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Un championnat de course automobile réservé aux femmes sera lancé en 2019

La monoplace de type F3 du constructeur italien Tatuus pour la W Series

La monoplace de type F3 du constructeur italien Tatuus pour la W Series

Photo : W Series

Radio-Canada

La Fédération internationale de l'automobile (FIA) lance un nouveau championnat de course automobile réservée aux femmes pilotes, la W Series. Déjà, les réactions se font entendre, et elles sont mitigées.

Ce championnat utilisera des châssis de F3, construits par le fabricant italien Tatuus.

La FIA explique que ce championnat se veut un tremplin pour que les femmes accèdent aux meilleurs championnats, dont la F1.

La W Series verra le jour au printemps 2019 avec 18 ou 20 pilotes sélectionnées à l'issue d'une série de tests, détaillent les organisateurs dans un communiqué.

À la clé il y aura une bourse totale de 1 500 000 $, dont 500 000 $ pour la pilote titrée. Aucun droit d'entrée ne sera requis, précise-t-on.

Les courses seront de 30 minutes et auront lieu dans un premier temps en Europe, sur des circuits ayant déjà accueilli des grands prix de F1, ajoutent les organisateurs qui ont l'ambition ensuite de se développer en Amérique, en Asie et en Australie.

« Si vous offrez la même chose aux hommes, ils vont tous y aller. Pourquoi nous, on n'irait pas », lance la pilote québécoise Valérie Chiasson, jointe par téléphone, mercredi, par Radio-Canada Sports.

« C'est une occasion géniale d'aller chercher du budget, pour ensuite aller dans une catégorie qui est plus haute et aller courir contre les meilleurs au monde. Alors pourquoi pas? Ils vont médiatiser la série. Il y aura beaucoup de curiosité. Ce qui est un peu tendance au niveau marketing, c'est créer un tourbillon autour de ça. Ça va réveiller plus de gens, plus de sociétés qui vont se poser la question : pourquoi on n'appuie pas plus de femmes à essayer le sport », précise Valérie Chiasson.

Valérie Chiasson

Valérie Chiasson

Photo : Site personnel de Valérie Chiasson

Ce nouveau championnat bénéficie du soutien de quelques acteurs de la F1, notamment le directeur technique de l'équipe Red Bull, Adrian Newey.

« Je suis ravi de m'impliquer dans la W Series afin de contribuer à la création d'une plateforme permettant aux femmes de s'améliorer en courant l'une contre l'autre, explique l'aérodynamicien britannique. Ce sera un tremplin pour leur carrière, et elles pourront ensuite se battre contre leurs homologues masculins et les battre. »

Une nouvelle ère

Plusieurs anciens pilotes, dont l'Écossais David Coulthard, l'Autrichien Gerhard Berger et le Britannique John Watson, ont aussi salué le projet.

« Pour le moment, dans leur courbe d'apprentissage, les femmes tendent à atteindre un "plafond de verre" au niveau de la F3, dit Coulthard. Pas par manque de talent, mais par manque de soutien financier. »

Par « plafond de verre », le pilote écossais parle de la barrière invisible qui empêche la personne de poursuivre son ascension même si le sommet est en vue.

« Ce qui peut faire éclater le ­plafond de verre, c'est si la première année va bien, et que la gagnante réussit à percer », explique Valérie Chiasson.

« Si ce cheminement réussit, ça va être le début d'une nouvelle ère, croit l'athlète du Québec. Si cette gagnante, avec son demi-million, peut accéder à une catégorie supérieure qui l'emmène à la F1, les sociétés vont dire : "Ça vaut la peine." »

Ces dernières années, Maria de Villota (2011, 2012) et Simona de Silvestro (2014) ont participé à des essais privés, deux autres ont participé à des séances officielles du week-end de course.

  • En 2014, la Britannique Susie Stoddart, engagée par Williams, participe à la première séance d'essais libres du Grand Prix de Grande-Bretagne. Sans suite.
  • En 1992, l'Italienne Giovanna Amati, engagée par l'équipe Brabham, participe à trois reprises à des séances de qualification. Sans succès.

Il faut remonter à 1975 pour voir une femme participer à un Grand Prix de F1. L'ancien pilote britannique John Watson s'en souvient.

Il a participé en 1975 à ce fameux Grand Prix d'Espagne au terme duquel l'Italienne Lella Lombardi avait fini 6e.

