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Stefanos Tsitsipas, porte-étendard d’une génération libérée

Stefanos Tsitsipas

Stefanos Tsitsipas

Photo : Associated Press / Nick Wass

Radio-Canada

Comme Denis Shapovalov un an avant lui, Stefanos Tsitsipas a fait sensation à la Coupe Rogers, à Toronto, la semaine dernière. Le jeune Grec a fait rouler les têtes de série avec un appétit typique des jeunes de sa génération qui se posent désormais en relève du circuit masculin.

Un texte d’Alexandre Gascon

Il y a belle lurette que le monde du tennis s’inquiète de l’éventuel départ des légendes vivantes que sont Roger Federer et Rafael Nadal. Une sortie annoncée comme une catastrophe, une vacuité, que la génération de Milos Raonic n’a pas su combler.

Celle de Tsitsipas semble prête à tenir le haut du pavé. Dix joueurs de 22 ans et moins sont maintenant classés parmi les 43 premiers. Et d’autres se montrent le bout du nez comme le Québécois Félix Auger-Aliassime, plus jeune joueur parmi les 200 premiers à 18 ans et une semaine.

Le Grec, qui a souligné son 20e anniversaire le 12 août lors de sa finale perdue contre Nadal, a progressé de 12 places après sa semaine de rêve au Canada. Après avoir vaincu quatre joueurs du top 10 coup sur coup, il se trouve maintenant au 15e rang.

Une progression qu’il doit en bonne partie à Patrick Mouratoglou, l’entraîneur de Serena Williams qui gère une académie de tennis de haut niveau réputée dans le sud de la France et qui a recruté Tsitsipas il y a trois ans.

L'entraîneur lance une balle à Serena Williams.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Photo : Getty Images / Matthew Stockman

Mouratoglou a été le premier impressionné par le succès de son protégé, victorieux de Dominic Thiem, Novak Djokovic, Alexander Zverev et Kevin Anderson à Toronto.

« Je serais malhonnête si je vous disais que je n’ai pas été surpris. Non pas que je n’imaginais pas qu’il allait très bien faire, parce qu’il ne fait que progresser rapidement depuis deux, trois ans. Maintenant, faire une performance telle que celle qu’il a faite la semaine dernière ce n’est pas quelque chose qu’on imagine ou qu’on planifie », a raconté l’entraîneur à Radio-Canada Sports.

Une progression constante

Tsitsipas avait donné des signes de son potentiel dans les derniers mois. Il a d'abord remporté une première victoire contre un des 10 premiers, David Goffin, à Anvers, en fin 2017. Puis, il a enregistré un succès sur Dominic Thiem, alors 7e mondial, en route vers sa première finale à l'ATP à Barcelone en avril, sans oublier sa demi-finale à Washington dans la semaine avant Toronto.

En trois ans au sein de l’Académie Mouratoglou, Tsitsipas a grimpé de 40e à 1er joueur junior mondial, puis à 15e à l’ATP après sa prestation canadienne.

« On a fait un bon bout de chemin », dit Mouratoglou, modeste, qui a repéré le jeune homme en regardant des séquences de jeu sur YouTube.

« J’ai trouvé une ou deux vidéos de lui quand il jouait à l’Orange Bowl [une prestigieuse compétition junior, NDLR]. J’ai adoré ce que j’ai vu parce que je trouvais qu’il était ambitieux dans sa manière de jouer, qu’il était courageux, qu’il allait terminer les points au filet et qu’il était attiré vers l’avant parce qu’il voulait que la décision des points et des moments chauds lui revienne.

Je l’ai contacté pour qu’il fasse une semaine à l’académie et il n’est plus jamais reparti.

Patrick Mouratoglou, directeur de l'Académie de tennis Mouratoglou

La Grèce n’ayant pas de programme de développement de tennis aussi sophistiqué que le Canada par exemple, Mouratoglou a décidé de donner tous les outils au jeune homme pour l’encadrer.

« La première chose qu’on a développée quand il est arrivé à l’académie, ç’a été son physique parce qu’il y avait un travail important à faire là. Ma première décision a été de mettre un préparateur physique pendant plus de 20 semaines par an », explique le Français.

Son père, Apostolos, complète son équipe et le suit pas à pas sur le circuit professionnel.

Entre l’arbre et l’écorce

Menés par Alexander Zverev, quatrième raquette mondiale et triple vainqueur en tournoi Masters à 21 ans, les Tsitsipas, Shapovalov, Auger-Aliassime, Borna Coric et Hyeon Chung dament tranquillement le pion à ceux qui ont eu le malheur d’arriver au moment de l’apothéose de Novak Djokovic et d'Andy Murray, et de l’éternel duo Federer et Nadal.

On pense aux Kei Nishikori, Grigor Dimitrov et Raonic, qui ne comptent aucune victoire en tournoi du grand chelem, un titre Masters et un championnat de fin de saison, les deux à Dimitrov. Un bien triste palmarès.

Milos RaonicAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Milos Raonic

Photo : La Presse canadienne / Mark Blinch

« Cette génération n’a pas réussi à le faire. Manque d’ambition? Manque de croyance en soi probablement. Ambition, je ne sais pas, mais il faut croire énormément en soi pour être capable de battre les meilleurs du monde et gagner des tournois du grand chelem. Je trouve cette génération actuelle beaucoup plus décomplexée. Je trouve qu’elle joue un jeu ambitieux. Shapovalov notamment. J’aime beaucoup Félix Auger-Aliassime aussi. Ils jouent un tennis agressif, inspiré, des joueurs qui prennent leurs responsabilités », mentionne l’entraîneur de Serena Williams.

« J’ose penser qu’ils ont une ambition et une croyance en leurs capacités qui va leur permettre d’aller très, très haut. S’il y a une différence à faire entre la génération d’avant et l’actuelle, ce n’est pas tant sur le talent, mais sur l’état d’esprit. J’ai l’impression que l’état d’esprit va les amener plus haut que la génération d’avant », ajoute Mouratoglou.

Il n’est certainement pas trop tard pour la génération prise en souricière dont les principaux acteurs ont tous 27 et 28 ans.

Stan Wawrinka, par exemple, a remporté son premier titre du grand chelem à près de 29 ans et les deux autres dans la trentaine, à un moment où on ne l’attendait plus.

Il vaudrait toutefois mieux ne pas trop tarder parce que Tsitsipas et sa bande semblent pressés.

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