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« Les criminels ont pris le contrôle du tribunal » - Jean-Luc Brassard

Antidopage : la Russie réintégrée
Radio-Canada

Le Québécois Jean-Luc Brassard n'a pas mâché ses mots, jeudi, pour dénoncer ce qu'il considère un assaut direct contre la légitimité de l'Agence mondiale antidopage (AMA) après la levée de la suspension de la Russie.

« Difficile de ne pas rire [de cette décision de l’AMA]. C’est tellement grossier que c’en est presque comique », a déclaré l’ex-skieur acrobatique et médaillé olympique en entrevue à RDI.

« Le message que l’Agence mondiale antidopage a lancé aujourd’hui, c’est littéralement qu’elle n’a plus aucune légitimité. Comment les athlètes pourront-ils espérer que les athlètes fautifs, les athlètes dopés, soient contrôlés aux prochains Jeux olympiques, alors que l’AMA n’a ni l’autorité ni la légitimité d’arrêter les fautifs », a-t-il insisté.

En d’autres mots, les criminels ont pris le contrôle du tribunal.

Jean-Luc Brassard

L’ancien spécialiste des bosses va plus loin.

« Croire en la pureté du mouvement olympique aujourd’hui, c’est comme croire les talibans qui vous disent que 72 vierges vous attendent après s’être fait sauter sur le coin de la rue. C’est finalement une triste journée pour le sport. »

« Il s’agit maintenant de voir dans cet immense organigramme [de l’AMA], qui a la légitimité de lever la main, a poursuivi Jean-Luc Brassard. Au Canada, on reste excessivement timide. Il ne faut pas oublier qu’à Pyeongchang, la présidente du Comité olympique canadien (COC), Tricia Smith, s’est assise à la droite de Thomas Bach, président du CIO, au moment même où un autre Canadien, Dick Pound, dénonçait le laxisme dont on faisait preuve envers la Russie. »

En novembre 2015, l’AMA avait suspendu la Russie après les révélations sur son système de dopage d’État en vigueur depuis 2011. Elle retrouve sa place même si elle n'a pas satisfait aux critères de la feuille de route originale établie par l'Agence mondiale, soit de reconnaître les conclusions du juriste canadien Richard McLaren sur l'existence d'un système institutionnel de dopage entre 2011 et 2015 et de permettre l'accès aux échantillons prélevés dans le laboratoire antidopage russe.

Le Canada réclame une réforme de l'AMA

Le Canada fait partie des nombreux pays qui appelaient l'AMA à la prudence.

Le Centre canadien pour l'éthique dans le sport (CCES), qui gère le programme antidopage canadien et la commission des athlètes olympiques canadiens, demandait à l'AMA de reporter sa décision à la prochaine réunion de son comité exécutif en novembre.

Il a réclamé jeudi une réforme de l’Agence mondiale en réaction à la levée de la suspension russe.

« Il est temps pour tous ceux et celles qui croient aux valeurs du sport et qui les placent avant les intérêts politiques et économiques d'exiger publiquement une réforme du sport international », indique le CCES dans un communiqué.

« Cela commence par une réforme de l'AMA. Par l'élimination du conflit d'intérêts inhérent à l'AMA. Par le retrait du CIO de l'AMA afin que celle-ci puisse réglementer le dopage de façon indépendante. Et, surtout, par la mobilisation et l'écoute des athlètes que l'AMA sert. Le CCES luttera pour ces réformes au nom de tous les athlètes canadiens », a-t-il ajouté.

« Les athlètes propres du monde entier seront scandalisés par la décision du Comité exécutif de l'AMA », note le CCES, qui accuse l'AMA d'avoir agi « en secret et avec un manque total de transparence ».

Le président de l’Agence américaine antidopage (USADA), Travis T. Tygart, appelle aussi à une réforme de l’AMA.

« Au cours de la dernière semaine, des athlètes d’Allemagne, d’Australie, des Pays-Bas, du Canada, de Grande-Bretagne et des États-Unis ont réclamé une AMA robuste, confiante et indépendante, a-t-il dit. Les athlètes souhaitent que le Comité international olympique (CIO) et le conflit qui nuit au sport propre restent clairement à l’écart de l’AMA.

« Ils (les athlètes) exigent une AMA avec du mordant, de l’autorité, le pouvoir d’imposer des sanctions et une détermination à nettoyer le sport de manière à restaurer la confiance de milliards d’amateurs et d’athlètes dans le monde », a conclu Tygart.

«  Un coup dévastateur au sport propre  »

Ailleurs au Canada, l'ex-fondeuse et championne olympique à Salt Lake City en 2002, Beckie Scott, également membre du Comité des athlètes de l'AMA, a fait part de sa déception.

En entrevue à CBC, l'ex-fondeuse n'a pas caché son désarroi face à la décision de permettre à la Russie de réintégrer les rangs de l'AMA.

« Je suis profondément déçue. J'ai le sentiment que l'AMA vient de laisser passer une occasion [d'asseoir son autorité, NDLR]. On vient d'asséner un coup dévastateur au sport propre. Je suis vraiment renversée », a notamment indiqué la médaillée d'or aux Jeux de Salt Lake City en 2002.

En guise de protestation, avant même la tenue du vote, Scott avait claqué la porte du Comité de révision de la conformité (CRC) de l'AMA, à l'origine de la motion visant à rouvrir la porte à l'Agence russe antidopage (RUSADA).

La politique vient de prendre le dessus sur les principes. C'est une journée très difficile pour le sport et une attaque massive contre la crédibilité de l'AMA.

Beckie Scott

La Canadienne Beckie Scott était la présidente du comité des sportifs de l'Agence mondiale antidopage. La Canadienne Beckie Scott Photo : La Presse canadienne / Jeff McIntosh

La France « très déçue »

« Je suis très déçue par cette annonce, a déclaré la présidente de l’Agence française de lutte contre le dopage (AFLD), Dominique Laurent. Je trouve regrettable que l'AMA n'ait pas su écouter la communauté antidopage et les nombreux sportifs qui s'étaient élevés d'une même voix pour lui demander de différer sa décision. »

« Tout ceci s'est fait dans une précipitation que je ne comprends pas, a-t-elle ajouté. Si l'AMA a des raisons d'agir ainsi, elle aurait dû les exposer clairement et non pas donner l'impression qu'elle changeait les règles en cours de route. »

« Haute trahison  »

Le sonneur d'alerte et ancien directeur du laboratoire de Moscou, Grigory Rodchenkov, abonde dans le même sens. Il s'est exprimé par l'entremise de son avocat Jim Walden.

« La décision de l'Agence mondiale antidopage représente la plus grande trahison de l'histoire olympique contre les athlètes honnêtes », a affirmé Walden dans une déclaration transmise aux médias juste après l'annonce officielle de l'AMA.

« Les États-Unis gaspillent de l'argent en continuant de financer l'AMA, qui est évidemment incapable de s'attaquer au dopage d'État russe », a-t-il ajouté, en appelant le Congrès américain à voter la loi antidopage qu'il soutient.

Avec les informations de Agence France-Presse

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