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Ève Gascon, première dame du hockey midget AAA québécois

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Ève Gascon accompagnée de ses coéquipiers.

Ève Gascon, devient la première à enfiler les jambières dans le circuit midget AAA au Québec.

Photo : Radio-Canada / Jean-François Poirier

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Ève Gascon est unique en son genre dans ce vestiaire où elle est entourée de garçons. Depuis le 23 août, la gardienne de but de 15 ans est officiellement la première joueuse de sexe féminin dans l'histoire de la Ligue midget AAA du Québec.

Un texte de Jean-François Poirier

« Elle a fait l'histoire, c'est vraiment plaisant d'avoir la première fille avec nous, dit son coéquipier Vincent Bujold avec le Phénix du Collège Esther-Blondin. Elle sera comme une petite soeur. Et s'il y en a un qui y touche... »

La mise en garde est faite. On ne bousculera pas Ève Gascon autour de son filet.

Cet après-midi-là, au complexe sportif de Terrebonne, les protégés de l'entraîneur-chef Paulin Bordeleau font leur routine habituelle en la présence de leur gardienne recrue de 1,70 m (5 pi 7 po).

Ève, une adolescente en apparence timide, ne fait pas chambre à part. Elle s'installe à son siège à l'entrée d'un vestiaire dans lequel la gêne n'a pas sa place. Ces jeunes hockeyeurs ont la langue bien pendue...

« C'est surtout un peu gênant d'accorder une entrevue devant eux, dit-elle, incapable de ne pas laisser échapper un sourire. Je suis habituée de jouer avec les gars. Je le fais depuis les rangs novices. Je les connais pas mal tous. »

En riant, ses coéquipiers l'applaudissent pour souligner ses efforts devant un micro.

Ève Gascon à ses premiers pas comme gardienne de but.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ève Dupuis

Photo : Courtoisie/Caroline Dupuis

Oui, Ève fait partie « de la gang ». Elle est juste un peu moins expressive que la plupart des gars avec qui elle va pratiquer son sport préféré.

« Ève est un peu introvertie. Elle ne dit pas ce qu'elle pense comme nous autres dans la chambre. Disons qu'elle ne ressort pas du lot », soutient Loick Bégin qui semble l'un des joueurs les plus animés du groupe.

« C'est la troisième fois que je joue avec elle. Ce qu'elle a fait, c'est un accomplissement. On est tous fiers d'elle », insiste Justin Charette avec le ton d'un coéquipier convaincu par son talent depuis déjà longtemps.

Ève a effectivement gagné leur respect au fil de ses performances durant quatre matchs préparatoires avec le Phénix. Sa constance et son assurance lui ont valu l'un des deux postes de gardiens avec l'équipe.

Le début de l'entraînement approche. Ève se lève et se rend à la salle de bain située à proximité des douches du vestiaire pour enfiler son survêtement, puis revient aussitôt parmi ses coéquipiers pour mettre ses jambières et tout le reste de son équipement.

Il ne lui reste plus qu'à bloquer des rondelles.

Conquérante bombardée

La saison dernière, Ève Gascon a porté les couleurs des Conquérants des Laurentides au niveau bantam AAA. Une campagne pour le moins éprouvante, puisque cette formation n'a remporté qu'un seul de ses 30 matchs.

C'est cependant par blanchissage que ce seul et unique gain a été porté à la fiche d'Ève (1-14-2), détentrice d'une moyenne de buts accordés très respectable de 3,74, compte tenu des bombardements dont elle a été la cible.

Elle est arrivée prête au camp. Oui, ç'a été une surprise, parce qu'on ne s'attendait pas à autant d'Ève. Mais on n'allait pas la retrancher parce qu'elle était une fille. Nous n'avions pas d'idée préconçue. On l'a gardée sans aucune hésitation.

Roberto Micalef, entraîneur des gardiens de but du Phénix du Collège Esther-Blondin

« J'ai travaillé fort pour ça, je suis contente d'avoir réussi, souligne la gardienne qui est assurée de disputer un minimum de 14 des 42 rencontres cette saison en vertu des règles en vigueur dans la Ligue midget AAA québécoise, un circuit axé sur le développement.

Je veux continuer à jouer avec les gars le plus longtemps possible. Si tu es de calibre, rien ne peut t'empêcher de jouer avec eux. Ce serait plaisant si j'étais repêchée [par une équipe de la Ligue de hockey junior majeur du Québec].

Ève Gascon

D'ici là, Ève Gascon devra faire ses preuves durant deux saisons au Collège Esther-Blondin sous la supervision d'un groupe d'entraîneurs qui n'a pas eu peur d'oser.

