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chronique

À Lévis, une équipe invincible, un record et... un surdoué

Joshua Roy (no 19) et Olivier Nadeau (no 12)
Joshua Roy (no 19) et Olivier Nadeau (no 12) Photo: Média des 2 Rives / Jocelyn Gagné
Martin Leclerc

La Ligue de hockey midget AAA (LHMAAAQ) est un circuit de développement extrêmement compétitif au sein duquel cheminent depuis 42 ans les meilleurs talents québécois. Cette ligue est le fer-de-lance de notre système de développement. Lorsque quelqu'un y établit un record, il vaut donc la peine de s'y attarder.

Menés par un jeune entraîneur minutieux et par un attaquant doté d’un talent exceptionnel, les Chevaliers de Lévis ont établi une nouvelle marque le week-end dernier en portant à 18 leur séquence de victoires consécutives pour amorcer la présente saison.

Il s’agit d’un exploit tout à fait remarquable si l’on tient compte du haut niveau de compétition et de la parité qui règne généralement dans la LHMAAAQ. Et c’est d’autant plus impressionnant lorsqu’on sait que la constance ne fait généralement pas partie des qualités acquises chez les hockeyeurs de 15 et 16 ans.

Cette saison, les Chevaliers ont élu domicile dans le petit aréna de Charny (doté de seulement 500 places) en raison d’importants travaux de rénovation effectués à l’aréna de Lévis. Vendredi dernier, il y avait pourtant plus de 700 spectateurs entassés dans les gradins pour les voir remporter une 17e victoire de suite et reléguer aux oubliettes la marque de 16 victoires établie par le Collège Charles-Lemoyne à l’automne 2000. Le lendemain, les Chevaliers ont triomphé à nouveau, au compte de 4-0, contre le Phénix du Collège Esther-Blondin, dans la région de Lanaudière.

Recruteur pour les Foreurs de Val-d’Or et ancien directeur général des Voltigeurs de Drummondville, Charles Marier baigne dans l’univers du midget AAA et du junior majeur depuis plus de 30 ans. Lorsqu’on lui demande si les Chevaliers de Lévis forment la meilleure équipe midget qu’il ait vue à l’oeuvre, il n’hésite même pas.

« Je dirais que c’est la meilleure équipe. Les gens trouvent que le hockey de la LNH a changé, mais ce qu’ils voient à la télé est le reflet de ce qui se déroule aux échelons inférieurs. On assiste en quelque sorte à la naissance d’un nouveau hockey. Le hockey pratiqué aujourd’hui est nettement plus rapide. Et le niveau d’exécution, comme la qualité des passes, est plus relevé. J’ai vu beaucoup d’excellentes équipes au fil des ans, mais il me semble que le calibre de jeu n’était pas aussi relevé », mentionne-t-il.

***

À leurs 18 premières rencontres cette saison, les Chevaliers ont inscrit 109 buts (une moyenne de 6,05 par rencontre) et n’en ont accordé que 31 (1,7 par match). Leur avantage numérique fait scintiller la lumière rouge à un rythme de 31 % et ils possèdent cinq des six meilleurs marqueurs de la ligue! Qui dit mieux?

Le meilleur attaquant des Chevaliers et meilleur marqueur de la ligue, Joshua Roy, n’est âgé que de 15 ans. Il compte déjà 40 points à sa fiche, soit 19 buts et 21 mentions d’aide.

En maintenant le même genre de production durant la deuxième moitié du calendrier, Roy surpasserait le nombre de buts (33) et flirterait avec le total de points (83) inscrits il y a deux ans par Alexis Lafrenière à titre de joueur de 15 ans.

Portant désormais les couleurs de l’Océanic de Rimouski, Lafrenière se profile comme le tout premier choix du repêchage de 2020 dans la LNH...

« Joshua Roy est le meilleur joueur de la Ligue midget AAA. Il possède des mains et un sens du hockey épouvantables et il mesure déjà 6 pieds (1,83 m). Selon mon évaluation, il sera un joueur de concession. Si on le compare à Lafrenière, je dirais qu’il a un QI hockey aussi élevé que lui », ajoute Charles Marier.

