arrive [à l’Université Bishop’s], le recrutement au Québec était presque nul. Ça faisait quelques années où la récolte était très négative [...] C’est le plus grand défi pour nous autres, d’avoir du succès au Québec dès cette année, faire un pas en avant et aller chercher 12 à 15 joueurs qui auront un impact positif sur notre équipe. »

Maxx Toutant (gauche) et Keagan Hughes (droite) réalisent un plaqué lors d'une rencontre face aux Huskies de l'Université Saint Mary's.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Maxx Toutant (gauche) et Keagan Hughes (droite) réalisent un plaqué lors d'une rencontre face aux Huskies de l'Université Saint Mary's.

Photo : Gaiters de l'Université Bishop's

Même son de cloche du côté des Stingers, qui ont récemment modifié leur manière de procéder.

« Avant, on avait tendance à sortir de la province et du pays pour chercher d’autres joueurs, indique l'instructeur Brad Collinson. C’est hyper important qu’on gagne nos batailles près de l’université. On ne va pas toutes les gagner, c’est sûr et certain, mais quand les jeunes feront leur choix, au moins nous serons dans l’équation. »

« C’est quelque chose dont on est fiers d’être capables d’attirer les meilleurs joueurs de partout, ce qui est un avantage contrairement à des équipes plus francophones comme Laval, Montréal et Sherbrooke qui ont un bassin plus restreint en termes de recrutement, révèle Ronald Hilaire, des Redmen.

« On a un bassin qui nous permet parfois de peut-être perdre une bataille de recrutement sur un joueur, mais d’aller chercher un joueur quand même comparable dans le reste du Canada ou aux États-Unis. »

Les prouesses de la formation québécoise à la Coupe Canada offrent des munitions à ceux qui prônent une approche provinciale en matière de recrutement.

Les représentants de la Belle Province se sont hissés sur le podium de cette compétition nationale à chacune des neuf éditions sous la formule de joueurs âgés de moins de 18 ans. Deux séquences de trois triomphes (de 2011 à 2013 et de 2015 à 2017) font d'eux les chefs de file.

Comme tu le vois chaque année à la Coupe Canada, le Québec est [pratiquement] toujours [champion]. On gagne souvent. On forme de très bons joueurs dans notre province. Quand tu vois, année après année, les équipes qui gagnent la Coupe Vanier, c’est [fréquemment] Laval ou Montréal. Tu vois clairement qu’on forme des joueurs comme il le faut dans notre province. Il faut qu’on recrute ici. Il y a quand même 32 équipes qui jouent au niveau collégial, il y a donc des joueurs en masse.

L'entraîneur-chef des Stingers de l'Université Concordia, Brad Collinson
Alexandre Dadaille (no 31) et Joel Soucy (no 1)Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Alexandre Dadaille (no 31) et Joel Soucy (no 1)

Photo :  Facebook / Stingers de l'Université Concordia

Changer le cours des choses

La carte de visite des Bleus et des Rouges est attrayante. Une présence à la Coupe Dunsmore se produit sur une base annuelle et la conquête d'une Coupe Vanier n'a rien d'un rêve impossible.

« Les joueurs veulent choisir une équipe gagnante, c’est sûr et certain. C’est normal en tant qu’être humain, tu veux côtoyer les meilleurs. C’est ce qu’on essaie d’implanter dans notre équipe, affirme Brad Collinson. C’est notre but à atteindre. On n’est pas là présentement, mais est-ce qu’on peut l’être à court et moyen termes? Oui. »

L'envie de renverser les ogres lavallois et montréalais est là. Les autres équipes universitaires misent là-dessus.

« Il y aura toujours le jeune qui veut faire comme les autres. Lui, je l’invite à continuer à faire comme tout le monde. Il y a aussi le jeune qui veut faire la différence, être le leader et le premier à réaliser quelque chose, dit Lecompte.

« Veux-tu venir gagner la 10e Coupe Vanier de l’Université Laval ou veux-tu être le premier à bâtir quelque chose à Sherbrooke et aller chercher la première Coupe Dunsmore, la première Coupe Vanier? »

« C’est sûr que pour certains jeunes qui sont peut-être moins audacieux, ils prendront le choix un peu facile, mais ce n’est pas avec eux autres qu’on veut bâtir […] Je vais bâtir avec des jeunes qui ont placé l’Université de Sherbrooke comme plan A », répète Lecompte.

« Ce chemin-là est très gratifiant quand tu réalises que tu as travaillé doublement fort pour réussir ce que plusieurs disaient irréalisable : décrocher un diplôme [qui s’apparente à celui] de l’Ivy League et en même temps battre les universités Laval et de Montréal », ajoute Ronald Hilaire.

Jérémy SauvageauAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Jérémy Sauvageau

Photo : Redmen de l'Université McGill / Derek Drummond

Ça s'applique également aux Gaiters et à leurs nouveaux rivaux dans les Maritimes.

« Ce qu’on offre ici, c’est d’être la machine, tandis que d’autres programmes proposent de faire rouler la machine. Il y a une différence », mentionne Chérif Nicolas.

Ils formeront la partie intégrante de notre réussite. Je ne dis pas que chez les autres ça ne le serait pas. Mais dans des programmes établis, c’est certain que la situation d’un jeune est différente en comparaison avec un programme en reconstruction comme le nôtre. Je ne critique pas les joueurs qui veulent faire ça, mais nous, nous cherchons des joueurs qui veulent faire la différence maintenant.

L'entraîneur-chef des Gaiters de l'Université Bishop's, Chérif Nicolas

Prioriser le volet académique

Tous les entraîneurs s'entendent pour dire que les joueurs de football universitaire sont des étudiants avant d'être des athlètes.

Vanter les mérites de ses programmes académiques fait donc sans surprise partie du discours de tout un chacun.

Je dirais que le plan de recrutement est le même qu’il est depuis mon arrivée, soit de convaincre les jeunes Québécois de la valeur qu’un diplôme de l’Université McGill peut leur apporter et de leur faire comprendre qu’ils ont une belle occasion, d’une part de rentrer dans la meilleure école au Canada et d’autre part de compétitionner contre les meilleurs semaine après semaine.

L'entraîneur-chef des Redmen de l'Université McGill, Ronald Hilaire

L'encadrement sportif et académique « est ce qui fait que les jeunes choisissent le Vert & Or présentement », dit Mathieu Lecompte.

« D’un point de vue académique, on a une très bonne structure, de bons programmes. Ce sont des choses qu’il faut vendre aux joueurs, confie Brad Collinson. Étudier en anglais en est une autre. Il y a des francophones qui désirent étudier en anglais afin d’apprendre une autre langue. »

L'offre anglophone pour une maîtrise de la langue est effectivement l'une des cartes que peuvent jouer les universités Bishop's, Concordia et McGill. Celle-ci peut s'avérer salutaire puisqu'« il y a beaucoup d’intérêt chez les francophones d’étudier en anglais », assure Chérif Nicolas.

Les Gaiters arrivent sur le terrain. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les Gaiters de l'Université Bishop's (archives)

Photo : ICI Radio-Canada

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