« On espère qu'une équipe de la Ligue de hockey junior majeur du Québec va faire comme le Phénix et ouvrir la porte au sexe opposé. On ne l'a pas fait pour obtenir de la publicité, mais parce qu'elle le méritait. Plus ça allait, plus ça devenait évident qu'elle avait sa place. Entre entraîneurs, on la classait tous parmi les deux premiers. Elle a été un choix unanime », explique Roberto Micalef.

Le bonheur partagé d'un entraîneur-chef

Paulin Bordeleau n'a jamais dirigé de filles durant sa longue carrière derrière le banc.

L'ancien entraîneur-chef du club-école du Canadien de 1990 à 1997 à Fredericton a éprouvé un plaisir inattendu à faire l'annonce de la bonne nouvelle à sa gardienne de but.

Son sourire m'a donné des frissons. Je pense qu'elle ne s'y attendait pas du tout. C'était quelque chose à voir. Je vais me souvenir de ça longtemps.

Paulin Bordeleau, entraîneur-chef du Collège Esther-Blondin

L'ancien joueur des Canucks de Vancouver, de la LNH, et des Nordiques de Québec, de l'Association mondiale de hockey, qui est aux commandes du Phénix depuis 2011, aime bien la personnalité de la jeune fille qui partagera le travail avec Samuel Fournier, un autre gardien recrue, mais de deux ans son aîné.

Curieusement, Samuel, un ex-coéquipier du frère d'Ève, a été pensionnaire chez les Gascon l'année dernière.

Le gardien de 17 ans, d'à peine 61 kg (135 lb) et qui mesure 1,73 m (5 pi 8 po), pourrait voir plus d'action que sa partenaire.

« On va essayer de lui donner des matchs pendant que l'équipe va bien, précise Paulin Bordeleau qui ne va pas brûler les étapes avec sa jeune gardienne. Ève est pas mal terre à terre. Elle sait ce qu'elle veut et sait où elle s'en va. »

L'exemple de Manon Rhéaume

Ève Gascon fait ce qu'elle aime dans un univers masculin. Elle suit ainsi les traces de sa mère qui est policière au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

« Elle ne se laisse pas marcher sur les pieds et aime ça vivre dans le monde des hommes. Ça va de soi », dit Caroline Dupuis qui n'a jamais pratiqué le hockey comme sa fille.

Manon Rhéaume est à ce jour la seule femme à avoir pu démontrer son savoir-faire dans la Ligue nationale de hockey à l'occasion d'un match préparatoire entre le Lightning de Tampa Bay et les Blues de St. Louis, le 23 septembre 1992.

Ève Gascon avec Manon Rhéaume.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ève Gascon avec Manon Rhéaume

Photo : Courtoisie / Caroline Dupuis

L'année précédente, le 26 novembre 1991, Rhéaume avait aussi été envoyée dans la mêlée durant une rencontre de saison de la Ligue de hockey junior majeur du Québec à Trois-Rivières dans l'uniforme des Draveurs.

« Manon, c'est mon idole, avoue le père d'Ève, Stéphane Gascon, un ex-gardien de but amateur qui comme son épouse pratique le métier de policier à la SPVM. Il y a quelques années, nous sommes allés au tournoi pee-wee de Québec et Manon était l'entraîneuse de l'une des équipes. J'ai profité du moment pour lui demander une photo avec Ève. »

« Je connais son histoire, précise la jeune fille de Terrebonne. Il y aussi Charline [Labonté] et Kim [St-Pierre] de qui je m'inspire du parcours. Je veux faire mon bout de chemin et aller jusqu'au bout. »

Le bout, c'est de défendre le filet de l'équipe canadienne féminine aux Jeux olympiques comme ces trois gardiennes de but l'ont fait à tour de rôle.

« Charline m'a appelée pour me féliciter. Kim est ma coach dans le U-18 [féminin]. Elle sera mon entraîneuse si je fais l'équipe... », dit la première Phénix du hockey midget AAA en toute humilité.

Ève Gascon avec Charline Labonté.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Ève Gascon avec Charline Labonté

Photo : Courtoisie/Caroline Dupuis

Roberto Micalef, lui, a déjà fait son choix. C'est sous son aile qu'elle poursuivra son apprentissage avec les garçons.

« Ève se démarque par son intensité et son désir de bien performer. Elle a une passion du jeu, on le voit dans ses yeux. Elle est intense, elle va aller loin. »

Le Phénix du Collège Esther-Blondin disputera son premier match contre le Blizzard du Séminaire St-François à Saint-Augustin-de-Desmaures le vendredi 7 septembre.

Sur le banc ou devant le filet, Ève Gascon a déjà une victoire à son actif.

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