***

Les Chevaliers de Lévis sont dirigés depuis quatre ans par Mathieu Turcotte, un entraîneur de 34 ans qui est diplômé en organisation sportive de l’Université Laval.

« Après avoir étudié au Collège Brébeuf à Montréal, j’étais censé faire des études en droit. Mais j’étais trop passionné par le hockey et j’ai bifurqué », raconte en riant celui qui a fait une partie de ses classes pendant quatre ans dans la LHJMQ à Val-d’Or et à Chicoutimi à titre d’entraîneur adjoint.

Turcotte soutient que Roy est le meilleur hockeyeur qu’il ait dirigé dans sa jeune carrière.

« En 2011, j’ai eu le privilège de faire partie du personnel d’entraîneurs d’Équipe Québec dans le cadre des Jeux du Canada. Jonathan Drouin et Anthony Duclair faisaient alors partie de notre équipe et je n’ai absolument aucune difficulté à dire que Joshua Roy se situe dans la même catégorie que ces deux joueurs au même âge », dit-il.

Évidemment, Roy n’est pas seul au sein de cette combative formation. D’ailleurs, il n’est que l’un des huit joueurs de 15 ans que les recruteurs épient avec beaucoup d’attention du côté des Chevaliers.

Et pas plus tard que lundi, William Veillette, un attaquant de 16 ans de l’équipe, a quitté Lévis pour se joindre à l’une des trois équipes canadiennes qui prendront part au Défi mondial des moins de 17 ans. Ce tournoi sera disputé au Nouveau-Brunswick.

« Habituellement, ce sont uniquement des joueurs de 16 ans évoluant au niveau junior majeur qui se taillent une place avec les équipes nationales U-17. Cette année, William Veillette y sera le seul joueur provenant d’une équipe midget AAA », souligne Mathieu Turcotte.

***

Peu importe la discipline sportive, aussi enivrants soient-ils, les records peuvent aussi devenir extrêmement lourds à porter. Encore plus si on les établit au début d’une saison.

Tant que la marque est en vie, le record devient une espèce d’éléphant dans la pièce et souvent une importante source de distraction. Personne ne veut commettre l’erreur qui mettra fin à la séquence. En même temps, les équipes adverses se préparent davantage et déploient encore plus d’énergie dans l’espoir d’inscrire un précieux trophée de chasse à leur tableau.

« C’est vrai que ça devient pesant. Tout le monde parle de nous, avec raison, et il y a beaucoup de distractions », reconnaît l’entraîneur en chef.

« Mais nous avons vécu une séquence semblable (de 14 victoires) l’an passé. Et nous utilisions l’expression "Dont eat the cheese (ne mangez pas le fromage)" pour rappeler aux joueurs l’importance de laisser parler les gens et de nous concentrer sur l’essentiel. »

[L’expression Don’t eat the cheese est utilisée dans la NFL par l’entraîneur-chef des Saints de La Nouvelle-Orléans, Sean Payton. Ce dernier place parfois des trappes à souris dans les casiers de ses joueurs et leur rappelle de ne pas écouter les compliments qui leur sont adressés « parce que c’est un piège », NDLR]

« Nous sommes contents d’attirer les réflecteurs sur notre équipe, mais nos joueurs font preuve de grande maturité et continuent à s’attarder sur le processus qui nous permet d’avoir du succès plutôt que sur les résultats », affirme Mathieu Turcotte.

« Nous [les entraîneurs] n’avons jamais parlé de ce record aux joueurs avant qu’il ne soit battu. Nous les avons félicités quand nous avons établi cette marque et nous sommes vraiment fiers d’eux. Cela dit, nous leur avons rappelé que les gars qui avaient inscrit le record précédent n’avaient pas remporté le championnat en 2000-2001. Il reste donc beaucoup de travail à faire. Nous devons garder en tête cet objectif à long terme et continuer de bien faire les choses pour nous y rendre », conclut sagement l’entraîneur des Chevaliers.

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