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Une semaine sans précédent pour les Canadiens aux mondiaux sur route

Le Canadien Michael Woods (à droite, bronze), sur le podium des Championnats du monde sur route, à Innsbruck, aux côtés du Français Romain Bardet (argent) et de l'Espagnol Alejandro Valverde (or)
Le Canadien Michael Woods (à droite, bronze), sur le podium des Championnats du monde sur route, à Innsbruck, aux côtés du Français Romain Bardet (argent) et de l'Espagnol Alejandro Valverde (or) Photo: Getty Images / CHRISTOF STACHE

La médaille de bronze du Gatinois Michael Woods à la course sur route des Championnats du monde a couronné une semaine inédite pour les cyclistes canadiens, qui ont pris le 4e rang du classement par pays. « Devancer des nations cyclistes comme la France, la Grande-Bretagne ou l'Espagne, c'est quand même assez exceptionnel », affirme Louis Barbeau, directeur général de la Fédération québécoise des sports cyclistes.

Un texte d'Olivier Paradis-Lemieux

En plus de Woods, Leah Kirchman (4e du contre-la-montre), Karol-Ann Canuel (8e du contre-la-montre, 6e de la course sur route) et la coureuse junior Simone Boilard (3e à la course sur route, 5e au contre-la-montre) se sont particulièrement signalées, à Innsbruck, en Autriche.

Le Canada a conclu les mondiaux derrière seulement les Pays-Bas, la France et l’Italie.

« Si vous m'aviez demandé [avant les mondiaux] si une 4e place au classement des nations était quelque chose d'envisageable, je vous aurais dit : "Certainement pas dans un avenir rapproché", avoue candidement Louis Barbeau. Pour ceux qui œuvrent dans le milieu, on réalise qu'on sous-estime peut-être parfois la qualité de nos athlètes. »

À Innsbruck, les organisateurs avaient misé sur un parcours accidenté où les côtes sévères rythmaient la course sur route, un changement notable par rapport aux plus récents Championnats du monde plutôt plats. Le contre-la-montre n’était pas en reste, avec une montée qui écartait les purs rouleurs du podium final.

Sur ce terrain, la performance de Michael Woods, adepte des pourcentages élevés, n’est pas apparue comme une surprise pour Louis Barbeau. Un podium pour le cycliste de 31 ans était l’objectif de l’équipe canadienne.

« Michael Woods faisait certainement partie des gagnants possibles, même s’il n’y avait pas beaucoup de ses adversaires qui le pressentaient, explique-t-il. Il a exécuté le plan de match à la perfection. Il savait qu'il devait se tenir aux avant-postes. Rester à l'abri le plus possible pendant la journée pour qu'il arrive dans un état de fraîcheur relatif parce qu'au terme de 255 kilomètres, il n'y a personne qui est vraiment frais. »

Au sprint contre les trois ténors Alejandro Valverde, Romain Bardet et Tom Dumoulin, Woods a terminé 3e, à quelques mètres du maillot arc-en-ciel. Du nombre, Valverde, déjà vainqueur de 122 courses professionnelles au cours de sa carrière, était évidemment le meilleur sprinteur. Mais selon Barbeau, « à la fin d'une course qui a été aussi éprouvante que ça, ses chances étaient probablement aussi bonnes, surtout lors d'un sprint avec peu d'athlètes ».

Après la course, le cycliste canadien a raconté à Louis Barbeau que ce sont finalement des crampes dans le final qui l’avaient empêché de produire l’effort nécessaire pour contrer l’Espagnol de 38 ans.

« Il n’a pas été en mesure de l’emporter. Mais le résultat qu’il a obtenu, c’est une performance historique pour le cyclisme canadien. »

Karol-Ann Canuel libérée

« Équipière de luxe » avec l’équipe néerlandaise Boels-Dolmans, Karol-Ann Canuel a peu d’occasions de jouer ses propres cartes sur la scène internationale. L’Amossoise de 30 ans a d’ailleurs dû sacrifier une grande partie de sa préparation individuelle pour peaufiner le contre-la-montre par équipe, où elle a aidé ses coéquipières à remporter l’argent.

Karol-Ann Canuel lors du contre-la-montre individuel des Championnats du monde sur route, à Innsbruck.Karol-Ann Canuel lors du contre-la-montre individuel des Championnats du monde sur route, à Innsbruck Photo : Reuters / Heinz-Peter Bader

Néanmoins, sa 6e place à la course sur route a été le meilleur résultat canadien en plus de 25 ans, depuis les belles années d’Alison Sydor (3e en 1991).

