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chronique

Vegas accueille Pacioretty à bras ouverts... et au rabais

Max Pacioretty (à gauche) et Ryan Carpenter

Max Pacioretty (à gauche) et Ryan Carpenter

Photo : USA Today Sports

Martin Leclerc

BILLET - Dans le petit monde du hockey, l'annonce de l'échange qui a envoyé Max Pacioretty à Vegas n'a pas été la nouvelle la plus étonnante de la journée. Tôt ou tard, l'ex-capitaine allait bien finir par quitter Montréal. En fin d'après-midi, par contre, quand les Golden Knights ont annoncé que Pacioretty avait signé une prolongation de contrat, bien des observateurs sont restés pantois.

Pour un athlète professionnel, le but du jeu consiste à monétiser son talent au maximum. Et à ce chapitre, pour quiconque s’intéresse aux finances du sport, la carrière de Max Pacioretty passera probablement à l’histoire comme un exemple de mauvaise gestion.

En 2012, Pacioretty a commis une erreur stratégique majeure. Il a conclu une très mauvaise affaire. Alors qu’il était âgé de 24 ans et qu’il venait de connaître une saison de 33 buts, le futur capitaine du Canadien avait accepté une entente de six ans (27 millions) prenant fin au printemps 2019, quand il aura 30 ans. À l’époque, son agent était Alex Schall.

Généralement, les joueurs d’élite de la LNH obtiennent le droit à l’autonomie vers l’âge de 27 ans. Après leur premier contrat (de trois ans) dans la grande ligue, les joueurs signent des ententes-passerelles qui les mènent jusqu’à ce qu’ils obtiennent le droit à l’autonomie, ce qui leur procure un rapport de force optimal. Parfois, une équipe tient à un joueur au point de vouloir lui acheter d’avance des années d’autonomie. Ces années se vendent alors à un prix très élevé.

Si Pacioretty avait négocié une entente-passerelle en 2012, il se serait présenté sur le marché de l’autonomie après avoir réussi des campagnes de 33, 15 (en 44 matchs en raison d’un lock-out), 39 et 37 buts. Les portes du coffre-fort se seraient toutes grandes ouvertes.

En lieu et place, depuis 2012, Pacioretty a touché 4,5 millions par saison, alors qu’il a été le dixième buteur de la LNH. Les autres marqueurs du même acabit ont en moyenne encaissé plus de huit millions par saison. Pacioretty a donc laissé au moins une douzaine de millions lui filer entre les doigts.

***

Sans compter que ce mauvais contrat n’a jamais cessé de le hanter. Depuis son association avec Alex Schall, il a été représenté par trois autres agents : Lewis Gross, Pat Brisson et maintenant Allan Walsh.

En juin dernier, au repêchage de la LNH, Pacioretty était représenté par Pat Brisson quand les Kings de Los Angeles ont complété un échange avec le Canadien afin d’acquérir ses services. Pacioretty avait lui-même choisi Los Angeles comme terre d’accueil. Cet échange était toutefois conditionnel à ce qu’il accepte une prolongation de contrat.

La première offre des Kings (les mots « première offre » sont ici très importants) s’élevait à 36 millions pour 6 ans. Compte tenu des états de service de Pacioretty, ces paramètres auraient sans doute pu être bonifiés assez substantiellement. La discussion commençait à 6 ans et 36 millions.

Dans la LNH, des directeurs généraux interrogés estimaient sa valeur à quelque chose comme 45 millions pour 7 ans.

Jugeant qu’on tentait de l’embaucher au rabais, Pacioretty a toutefois mis fin aux négociations et aux discussions avec les Kings. Et sa relation d’affaires avec Brisson a pris fin sur cette étrange note. Dès le lendemain, l’attaquant était représenté par Allan Walsh.

***

Appuyons un peu sur la fonction « accélérer », si vous le voulez bien.

Dans la nuit de dimanche à lundi, Pacioretty est passé dans le camp des Golden Knights de Vegas contre le centre de 19 ans Nick Suzuki, l’ailier gauche Tomas Tatar et un choix de 2e tour au repêchage de 2019. Le même scénario qu’en juin dernier est survenu : l’échange était conditionnel à ce que Pacioretty accepte une prolongation de contrat.

Puis lundi après-midi, alors que les membres de l’organisation du Canadien complétaient leur tournoi de golf à Laval-sur-le-Lac, les Golden Knights de Vegas ont annoncé que cette condition avait été remplie et que Pacioretty avait accepté, tenez-vous bien... un contrat de 4 ans d’une valeur totale de 28 millions.

Oui, son prochain contrat avec Vegas est structuré de façon à ce que Pacioretty encaisse 17,5 millions dès les 2 premières années. Et, oui, les impôts du Nevada sont nettement moins élevés qu’à bien d’autres endroits en Amérique du Nord.

Mais gardons en tête qu’il y a près de trois mois, Pacioretty a mis fin à des négociations qui auraient débouché sur une entente se situant entre 40 et 45 millions. Il a agi ainsi parce qu’il estimait valoir beaucoup plus.

Et le voilà qui, encore une fois, signe un contrat nettement à l’avantage de la direction, et dont les termes ne reflètent pas sa réelle valeur sur le marché. De deux choses l’une : ou bien la valeur de Pacioretty a fondu comme neige au soleil au cours des dernières semaines, ou bien l’ex-capitaine avait terriblement hâte de quitter la ville.

Les carrières sont extrêmement courtes dans la LNH. Et au cours de la sienne, Pacioretty aura trouvé le moyen de perdre non pas une, mais deux fortunes.

Entendons-nous, personne ne pleurera le sort d’un athlète qui touchera une soixantaine de millions au cours de sa carrière. Ce n’est d’ailleurs pas l’objet de cette chronique. Son histoire illustre toutefois parfaitement que dans la vie, on n’obtient pas ce qu’on mérite. On obtient ce qu’on négocie.

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