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Rob Steckley, ce Canadien dont personne ne parle

Ils se regardent assis sur un banc.
Lucie Safarova et Rob Steckley Photo: Twitter/@Karel_Knap
Radio-Canada

MONTRÉAL - Pendant que tous les yeux sont rivés sur Milos Raonic, Eugenie Bouchard, Denis Shapovalov et compagnie, un Canadien est parvenu à devenir l'un des entraîneurs les plus respectés sur le circuit de la WTA. Rob Steckley a réussi, avec Lucie Safarova notamment, à réaliser les rêves qu'il n'avait jamais atteints pendant sa carrière de joueur, dont celui de remporter des titres du grand chelem.

Un texte de Christine Roger

Adolescent, Rob Steckley était voué à un bel avenir. Il était capable de faire des coups que seuls les joueurs d’exception arrivent à réaliser. Mais il n’a jamais répondu aux attentes, se contentant du 464e rang mondial comme meilleur résultat sur le circuit de l’ATP.

Depuis quelques années déjà, Steckley éprouvait des difficultés, mais il tenait à persévérer. En Coupe Davis, il sentait même qu’il s’améliorait. Et puis, une grave blessure à une épaule l’a obligé à modifier ses plans.

« La motivation a commencé à disparaître. J’ai réalisé que je conseillais beaucoup de joueurs sur le circuit, sans même m’en rendre compte. J’ai compris que j’avais peut-être un avenir comme entraîneur, et j’ai donc choisi de raccrocher ma raquette », explique l’homme de 38 ans.

Les meilleurs joueurs ne font pas nécessairement de bons entraîneurs. Et pas besoin d’avoir été dans l’élite mondiale pour devenir un excellent pédagogue. Si Steckley est devenu l’un des bons techniciens sur le circuit, il a dû prendre son temps et gravir les échelons pour être où il est aujourd’hui.

Au départ, tout ce qu’il avait, c’était la motivation et la passion.

Il a commencé à travailler avec certains des meilleurs espoirs canadiens, dont Milos Raonic et Eugenie Bouchard. Il collaborait avec Tennis Canada depuis un peu plus d’un an lorsque l’occasion qui allait tout changer s’est présentée.

« Sylvain Bruneau a pensé que je pourrais aider Aleksandra Wozniak, se souvient-il. Je ne savais pas si j’étais capable de relever ce défi. C’était vraiment hors de ma zone de confort. Rapidement, je me suis retrouvé à voyager avec Aleks dans le circuit de la WTA. J’ai rapidement compris que j’étais à ma place. »

La 21e place au classement d’Aleksandra Wozniak, c’est lui. Steckley demeure convaincu aujourd’hui que sans cette collaboration avec la Québécoise, il n’aurait pas connu la carrière qu’il a eue en tant qu’entraîneur par la suite.

Voler de ses propres ailes

Même si le duo formé de Steckley et Wozniak fonctionnait à merveille, l’entraîneur a décidé d’aller relever de nouveaux défis. Son instinct lui disait d’aller voir ailleurs.

« Je voulais aller chercher une tonne d'expérience en travaillant avec d'autres pays. C’est très structuré quand tu travailles avec Tennis Canada. J'ai adoré cette chance, mais il y a quelque chose dans le fait de travailler pour soi-même avec des joueurs d'autres pays », explique-t-il.

C’était un risque. Un très gros risque. Lorsque Steckley a décidé de se séparer de Wozniak, il n’avait rien devant lui. Il a aidé plusieurs joueuses. Puis, la Tchèque Lucie Safarova est arrivée dans sa vie.

« Quand j’entraînais Aleks, on cherchait une partenaire de double. J'ai rencontré Lucie, et elles ont joué un peu ensemble. Je suis devenu ami avec Lucie, j'allais voir certains de ses matchs. Ça m'a pris quelques années à vraiment bien connaître la WTA, et Lucie m'a aidé. Connaître les joueuses, leurs forces », raconte-t-il.

Il donne des conseils à sa joueuse entre deux jeux.Lucie Safarova et Rob Steckley Photo : Facebook/Rob Steckley

« Quelques années plus tard, elle me demandait parfois de venir l'aider. Normalement, c'était à la Coupe Rogers et il y avait quelques autres événements que je faisais. Elle me faisait confiance et, soudainement, j'ai reçu un texto disant qu'elle souhaitait collaborer avec moi. »

L’occasion semblait belle, mais Steckley hésitait. Il était sur le point d’avoir un premier enfant et le rythme de vie d’une joueuse de tennis professionnelle n’est pas nécessairement compatible avec la vie familiale. Il a finalement accepté.

Pendant deux ans, Safarova et Steckley ont travaillé d’arrache-pied. Leur collaboration n'est pas passée inaperçue sur le circuit. Avec ses cheveux blonds et son style nonchalant, Steckley a davantage l’air d’un surfeur. Leur chimie était basée sur l’humour et s’ils avaient parfois l’air de ne pas travailler sérieusement, leurs efforts finissaient par porter leurs fruits.

En 2015, Lucie Safarova a atteint la finale en simple à Roland-Garros, en plus de remporter le titre en double, aux côtés de Bethanie Mattek-Sands. Encore à ce jour, il s’agit du plus bel accomplissement de Rob Steckley.

« Tu dois travailler tellement plus fort sur la terre battue. Elle a dû traverser le double. On se battait contre quelque chose qu'elle n'avait jamais fait avant, qui est de passer quatre ou cinq heures par jour sur le terrain. Et répéter le tout encore et encore et être meilleure plus le tournoi avance », souligne-t-il.

« Soudainement, ç'a cliqué. On n'est jamais arrivés au tournoi en disant qu'on voulait atteindre la finale ou gagner le double. C'est juste arrivé. Pour nous, c'était le plus grand moment. »

Une pause bénéfique

Après quatre ans de collaboration, Steckley et Safarova ont senti que le temps était venu de passer à autre chose. Le Canadien ne se reconnaissait plus. Il était devenu impatient et frustré.

« La vérité est que j'étais épuisé après avoir travaillé sur le circuit pendant huit ans, avoue-t-il. Tout ce que je prends sur mes épaules en tant que coach, en tant que personne et en tant qu'ami. Je ne faisais plus mon travail adéquatement et on se tapait un peu sur les nerfs. C’était le temps pour moi de prendre du recul. »

Pendant un an, Steckley est resté chez lui, à Toronto, avec sa famille. Il a tranquillement retrouvé la passion, tout en collaborant sporadiquement avec certaines athlètes canadiennes. Lorsque Safarova lui a demandé de revenir à la fin de l’année 2017, il était prêt.

Le Canadien ne se fait pas d’illusions. Il sait que la carrière de la Tchèque de 31 ans tire à sa fin. Elle est 58e au classement mondial en simple.

Steckley avoue que c’est le double qui lui permet de poursuivre sa carrière. Avec Bethanie Mattek-Sands, elle a remporté cinq titres majeurs et se trouve au 25e échelon mondial.

Il faut dire que Safarova a été durement éprouvée par des ennuis de santé. Le rhumatisme articulaire aigu lui a fait perdre six mois en 2016, et l’a de nouveau gardée à l’écart de la compétition pendant trois mois au début de l’année 2018.

Au terme de cette saison, le duo fera le point. Safarova décidera-t-elle d’arrêter? Peut-être.

Que fera ensuite l’entraîneur canadien? Les athlètes canadiens ne pourraient-ils pas bénéficier de son savoir?

Steckely pourrait-il accepter de rentrer au bercail?

« Oui, absolument. »

Le message est passé.

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