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chronique

Pendant une heure, la Croatie a maîtrisé la France

Les Croates Mario Mandzukic, Luka Modric et Dejan Lovren après la défaite contre la France en finale du Mondial 2018.

Les Croates Mario Mandzukic, Luka Modric et Dejan Lovren après la défaite contre la France en finale du Mondial 2018.

Photo : Getty Images / Laurence Griffiths

Olivier Paradis-Lemieux

ANALYSE – Nullement intimidée par l'organisation défensive de la France, nullement fatiguée par les trois prolongations déjà disputées, nullement déboussolée par les deux buts un peu chanceux de son adversaire en première mi-temps, la Croatie, même menée deux fois au pointage, a eu le contrôle sur cette finale du Mondial pendant près d'une heure. Puis, elle a cédé.

Certes, conserver la possession du ballon à plus de 65 %, comme l’ont fait les Croates pendant la première heure, ne se traduit pas toujours par la maîtrise du jeu ou par des occasions franches de buts (parlez-en aux Belges).

Mais à la mi-temps de la finale, les Croates avaient déjà le droit de se demander si le trophée n’était pas en train de leur glisser entre les doigts tout en ayant dominé le duel. Au tableau, le pointage était de 2-1 pour la France, qui n’avait aucun tir si ce n’est celui d’Antoine Griezmann du point de réparation.

Une telle situation n’était pas nouvelle pour les Croates qui s’étaient qualifiés au courage pour la finale. En huitièmes, en quarts et en demi-finales, la Croatie avait été menée au pointage avant de revenir et d’ultimement triompher de son adversaire.

Contre la France, elle a su revenir une fois, après le choc du but contre son camp du héros des demi-finales, Mario Mandzukic, grâce à une superbe pièce de jeu collective sur coup franc orchestrée par le Ballon d’or (fort mérité) Luka Modric, mais où les Sime Vrsaljko, Mandzukic (encore) et Domagoj Vida auront participé au choeur croate avant le point d’orgue d’Ivan Perisic.

Sauf que Perisic aura pêché ensuite de la main dans la surface, et que cette pièce de jeu aura été ultimement la seule réussite collective des Vatreni pendant la finale (l’autre but croate venant d’une pression individuelle de Mandzukic).

La Croatie rentrait donc au vestiaire en retard 1-2, mais n’avait jamais cessé de presser, même après le but de Griezmann.

Après avoir joué 90 minutes de plus que la France dans les 15 derniers jours, on craignait que la Croatie ait laissé ses jambes dans l’atteinte du match ultime et que les Bleus dominent aisément une finale qui se serait jouée dans les tours précédents.

Pourtant, ce sont les Damiers qui harcelaient le bloc bleu sans relâche, prostré dans une posture défensive en espérant gagner grâce à quelques contres bien placés. Si la stratégie s’est ultimement avérée gagnante, la France avait de réelles difficultés à sortir le ballon de son territoire et perdait souvent l’objet, particulièrement N’Golo Kanté.

Après la pause, le plan de Zlatko Dalic n’avait pas changé et la France, débordée par les assauts croates, semblait prête à céder son avance une fois de plus.

Quand quatre manifestants liés aux Pussy Riots ont envahi la pelouse du stade Loujniki, la réaction ulcérée des Croates était évidente. La défense française obtenait alors une légère pause qui pouvait lui permettre de reprendre sa solidité, et Didier Deschamps a renchéri sur la proposition en remplaçant Kanté au même moment, poste pour poste, par Steven Nzonzi.

Le métronome français, meilleur Bleu de plus de 20 ans sur l’ensemble de ce Mondial, a connu un match bien en deçà de ses capacités et sa sortie hâtive en deuxième mi-temps a d’ailleurs coïncidé avec la fin de la pure dominance croate. Malade, Kanté n’avait remporté aucun de ses duels en milieu de terrain, Modric et Rakitic lui prenant la balle au pied pour la redistribuer partout autour du bloc français. Ses duels, Nzonzi allait tous les gagner.

Cinq minutes plus tard, Paul Pogba creusait l’écart et Kylian Mbappé entrait à 19 ans dans la légende. Malgré la bourde subséquente de Lloris et le léger regain d’énergie qui allait suivre pour les Flambloyants, le drapeau à damier rouge et blanc des Croates a progressivement perdu de son caractère écarlate à l’heure de jeu jusqu’à n’être plus que d’une seule couleur au coup de sifflet final : blanc de la fatigue d’avoir tout tenté jusqu’au bout.

Cette (vieille) génération croate n’atteindra peut-être plus jamais ce niveau tant elle a su maximiser le potentiel des Modric (32 ans), Mandzukic (32 ans), Rakitic (30 ans) et Perisic (29 ans) pour donner à la petite nation des Balkans un parcours en Russie aussi inattendu que magnifique.

Mais en finale, il lui aura manqué les quelques petits coups de chance qui lui auraient permis de devenir la plus improbable des nations à arborer une étoile sur son maillot.

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