•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

Dopage : les bottines de Beckie Scott

Beckie Scott
Beckie Scott Photo: La Presse canadienne
Dominick Gauthier

BILLET - Ce que je respecte le plus dans la vie, ce sont ces gens dont les bottines suivent les babines. Des gens qui ne sont pas prêts à faire de compromis sur leurs valeurs et qui prêchent par leurs gestes.

La semaine dernière, c’est exactement ce qu’a fait Beckie Scott en se retirant du Comité de révision de la conformité (CRC) de l'Agence mondiale antidopage (AMA). Ce comité ne comptait pas des dizaines de personnes. Il n'y avait que six personnes avant son départ.

Je vous rappelle brièvement les faits. Ce comité avait la responsabilité de réintégrer ou pas l’Agence antidopage russe (RUSADA) au sein de l’AMA. La Russie avait été suspendue à la suite des révélations sur son système de tricherie institutionnelle. L’AMA avait donc donné deux conditions à la RUSADA pour être réintégrée :

  1. reconnaître les conclusions du rapport McLaren;
  2. donner l’accès aux échantillons du laboratoire de Moscou.

Jeudi, aux Seychelles, l’AMA aurait pu prendre la décision de ne pas suivre la recommandation du Comité de révision à la conformité, mais elle a pris une décision molle. Molle comme le Comité international olympique (CIO), qui n’avait pas non plus osé suivre les recommandations de l’AMA d'exclure la Russie des Jeux olympiques de Rio et de Pyeongchang.

De toute évidence, sans Dick Pound, nous pouvons maintenant nous questionner sur la pertinence de l’AMA. M. Pound n’a jamais eu peur de personne et est probablement le seul sur Terre qui pourrait regarder Vladimir Poutine dans les yeux, tel un caporal.

Ce n’est vraiment pas rassurant de voir que l’AMA semble être influencée par de hautes instances politiques. Sa crédibilité est en jeu. Pardon, sa crédibilité s’est perdue. Les athlètes propres ont perdu leur seul espoir. Leur dernier Jedi est maintenant du côté obscur.

Selon moi, les athlètes propres sont maintenant les seuls à pouvoir renverser la vapeur, mais à quel prix? Aller jusqu’à gâcher sa carrière et ne pas se présenter aux prochains Olympiques? Sûrement pas.

Une mobilisation à l’échelle mondiale est une utopie. Plusieurs athlètes aspirent aux plus grands honneurs afin de s’offrir une vie meilleure, de nourrir leur famille. Le genre de motivation que nous ne pouvons pas prétendre comprendre quand notre motivation est de paraître sur une boîte de céréales. Voilà pourquoi il y aura toujours de la tricherie, car il y aura toujours des forces qui malheureusement se motivent au point de presque justifier cette intention de tricher.

Nous avions une vraie police en l’AMA, mais aujourd’hui, nous pouvons tous en douter. Dick Pound, Beckie Scott, Christiane Ayotte et Richard McLaren, tous des Canadiens et des joueurs-clés dans cette lutte contre le dopage. Ils doivent vraiment être inquiets de leur héritage.

Il y a un an exactement, j’écoutais Pound, Scott et McLaren discuter sur un panel que le Comité olympique canadien (COC) avait organisé. Ils parlaient comme je le ferais avec des amis autour d’une bière, avec une franchise des plus inspirantes.

Aujourd’hui, les vrais caporaux sont partis et la relève a baissé le regard.

Sports