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chronique

La fraîcheur anglaise a eu raison du verrou suédois

L'élégant sélectionneur anglais Gareth Southgate

L'élégant sélectionneur anglais Gareth Southgate

Photo : Getty Images / Clive Rose

Olivier Paradis-Lemieux

L'Angleterre avait misé sur une cure de rajeunissement avant ce Mondial pour présenter l'une des trois formations les plus jeunes en Russie. Les deux autres? Le Nigeria et... la France, aussi demi-finaliste.

Sans être éclatante samedi, l’Angleterre a mis fin au parcours rêvé de la Suède, trop épuisée, une fois menée par l’une des équipes les plus jeunes de ce tournoi, pour réaliser un nouvel exploit dans ce Mondial.

Les Three Lions ont surtout trouvé dans ce quart de finale d’autres façons que gagner que les pieds magiques d’Harry Kane. Ce sont plutôt les têtes décisives d’Harry Maguire et de Dele Alli, et les nouveaux faits d’armes sur sa ligne de Jordan Pickford, qui permettent aux Anglais de savourer une première demi-finale en 28 ans.

Dès les premières minutes, la Suède s’est recroquevillée dans sa zone, comme elle l’avait fait contre l’Italie en qualifications européennes ou contre la Suisse et l’Allemagne en phase de groupe. La stratégie a globalement fonctionné, les tirs anglais étant pour la quasi-totalité bloqués par le mur suédois ou envoyés à l’extérieur du cadre. Mais la Suède n’a pas fait preuve de la même précision défensive qu’à son habitude.

Puis, même après avoir cédé une première fois, la Suède n’a pas immédiatement dérogé de son plan, comme si la crainte d’accorder un deuxième but était plus forte que le manque d’occasions pour égaliser. En possession, les Vikings tentaient plutôt de ralentir le match, afin de réduire les mouvements adverses, tout en balançant quelques longs ballons vers l’avant sans avoir l’intention manifeste de construire le jeu.

Mais l’Angleterre a fait des phases arrêtées sa spécialité pendant cette Coupe du monde (7 de ses 9 buts avaient été marqués de cette façon avant la rencontre) et, bien préparée par Gareth Southgate, elle a su quoi faire de son premier coup de pied de coin, à la demi-heure.

Maguire (25 ans) a surgi au point de pénalité d’un groupe de quatre joueurs anglais massé au haut de la surface. La défense de zone suédoise n’a pas su marquer tous les Lions et Maguire s’est élevé au-dessus d’Emil Forsberg pour diriger une tête puissante derrière Robin Olsen.

Une demi-heure de jeu plus tard, Alli (22 ans) a converti à bout portant du front un des rares centres anglais à ne pas avoir été repoussé par la défense suédoise.

Au bout du compte, l’Angleterre n’a cadré que deux tirs, deux têtes, deux à zéro.

Raheem Sterling (23 ans) n’a pas marqué. Mais pour l’ailier de Manchester City, la disette qui l’afflige en équipe nationale ne semble plus avoir de fin.

À la fin de la première mi-temps, son appel en profondeur a été compris par Henderson. Sterling contrôle alors parfaitement la longue balle pour s’amener seul devant Olsen. Il tente de pousser le ballon derrière le gardien suédois, mais Olsen dévie du bout de la main. Sterling réussit néanmoins à reprendre le ballon et lève la tête alors que Kane et Alli l’ont rattrapé dans la surface… Mais il hésite, temporise, laisse les Suédois reprendre leur souffle avant de tirer à nouveau, cette fois sur un défenseur au moment où le bloc scandinave s’est reformé devant lui.

Sterling n’a pas touché la cible depuis 1003 jours avec l’équipe anglaise, un étrange blocage psychologique, car il a inscrit 23 buts en 46 matchs cette année avec les Citizens.

Quant à Harry Kane (24 ans), hormis un tir non cadré, mais fort dangereux à la 19e minute, il n’est pas arrivé à s’inscrire au pointage pour la première fois depuis qu’il a été nommé le capitaine anglais.

Pickford au niveau de Courtois

Cela a été suffisant parce que là où Olsen n’a pas su faire la différence face aux maigres chances anglaises, Jordan Pickford (24 ans) a bloqué les quelques tirs dangereux des Suédois, rivalisant presque avec le génie déployé la veille par le Belge Thibaut Courtois.

D’abord, tout juste après la pause. Marcus Berg avait battu Ashley Young au duel aérien, comme Maguire avait battu Forsberg, cette fois au deuxième poteau sur un centre bien calibré du latéral Ludwig Augustinsson. Mais Pickford, comme lors des tirs au but contre la Colombie, s’est jeté au dernier instant sur sa gauche pour taper le ballon de la main et conserver la mince avance anglaise.

