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Oubliez l’acier ou le carbone : ils fabriquent des vélos avec des cadres en bois

Le cadre de bois d'un vélo Picolo Photo: Courtoisie: Picolo Vélo
Radio-Canada

Picolo, une petite entreprise d'ébénisterie montréalaise, vient de mettre sur le marché le premier vélo en bois de frêne, un pari un peu fou.

Un texte de Robert Frosi

Il y a quatre ans, les deux associés de l'entreprise montréalaise d'ébénisterie Amik, Loïc Dehoux et Nicolas Goupil, fabriquaient des meubles sur mesure. Ils allaient faire la connaissance de Pierre Laplante, qui leur proposerait un projet singulier : construire des vélos en bois.

« Picolo, c'est né d'une rencontre avec Pierre Laplante, qui est venu nous voir avec son projet, explique Loïc Dehoux. On louait des tables justement pour développer de nouveaux projets et lui est arrivé avec un rêve un peu fou : construire des vélos en bois. Pierre avait travaillé sur son idée depuis des années et nous, nous lui avons apporté les techniques d'usinage qu’il lui manquait.

« Il y avait quand même des défis techniques, car le bois, ce n’est pas un matériau qu'on peut travailler facilement comme l'acier ou le carbone, ajoute-t-il. Les défis, c'est qu'il a fallu qu'on trouve des pièces, car il faut aussi des pièces en acier pour accueillir les roues ou le dérailleur. Donc, ce n’était vraiment pas évident au départ. »

Loïc Dehoux et Nicolas Goupil ont essayé toutes sortes d'essences de bois. Il existe par exemple une entreprise en France qui produit des vélos en bambou, mais les ébénistes montréalais voulaient quelque chose de plus résistant.

Dès le départ, on a pensé au frêne, car le frêne est connu pour sa résistance, pour sa flexibilité. C'est un bois auquel on peut donner des formes assez facilement.

Loïc Dehoux

Ont-ils pensé à utiliser les frênes malades qu'on doit abattre à cause de l’agrile, comme on le fait pour créer du mobilier urbain?

« On s’est effectivement intéressés au projet, répond Loïc Dehoux. On avait la chance d'avoir un voisin ébéniste qui recyclait effectivement les frênes malades pour les transformer en mobilier urbain. Mais vous savez, le bois en ébénisterie est classifié selon sa qualité. Et en ce moment, il y a des gens qui travaillent à la gradation du bois. Donc, il n'est pas exclu que dans l'avenir on récupère les frênes malades si on trouve la bonne qualité. »

Pierre Laplante, créateur de ce vélo en bois, est un homme heureux. Il a travaillé presque une décennie à son projet. Il s'est très tôt intéressé aux métiers du bois, car son père travaillait dans la foresterie. Aujourd'hui, il se sent soulagé d'avoir rencontré des gens qui ont cru en lui.

Ce que ça fait comme sentiment? Un sentiment d'accomplissement, car la plupart des gens à qui j'en parlais disaient que c'était impossible à réaliser. Je vois que c'est quelque chose qui fonctionne très bien. On peut retrouver les qualités exceptionnelles du bois qu'on avait perdues depuis plus d'une centaine d'années.

Pierre Laplante
Les trois hommes derrière Picolo VéloLes trois hommes derrière Picolo Vélo Photo : Courtoisie: Picolo Vélo

Le test sur route

Joëlle Numainville, ancienne championne canadienne de vélo sur route, épreuve dont elle a pris le 12e rang aux Jeux olympiques de Londres, a accepté de tester le vélo en bois Picolo.

« Trois qualités. Hyper stiff, vraiment rapide dans le vent. Puis, quand on va sur la gravelle, on écoute les bruits de gravelle, mais on ne sent presque pas la gravelle. Ça réduit vraiment le mouvement. Par exemple, si on était sur les pavés en Belgique, on sentirait vraiment moins le choc des pavés. C'est réduit presque de 50 %. »

« Pourquoi pas », répond-elle quand on lui demande s’il elle pourrait utiliser ce vélo en compétition.

Haut de gamme

« C'est un vélo dispendieux, c'est un vélo haut de gamme. Le cadre se vend au détail 4500 $, mais on est dans les prix des vélos haut de gamme qui sont en carbone ou en titane, explique Loïc Dehoux. Ça fait un vélo monté qui joue entre 6500 et 10 000 ou 11 000 $, dépendamment du montage, mais on est pas mal dans la fourchette des vélos haut de gamme. »

L'entreprise aimerait en venir à produire 100 vélos en bois par an. Même s'ils veulent garder le caractère artisanal dans leur travail, les trois créateurs sont convaincus que Picolo deviendra grand.

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