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Ironman de père en fils

Le père et le fils lèvent le pouce.

Lucien Gagnon Gabriel Patry-Gagnon

Photo : Gracieuseté / Lucien Gagnon

Radio-Canada

Lucien Gagnon ajoutera dimanche une 16e médaille Ironman à son palmarès. L'homme de fer de 46 ans se retrouvera en terrain connu lorsqu'il s'installera sur la ligne de départ à Tremblant... à une exception près : il souffrira cette fois-ci accompagné de son fils Gabriel Patry-Gagnon qui vient d'atteindre la majorité.

Un texte de Félix St-Aubin

Les courses Ironman, et tout ce qui en découle, font désormais partie de la famille Gagnon. Sédentaire durant près d'une décennie, le paternel a renoué avec la course à pied après une longue pause en 2011.

Une blessure au marathon d'Ottawa l'année suivante et le visionnement d'une vidéo des Championnats du monde d'Ironman d'Hawaï, à Kona, l'ont fait migrer vers de nouveaux horizons. La piqûre était bien réelle.

« La passion est arrivée. Je me suis dit : "Un jour, je veux être là, c'est certain." Étant donné que je ne suis pas assez rapide pour me qualifier [dans mon groupe d'âge], il fallait que j'en complète 12 et plus pour soumettre mon dossier. »

Je suis une personne qui peut être assez extrême, j'en faisais donc 3 ou 4 par année jusqu'à tant que j'aie les 12. D'ailleurs, en 2014 et 2015, j'en ai fait deux en trois semaines. Ça s'est super bien passé la première fois, mon corps a très, très bien réagi. Mais la deuxième fois [...] ça ne voulait plus pantoute, comme si ma tête m'avait dit : "Tu ambitionnes, ça ne se peut pas."

Lucien Gagnon

Six années se sont écoulées depuis que Lucien Gagnon s'est promis qu'il allait arpenter le parcours établi sur cette île américaine du Pacifique. Il a récemment été ajouté à la liste des participants.

Avant d'accomplir le rêve hawaïen de tout Ironman, il s'élancera dans le circuit tremblantois aux côtés de son garçon Gabriel, aux prises avec un trouble du déficit de l'attention (TDA).

Gabriel Patry-GagnonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gabriel Patry-Gagnon

Photo : Gracieuseté / Lucien Gagnon

« Comme mon père, j'ai commencé avec la course à pied. Au départ, c'était de petites distances puisque j'avais 11 ou 12 ans. Mais à force de m'entraîner, j'ai voulu essayer des triathlons avec une distance sprint [750 m de natation, 20 km de vélo et 5 km de course à pied, NDLR] », se remémore Gabriel Patry-Gagnon.

« Au fil des années, je me suis dit qu'il me restait à essayer l'Ironman, et j'ai eu la piqûre en voyant mon père, enchaîne-t-il. J'ai voulu marcher dans ses pas et [...] je me suis dit que ce serait un souvenir marquant d'en faire un avec lui. »

Resserrer des liens

L'initiation à l'Ironman a été bénéfique dans multiples sphères de la vie de famille des Gagnon, et pas seulement dans les rapports père-fils.

« Ma famille n'était pas présente nulle part, mais depuis un certain nombre d'années, elle est de plus en plus fière de moi et de mon fils. Il y a six membres de ma famille qui viennent à Hawaï [...] Ç'a aussi soudé la famille un peu, ça n'a eu que du positif entre mon fils, ma famille et moi. »

Les enfants atteints d'un trouble du déficit de l'attention sont exceptionnels, ils sont intelligents [...] Quand ton fils ne te parle pas, tu ne sais pas ce qui le motive dans la vie et ce qui l'accroche. Quand tu t'aperçois qu'enfin, entre parenthèses, il y a quelque chose qui l'intéresse, c'est un rayon de soleil [qui se manifeste]. Je n'aurais jamais pensé faire un Ironman avec lui [...] C'est le rêve d'une vie. Si je peux saisir toutes les occasions où mon fils va échanger avec moi, je vais le faire. C'est magique!

Lucien Gagnon

Les deux athlètes ne se fixeront pas d'objectifs de chrono ni de classement pour leurs 3,8 km de nage, 180,2 km de vélo et 42,195 km de course à pied à Tremblant.