Lella Lombardi en 1974Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Lella Lombardi en 1974

Photo : Getty Images / J. Wilds

Elle est à ce jour la dernière pilote à avoir participé à une course de F1 et à avoir son nom au classement par points.

Si vous m'aviez dit en 1975 que 43 ans plus tard, Lella serait encore la dernière femme à avoir pris part à un Grand Prix, je vous aurais traité de fou. La W Series veut justement changer ça, et je ne peux qu'appuyer cette initiative.

John Watson

« Je crois sincèrement qu'à chances égales de progresser, les femmes sont éminemment capables de se battre en piste avec les hommes. Et quand la W Series offrira à ces femmes pilotes cette chance [de progresser], je m'attends à ce qu'enfin, elles puissent y arriver », affirme Watson.

« Une meilleure participation des femmes »

Les organisateurs de la W Series, dont les bureaux sont à Londres, affirment que les femmes peuvent concourir à armes égales avec les hommes dans les sports mécaniques.

Un championnat pour femmes pilotes est essentiel pour permettre une meilleure participation des femmes.

Les organisateurs de la W Series

Par contre, l'idée même de cantonner les femmes pilotes dans un championnat qui leur sera réservé ne fait pas l'unanimité.

« C'est une autre plateforme pour pouvoir progresser, explique la pilote britannique de F3 Jamie Chadwick. Bien sûr, les avis sont partagés, mais je suis pilote, et je voudrais piloter 365 jours par année. Je veux continuer à me battre contre les hommes dans d'autres championnats, et la W Series m'apporte une chance de plus de me développer et de progresser. Ça me plaît. »

« Pour avoir parlé aux organisateurs de la W Series, explique pour sa part la pilote de série GT Stephane Kox, je constate qu'ils ont compris que nous, les femmes pilotes, nous voulons avoir la chance de rouler le plus souvent possible pour pouvoir progresser et atteindre nos objectifs. »

Dans sa philosophie, la W Series ne serait pas un objectif à atteindre, mais simplement un outil de plus à la disposition des femmes pilotes.

Encore faut-il que tout soit transparent. Très peu de chiffres ont été dévoilés par les organisateurs.

« Je reviens d'une blessure, et je compte reprendre tranquillement. Ça m'intéresserait, mais il manque des détails, reconnaît Valérie Chiasson.

« S'il y a des coûts extravagants reliés à ça, ou s'ils demandent une commandite, ou comment ça fonctionnne. S'il y a des gros commanditaires à l'arrière, est-ce pour quelques filles ou pour tout le monde? Je n'ai jamais vu une série qui fait courir tout le monde avec les mêmes budgets.

« Donc, j'ai encore une hésitation de voir la réussite de cette série-là tant que je n'ai pas vu ces détails-là », a conclu la pilote automobile.

La Québécoise Valérie Chiasson est une femme d'affaires ayant élu domicile au Luxembourg. Passionnée de course automobile et d'équitation, elle a été blessée à la mâchoire en 2017 lors d'une course en Championnat Porsche GT3, à Zandvoort, aux Pays-Bas. Elle prévoit à court terme un retour partiel à la compétition.

Des voix discordantes

« Quel jour triste pour la course automobile, a lancé la Britannique Pipa Mann, qui court en IndyCar. Les gens qui financent cette série pour femmes pilotes ont choisi de les tasser dans un coin (segregate) plutôt que de les soutenir. »

Je suis tellement déçue de cet énorme pas en arrière.

Pipa Mann, pilote en IndyCar

« Mais comprenez-moi bien, je suis solidaire de celles qui verront dans la W Series leur seule chance de faire de la course automobile, a tenu à préciser Pippa Mann. Je suis contre ceux qui obligeront ces mêmes pilotes à y participer pour trouver le financement nécessaire à leur progression. »

La Britannique Pippa Mann dans une voiture de la série IndyCar

La Britannique Pippa Mann dans une voiture de la série IndyCar

Photo : Getty Images / Robert Laberge

« Je suis d'accord avec l'intention [de donner plus de place aux femmes pilotes], mais je suis totalement contre la solution, a pour sa part expliqué la pilote allemande de F3 Sophia Flörsch.

« Les femmes pilotes ont besoin d'être soutenues sur le long terme par des partenaires qui croient en elles », a-t-elle affirmé.

« Je veux me battre contre les meilleurs dans mon sport. Dans le milieu des affaires, devons-nous avoir des comités de direction et des conseils d'administration séparés pour hommes et femmes? Non. Ce championnat n'est pas la bonne approche. »

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