« Quand vous avez des filles comme Anna van der Bregen, l'une des cinq meilleures cyclistes au monde, qui fait partie de la même formation que vous, vous n'avez pas aussi souvent l'occasion d'aller chercher des résultats individuels », a ajouté Louis Barbeau.

Sa performance est d'autant plus exceptionnelle que c'était un parcours excessivement dur et sa préparation n'était pas nécessairement adaptée à ce type de parcours.

Louis Barbeau

Simone Boilard, chef de file de la relève canadienne

Pour les cyclistes canadiens d’âge junior, ces Championnats du monde étaient l’occasion de se frotter à l’élite, mais surtout de rouler sur un type de parcours qu’ils ont rarement l’occasion d’affronter.

« Les filles ont très peu d'épreuves au niveau international, que ce soit au Canada, où il n’y en a pas, et même en Europe, il n’y en a pas énormément. Du côté des garçons, on a quand même la chance d'avoir le Tour d'Abitibi. Mais le Tour d'Abitibi, qui fêtait cette année son 50e anniversaire, c'est un parcours qui est essentiellement plat. Dans le contexte d'un championnat du monde qui était montagneux, ce n'est pas nécessairement la meilleure préparation. »

Dans ces conditions, l’exploit de Simone Boilard de s’être hissée sur le podium de la course sur route, alors qu’elle était la seule non-Européenne parmi les 10 premières, est d’autant plus remarquable. Assez pour susciter l’envie, déjà, des équipes européennes.

Elle a toutes les aptitudes autant au niveau athlétique qu'en termes d'attitude pour pouvoir lui permettre de connaître du succès chez les élites au courant des prochaines années.

Louis Barbeau

« Ça lui ouvre certainement des portes. À la suite des Championnats du monde, il y a eu des équipes européennes qui se sont déjà manifestées. Il va y en avoir certainement d’autres dans les prochains jours ou les prochaines semaines... il y avait sur places des gens qui s'enquéraient d'elles, qui voulaient avoir un peu d'informations. Je ne suis pas inquiet pour elle. Je suis convaincu qu'elle va pouvoir se trouver une place dans une équipe. »

La cycliste de 18 ans de Québec devra toutefois bien soupeser les choix qui s’offrent à elles, puisque contrairement aux hommes, il n’y a pas de circuit U-23 en cyclisme féminin. Les juniors passent directement au niveau élite.

Simone Boilard (à droite) est souriante sur le podium et montre sa médaille. Simone Boilard (à droite) sur le podium en compagnie de ses rivales Photo : Courtoisie/Rob Jones

« Ce qui va être important pour Simone, c’est d’arriver avec un calendrier qui va lui permettre de franchir les étapes de façon progressive. Je sais que certaines équipes européennes ont une filiale ou un volet moins de 23 ans pour permettre aux athlètes de 19, 20, 21 ans de pouvoir progresser et d'avoir accès à une charge du calendrier de compétition qui correspond à leur niveau de développement », souligne Louis Barbeau.

Du côté masculin, l'équipe canadienne a connu des mondiaux plus difficiles chez les garçons. Les chutes ont raison des meilleurs espoirs de moins de 19 ans, que ce soit Robin Plamondon lors de la course sur route ou Ben Katerberg au contre-la-montre.

Le nouveau Merckx

Ces Championnats du monde ont aussi permis à la planète entière de découvrir le phénomène de l’heure chez les juniors, qui, comme Michael Woods, possède un parcours atypique.

Si le Canadien est issu du demi-fond et n’a commencé le vélo qu’il y a six ans, Remco Evenepoel, lui, est un ancien grand espoir du soccer belge qui ne participe à des courses cyclistes que depuis deux ans. Le Belge de 18 ans a remporté par plus d'une minute le contre-la-montre individuel avant de chuter deux jours plus tard dans la course sur route, remonter sur son vélo, dépasser tous ses concurrents et remporter le titre mondial junior en solitaire.

« Vous allez me dire qu'il est Belge, qu'ils font tous du vélo, mais c’est quand même un athlète d'exception. Ça montre que lorsqu’il y a un athlète qui provient d'autres sports d'endurance, s’il est de très grand talent, il est toujours possible de faire cette transition », conclut Louis Barbeau, qualifiant Evenepoel et Woods d’athlètes hors norme.

Evenepoel a signé un contrat avec une équipe du WorldTour, Quick-Step Floors, et commencera son ascension vers les sommets de la discipline. Déjà, le grand Eddy Merckx, quintuple vainqueur du Tour de France, prédit qu’il sera meilleur que lui…

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