Puis, quelques instants après le deuxième but anglais, Pickford s’est jeté de l’autre côté après une des seules incursions scandinaves dans sa surface pour bloquer un tir de Viktor Claesson, qui s’était élancé après une talonnade de Berg.

Dix minutes plus tard, Berg envoyait la dernière frappe dangereuse des Suédois en direction du filet anglais, mais Pickford a tapé le ballon alors qu’il semblait se diriger sous la barre horizontale. C'était le 15e tir infructueux de Berg pendant ce Mondial...

Ensuite, la Suède n’a presque plus rien généré. Vannée par toutes ses minutes à défendre depuis trois semaines. Janne Andersson a même retiré d’un coup Emil Forsberg et Ola Toivonen, deux de ses cadres offensifs pendant le tournoi, mais qui ne semblaient plus rien avoir dans leur réservoir face à l’Angleterre, à la 67e minute.

Berg aurait pu être le héros d’un nouveau petit miracle suédois, mais c'est plutôt Pickford qui a commencé à écrire sa légende dans le maillot des Three Lions.

Quelques réflexions sur Russie 2-2 (3-4) Croatie

La folie se poursuit. C’est donc à Sotchi, symbole de la dernière décennie sportive russe s’il en est un, que s’est conclu l’improbable parcours de l’équipe hôtesse.

Et pour ce dernier match au stade Ficht, les sélections russes et croates ont déployé un spectacle fort en rebondissements qui n’avait rien à envier à une cérémonie d’ouverture de Jeux olympiques.

On aurait dit, en première période, que ce n’était qu’une question de temps avant que les Croates marquent. C’est pourtant Denis Cheryshev, encore lui, le Russe qui ne devait pas être là, qui a brisé l'égalité.

Les Russes, stimulés par une foule en liesse, avaient le vent dans les voiles. C’est pourtant Andrej Kramaric qui s’est faufilé à travers la défense russe pour rediriger un centre de Mario Mandzukic et égaliser le pointage.

Tout le monde avait l'air épuisé vers la fin des 90 minutes. C’est pourtant en première période de prolongation qu’a surgi Domagoj Vida, sur un coup de pied de coin qu’ont offert comme un cadeau les Russes aux Croates, pour donner l’avance aux Damiers.

Au lieu de subir les assauts répétés des Russes après ce but crucial, les Croates ont semblé rassérénés, en pleine maîtrise de la situation. C’est pourtant après une faute de main assez bête que les hôtes ont créé l’autre but égalisateur, avec un Mario Fernandes qu’on a tout simplement perdu en plein milieu de la surface de réparation.

Après les affiches France-Uruguay, Brésil-Belgique et Suède-Angleterre, cette Russie-Croatie paraissait la moins alléchante des quatre. Elle aura finalement suivi le scénario de cette Coupe du monde un peu folle, ou tout semble possible.

Les Croates ont donc rendez-vous avec les Anglais. Les Russes, eux, pourront maintenant dresser le bilan d’un Mondial où ils ont surpris la quasi-totalité de la planète soccer.

Rakitic, décisif. Le milieu croate Luka Modric reçoit, avec raison, une tonne de fleurs lancées vers lui depuis le début de sa Coupe du monde (et avant). Le petit meneur de jeu du Real Madrid est partout sur la pelouse, il est entreprenant, il s’offre en option et il laisse tout sur le terrain.

On parle donc beaucoup moins de son collègue Ivan Rakitic, qui ne se retrouve pas si souvent que Modric du côté droit vers lequel penche naturellement l’attaque de la Croatie.

Mais Rakitic, mine de rien, vient de réaliser les deux coups de pied les plus cruciaux de son pays au Mondial. Contre le Danemark, c’est lui qui a fait le long trajet vers le tir au but potentiellement décisif après la prolongation. Stoïque, Rakitic a envoyé un ballon parfait dans le coin inférieur gauche pour envoyer son équipe en quarts de finale.

Samedi, c’est de nouveau à lui qu’on a confié le ballon qui pouvait mettre un terme au parcours de la Russie. Rakitic a encore placé sa frappe à cet endroit, avec le même sang-froid que si ça n’avait été qu’un simple match entre copains du bureau.

Cette équipe de Croatie est munie de plusieurs armes qui peuvent faire mal à l’adversaire. La bonne nouvelle, c’est que ses huit joueurs qui auraient pu être suspendus en demi-finales ont évité les cartons, samedi, dont Rakitic.

La mauvaise, c’est que les Croates viennent de jouer 120 minutes pour un deuxième match de suite. L’Angleterre se repose déjà.

(Par Olivier Tremblay

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