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chronique

Maître Julien BriseBois... dans tous les sens du terme

Julien BriseBois

Julien BriseBois

Photo : Associated Press / Dirk Shadd

Martin Leclerc

« Le droit mène à tout... à condition d'en sortir », dit un vieil adage. Le Lightning de Tampa Bay en constitue un fort bel exemple. Depuis la nomination de Julien BriseBois lundi, cette équipe est probablement la première dans l'histoire de la LNH à être dirigée par un entraîneur-chef (Jon Cooper) et un directeur général qui soient avocats.

Aux quatre coins de la LNH, la nomination de Julien BriseBois à la succession de Steve Yzerman a été saluée par une admirative unanimité. L’affaire devient encore plus remarquable quand on sait que pour remplacer un membre du panthéon du hockey, le propriétaire Jeff Vinik a misé sur un Québécois qui ne s’est jamais illustré sur les patinoires et dont le sport de prédilection était... le baseball!

Au début des années 1990, l’ex-récipiendaire du trophée Cy Young, Éric Gagné, était un coéquipier de Julien BriseBois au sein du programme de baseball sport-études de l’École secondaire Édouard-Montpetit, dans l’est de Montréal.

« À l’époque, Julien était clairement l’élève le plus intelligent et le plus mature de notre groupe. Ça crevait les yeux. À un tel point que, à un certain moment, je me disais qu’il allait un jour devenir directeur général des Expos! », raconte Gagné.

Près de 20 ans plus tard, l’entraîneur Benoît Groulx (qui dirige le club-école du Lightning dans la Ligue américaine) en rajoute.

« Julien BriseBois est probablement la personne la plus intelligente que j’aie rencontrée, affirme-t-il. Il a le don de rendre meilleurs tous ceux qui l’entourent. »

***

Au cours des 24 dernières heures, bon nombre de partisans du Canadien ont dit regretter la nomination de BriseBois, qui occupait les fonctions de directeur général adjoint depuis 2010 à Tampa. Dans le cas d’un éventuel changement de régime au Centre Bell, une écrasante majorité l’identifiait comme étant le candidat idéal pour succéder à Marc Bergevin.

Beaucoup de gens semblent oublier qu’en mai 2012, Julien BriseBois était finaliste pour l’obtention du poste de DG à Montréal, mais que Geoff Molson et Serge Savard avaient jugé que Bergevin était l’homme de la situation pour relancer le Canadien.

Même s’il avait passé la majeure partie des années 2000 à faire ses classes dans l’organisation du CH (notamment comme DG du club-école de Hamilton), BriseBois avait quelques désavantages :

  • il n’était âgé que de 35 ans;
  • il provenait d’une organisation (Tampa Bay) prometteuse qu’il contribuait à rebâtir, mais qui n’avait encore rien démontré de concret;
  • aux yeux de certains, il n’était pas encore un homme de hockey accompli. Il n’avait pas d’expérience comme joueur. Son expérience de la LNH et sa notoriété dans le milieu étaient somme toute limitées.

***

Si on se replace dans le contexte de l’époque, la nomination de Bergevin se voulait sans doute beaucoup plus rassurante pour le propriétaire du CH. Bergevin avait disputé 20 saisons dans la LNH et son réseau de contacts était extrêmement impressionnant. Il traînait une excellente réputation et, à titre de gestionnaire, il venait d’être formé chez les Blackhawks de Chicago, l’une des organisations par excellence de la ligue.

On ne saura jamais ce que l’arrivée d’une recrue comme Julien BriseBois en 2012 aurait produit comme résultats à Montréal.

Accordons toutefois ceci à Geoff Molson et Serge Savard : bien que l’équipe soit actuellement en sérieuse difficulté, le CH a connu quatre saisons au-dessus de la barre des ,600 lors des cinq premières années du règne de Bergevin. Ça ne s’était jamais vu depuis le début des années 1980.

***

Steve Yzerman et Julien BriseBoisAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Steve Yzerman et Julien BriseBois

Photo : Associated Press / Dirk Shadd

Ce qu’on sait aussi, c’est que depuis 2010, le tandem Yzerman-BriseBois a transformé le Lightning en une puissante et rutilante machine de hockey. Sans faire de jeu de mots, ils figurent parmi les rares à être parvenus à mettre un éclair en bouteille. Dans un contexte de plafond salarial, la direction du Lightning a constamment réussi à générer de nouveaux talents et à maintenir l’un des alignements les plus redoutables de la LNH.

Durant cette période, pendant que le système de recrutement du Canadien faisait du surplace, les recruteurs amateurs du Lightning (dirigés par Al Murray) sélectionnaient des piliers comme Nikita Kucherov (en 2e ronde), Ondrej Palat (en 7e ronde), Brayden Point (en 3e ronde) et le jeune Anthony Cirelli (en 3e ronde aussi).

Et pour compléter ces impressionnantes récoltes, BriseBois multipliait en coulisses les embauches de jeunes joueurs ignorés ou abandonnés par d’autres organisations, comme Tyler Johnson, Jonathan Marchessault ou Yanni Gourde.

Depuis l’arrivée du tandem Yzerman-BriseBois, chaque année, le système de recrutement-développement du Lightning a produit une dizaine de joueurs qui sont devenus des membres réguliers de l’alignement dans la LNH. Et la source ne semble pas vouloir se tarir!

Au camp d’entraînement d’Équipe Canada Junior en décembre 2016, pas moins de 6 des 31 joueurs invités étaient des choix de repêchage du Lightning! Pour ceux qui sont familiers avec les rouages du recrutement, c’est tout simplement hallucinant.

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Lorsqu’un nouveau directeur général est embauché par une équipe, il se retrouve la plupart du temps devant un véritable champ de ruines.

Après avoir été sollicité ou interviewé (et non embauché) par plusieurs autres organisations au fil des ans, Julien BriseBois a reçu cette semaine un véritable cadeau du ciel.

Au lieu de prendre les commandes d’une organisation vieillissante ayant raté les séries depuis plusieurs années et dont le réseau de développement est à sec, l’avocat de Greenfield Park se retrouve soudainement à la tête d’un organigramme florissant qu’il a largement contribué à bâtir et qui aspirera à la Coupe Stanley pour encore plusieurs années.

Ça ne pouvait arriver à une meilleure personne.

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