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Xavier Desharnais ou nager malgré la douleur

Un plan serré de Xavier Desharnais devant un micro

Xavier Desharnais disputait la Traversée du lac Saint-Jean pour la septième fois de sa carrière.

Photo : Radio-Canada / Olivier Lalande

Radio-Canada

Xavier Desharnais est passé à moins d'une seconde de devenir le premier Canadien à remporter la Traversée du lac Saint-Jean trois fois. Le Sherbrookois de 28 ans a fini 2e, mais savoure ce résultat comme une victoire. Il s'est confié mardi à l'émission Médium large.

Trois jours après la course, il peut enfin recommencer à bouger les épaules. Une course de 32 km et de plus sept heures, ça laisse des traces.

Il s’est retrouvé dans le peloton de tête avec trois autres nageurs. À 500 m de l’arrivée, le quatuor s’est lancé dans un sprint.

« À trois kilomètres de ce sprint-là, le pace augmente, augmente, augmente pour que ça ne se règle pas au sprint, justement. L’Allemand faisait plusieurs attaques pour essayer de briser le pack, pour ne pas que ça aille au sprint. »

L’Allemand, c’est Alexandre Studzinski. Grâce aux bateaux accompagnateurs, identifiés à chaque nageur, Desharnais sait contre qui il doit se battre.

Et il sait aussi qu’il est au 4e rang et que la douleur qui l’assaille pourrait bien nuire à ses chances de s’accrocher.

« J’ai énormément mal, dit le champion de 2014 et 2015. J’ai les épaules qui ont de la misère à lever, mais j’essaie d’en faire fi. Je commence à avoir des crampes dans les ischiojambiers et dans les mollets.

On en fait fi, c’est psychologique. On tourne les bras, on essaie d’être le plus efficace possible, de ne pas dépenser d’énergie parce qu’on sait que le gros sprint arrive.

Xavier Desharnais

Celui qui a commencé à nager à l’âge de 7 ans explique que sa longue expérience fait en sorte que nager est pour lui aussi simple que marcher et qu’il a apprivoisé la souffrance avec les années. Et les gens qui l’ont appuyé cette année lui ont aussi servi d’inspiration.

« Au lieu de penser à avoir mal, je me disais : "Tu as ta famille qui t’attend, ta belle-famille, tes amis, ton coach…" On a tellement travaillé fort. Et en se parlant comme ça, on transcende la douleur. Et j’ai une phrase-clé que je me dis toujours dans les moments forts. C’est : "Tiger yes, cat no!" »

Une victoire quand même

« J’ai bien gardé mon énergie, raconte Xavier Desharnais à propos de la fin de course. Dans les 500 derniers mètres, on a deux bouées à tourner. J’accélère la cadence un petit peu, je dépasse le troisième.

« Je tourne la première bouée, je suis en très bonne position derrière les deux premiers qui sont rendus côte à côte. Donc, je profite de leurs vagues. Je me dis : "Garde ton énergie et garde ton kick pour le dernier 50 mètres." »

Je tourne la dernière bouée, il reste 150 mètres et, finalement, l’Allemand casse. Mes mains sont aux pieds de l’Italien. Je remonte, j’arrive aux genoux, aux hanches. Après, je vois les bouées jaunes, la plaque d’arrivée, j’augmente le kick. Je remonte à la poitrine de l’Italien, mais trop peu trop tard.

Xavier Desharnais

C’est par seulement 0,7 seconde qu’il a été devancé par l’Italien Edoardo Stochino. Mais cette 2e place avait toute la saveur d’un triomphe.

« Je ne suis pas quelqu’un qui est très émotif, mais quand j’ai fini la course, je sentais la joie en moi. Je n’en revenais pas d’avoir réussi à remporter mon pari. »

Le nageur très fier sur le quai

Xavier Desharnais a remporté la 2e place à sa dernière Traversée du lac Saint-Jean.

Photo : Radio-Canada / Rémi Tremblay

Les nombreuses heures d’entraînement, au moins 30 par semaine, ont été payantes. Mais sans une campagne de financement, cette réussite aurait été impossible.

Des partenaires lui ont permis d'amasser plus de 15 000 $, qui lui serviront à faire ses dernières courses, un peu partout dans le monde.

Résilience

Xavier Desharnais a une volonté de fer. Même une opération à une épaule en avril ne l’a pas empêché de participer à la Traversée du lac Saint-Jean pour la septième fois de sa carrière.

« Quand je suis entré dans le bureau du médecin, on s’est aperçu que j’avais une fracture à l’épaule, raconte-t-il. Mon épaule était très usée par les dizaines de milliers de kilomètres que j’ai faits dans ma carrière. »

On lui dit toutefois que c’est probablement un choc qui a arraché un bout de tissu ou un bout d’os.

Rien de douloureux sur le coup, mais avec le temps, il ne pouvait plus bouger son épaule. Deux mois avant de passer sous le bistouri, il lui est impossible de s’entraîner. L’inactivité lui pèse. Également blessé au genou et à la hanche, il ne peut pas non plus courir ni faire du vélo.

Il louange le travail de son chirurgien, qui lui avait promis qu’il pourrait recommencer à nager trois semaines seulement après l’opération.

« Deux semaines après, j’étais dans l’eau en me disant : "Je ferai ce que je peux." Mais ma progression a vraiment été rapide. J’ai mis les bouchées doubles, triples. J’ai commencé avec un petit 500 mètres pour monter à un peu plus, un peu plus pour finalement faire des semaines de 80 à 85 kilomètres. »

Desharnais louange aussi son équipe, son préparateur physique et son entraîneur qui lui ont permis de garder espoir et même de croire en la victoire.

Avant d’accrocher son maillot, celui qui a obtenu sa maîtrise en kinésiologie à l’Université de Montréal souhaite s'attaquer au record de la traversée en solo entre l’île de Santa Catalina et Los Angeles, une épreuve de 36 km dans l’océan Pacifique combinant nage de nuit et de jour.

Nage en eaux libres

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