Leurs regards sont tournés vers la ligne d'arrivée.

« Je préfère qu'il vive un succès, qu'il soit fier de lui, peu importe le temps, et que ça le propulse potentiellement vers d'autres, au lieu qu'il subisse un échec, qu'il perde confiance en lui [...] et qu'il ne veuille plus en refaire de sa vie », confie Lucien Gagnon.

Ils sont tout sourire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gabriel Patry-Gagnon (gauche) et Lucien Gagnon (droite)

Photo : Gracieuseté / Gabriel Patry-Gagnon Lucien Gagnon

« Je fais juste visualiser l'arrivée, les quatre, cinq derniers kilomètres de la course, et je ne mens pas, les larmes me viennent à l'oeil. J'en pleure quasiment. Je ne pense pas que mon fils réalise ce que ça veut dire pour moi, mais [c'est l'équivalent] d'avoir gagné au 6/49 [...] C'est énorme! »

Des questionnements

Il s'en est fallu de peu pour que ce projet commun ne vienne pas à terme. Le 29 juillet dernier, trois semaines exactement avant l'Ironman de Tremblant, le duo s'est dirigé vers l'Ohio afin de s'adonner à un demi-Ironman.

Le tout s'est quand même bien déroulé, assure Lucien Gagnon, nonobstant des pépins relatifs à l'alimentation et l'hydratation vécus par Gabriel.

« On a nagé, pédalé et couru ensemble, mentionne l'ambulancier paramédical. J'en ai pris soin, il a eu une faiblesse parce qu'il n'avait pas assez mangé. Je l'ai hydraté et je l'ai alimenté, puis il a réussi avec succès. »

Il s'en est suivi une période de réflexion qui a duré près d'une semaine, à savoir si Gabriel allait prendre part à l'épreuve à Tremblant, étant donné qu'il avait eu des complications sur une distance moindre en Ohio.

« On a fait un test, c'est comme ça que je l'appelle, soit un entraînement très intensif de 2,5 km de nage et de 116 km de vélo sur des pentes dans le coin de Saint-Alphonse-Rodriguez. Cette journée allait décider si mon fils participait ou non à l'Ironman de Tremblant. Je voulais savoir comment il allait se comporter après tout ça et si on était capables de régler les problèmes d'alimentation et d'hydratation. »

Le résultat a été concluant. Le tandem a toutefois pris les moyens pour arriver à ses fins : calcul des battements cardiaques, constance dans les déplacements, ingurgitation de 600 à 800 ml de liquide par heure et consommation de gels énergétiques.

Malgré tout, Lucien Gagnon est pleinement conscient des dangers qui pourraient survenir à Tremblant.

Gabriel Patry-GagnonAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Gabriel Patry-Gagnon

Photo : Gracieuseté / Lucien Gagnon

Son métier d'ambulancier paramédical et le bagage emmagasiné lors de ses précédentes courses font en sorte qu'il redoublera de prudence dimanche.

Si ça va bien, et ça va bien aller parce que ma journée sera consacrée à mon fils, ce sera cool et hallucinant. Mais, vous savez, aujourd'hui en 30 secondes on se fait juger par les gens. Si ça se passe mal, je suis un colon qui a permis à son fils de faire un Ironman à 18 ans. Ça m'inquiète, mais c'est normal que ça m'inquiète. Si ça ne m'inquiétait pas, là je pense que ça pourrait potentiellement être dangereux parce qu'on aurait trop confiance en nous.

Lucien Gagnon

« Notre stratégie sera d'y aller cruise control all the way, je ne lui demanderai jamais plus de 65 % de ses capacités, je ne veux pas le pousser plus que ça, je ne le sais pas comment son corps va réagir, ajoute le paternel. Ce sera une journée d'au moins 14, 15 heures. »

Il s'agira d'un combat de tous les instants pour Gabriel Patry-Gagnon pour accepter de ne pas y aller la pédale au plancher, avoue-t-il, car il est habitué de puiser dans ses réserves pour atteindre ses standards sportifs.

« Je suis un gars qui n'aime pas trop ça ralentir, je ne me sens pas bon quand je ralentis, explique-t-il. J'ai l'impression qu'au début, je vais avoir de la misère à accepter le fait que je ne roulerai pas à 35, 36 km/h. Si je suis capable de me contrôler, je pense que ça va bien aller. »

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