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chronique

Le CH et les séries : ce sera pour une prochaine fois

Jonathan Drouin
Jonathan Drouin Photo: Getty Images / USA Today Sports
Martin Leclerc

BILLET - Comment cette équipe parviendra-t-elle à marquer des buts?

Peu importe l’angle sous lequel on analyse la formation du Canadien à l’aube de la saison 2018-2019, cette question revient constamment sur le tapis. Et l'on se demande comment, dans ces circonstances, les hommes de Claude Julien pourraient bien parvenir à se tailler une place dans les séries éliminatoires.

Chaque année, j’essaie de projeter le potentiel offensif du CH de manière prudente. Pour les vétérans, je choisis habituellement la meilleure et la moins productive des deux ou trois saisons précédentes et j’établis une moyenne. Pour les plus jeunes, la saison recrue (la première saison complète) sert de point de départ, en y ajoutant une modeste (et normale) progression. En ce qui concerne les recrues comme Jesperi Kotkaniemi, il faut éviter de s’emporter. On ignore encore s’il passera toute la saison à Montréal.

Avec cette méthodologie, sans tenir compte des blessures qui surviennent inévitablement en cours de route, j’en arrive à une production totale d’environ 209 buts pour l’ensemble du calendrier. Pour ceux qui l’auraient oublié, le Tricolore a inscrit 207 buts la saison dernière et son attaque se situait au 29e rang dans la LNH.

À la même date l’an passé, toujours avec cette méthode, j’établissais le potentiel offensif du CH quelque part entre 240 et 255 buts, ce qui aurait placé l’équipe dans le top 10 offensif de la ligue. Des blessures ont toutefois limité la production de certains joueurs (Danault et Weber, par exemple) tandis que d’autres piliers offensifs (comme Pacioretty, Galchenyuk Drouin) ont nettement sous-performé.

Une bonne partie de cette chute vertigineuse de l’attaque a aussi été provoquée par la démolition de la brigade défensive (les départs de Markov, Emelin et Beaulieu), suivie d’une douteuse opération de rapiéçage.

Tout cela pour dire que la loi de Murphy s’applique aussi au hockey et que les choses peuvent (souvent) très mal tourner. À l’inverse, il est extrêmement rare de voir une équipe de la LNH sortir des lapins de son chapeau tous les soirs et surpasser de manière importante son potentiel offensif.

***

La mémoire est toutefois une faculté qui oublie. Peu de gens se souviennent que le Canadien avait amassé 100 points et bouclé le calendrier au 9e rang de la LNH en 2013-2014 avec seulement 209 buts (21e attaque dans la LNH). Et qu’en 2014-2015, l’équipe n’avait secoué les cordages que 214 fois (20e attaque), ce qui ne l’avait pas empêchée de récolter 110 points et de terminer 2e au classement général.

Lors de ces deux campagnes, le Tricolore misait toutefois (respectivement) sur la 8e et la 1re défense de la ligue. Quand on accorde moins de 200 buts par saison, on peut se permettre de marquer moins souvent.

Or, la saison dernière, l'équipe a accordé 258 buts! Ça faisait plus de 20 ans que la lumière rouge n'avait pas aussi souvent brillé derrière les gardiens montréalais. Et c’est dans cette facette du jeu que se situe le plus grand défi de Claude Julien et de sa nouvelle équipe d’adjoints.

Pour connaître une saison décente, malgré une brigade défensive presque identique à celle qui a bouclé la dernière saison, le Bleu-blanc-rouge doit trouver le moyen d’accorder une cinquantaine de buts de moins. Ce n’est pas rien! Pour y parvenir, il y a trois solutions :

a) Passer le moins de temps possible en zone défensive. Clairement, on a déjà vu ce changement tactique se déployer au camp d’entraînement. Les entraîneurs demandent aux arrières de limiter les passes latérales et de faire circuler la rondelle le plus rapidement possible en direction de la zone adverse, coûte que coûte. Si une transition échoue, il est préférable de tenter de récupérer le disque en échec avant plutôt que d’être embourbé dans son territoire.

b) Que Carey Price redevienne lui-même. Avant la saison dernière, le gardien présentait un taux d’efficacité de ,920 depuis le début de sa carrière. L’an passé, il a été méconnaissable. Son taux de ,900 l’a placé au 30e rang parmi les gardiens ayant obtenu au moins 40 départs. À lui seul, en renouant avec un taux de ,920 et en disputant un peu plus de 60 matchs, Price permettrait à son club d’accorder 35 ou 36 buts de moins aux équipes adverses.

c) Améliorer l’unité de désavantage numérique. La saison dernière, avec une efficacité de 74,1 %, le Canadien a présenté l’une des trois pires unités de désavantage numérique des 13 dernières années dans la LNH. Ce n’est pas rien. Simplement en corrigeant cette facette et en se replaçant dans la moyenne de la ligue (80,2 %), ce sont 11 ou 12 autres buts qui seraient rayés au bilan de la défense de l’équipe.

***

Est-il possible de transformer un canasson en cheval de course dans la LNH d’aujourd’hui?

Marc Bergevin et Michel Therrien avaient orchestré une telle transformation en 2012-2013. Ils avaient pris les commandes d’une équipe de 29e place et, malgré des modifications assez mineures à la formation, elle était parvenue à terminer au 1er rang de sa division.

Toutefois, le Tricolore de 2012-2013 misait sur une brigade défensive expérimentée et fiable. Andrei Markov était encore très efficace, P.K. Subban était en voie de remporter le trophée Norris et les arrières montréalais figuraient parmi ceux qui généraient le plus d’attaque dans la LNH.

À l'attaque, dans un calendrier de 48 matchs, les hommes de Therrien avaient un rythme d’une saison de 249 buts. Rien de moins.

Ces précieux atouts ne sont pas là cette saison. Le duo que forment Victor Mete et Noah Juulsen ne compte même pas 100 matchs d’expérience dans la LNH. Jeff Petry, qu’on perçoit comme le pilier de l’équipe en l’absence de Shea Weber (jusqu’en décembre), revient d’une frigorifique saison de -30. Mike Reilly, sur qui Claude Julien semble fonder de beaux espoirs, était le défenseur le moins employé parmi les 12 qui ont porté les couleurs du Wild du Minnesota la saison dernière. Alouette.

Incroyablement, il y a un point d’interrogation d’accolé au nom de chacun des défenseurs sélectionnés pour commencer la saison à Montréal.

***

Même si un plan de redressement est en marche, ça fait beaucoup de « si », vous en conviendrez.

Pour toutes ces raisons, le CH fera probablement rêver ses partisans plus longtemps cette saison. Ce sera déjà une amélioration puisqu’il était virtuellement éliminé à la fin d’octobre l’an dernier.

Une participation aux séries, toutefois, apparaît extrêmement improbable. On a beau remuer cette formation dans tous les sens, il est difficile d’imaginer mieux qu’une cinquième place dans la Division atlantique.

Bonne saison quand même.

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