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chronique

C’est bien une génération dorée qu’a la Belgique

Les joueurs belges célèbrent avec la foule à Kazan après leur victoire contre le Brésil.

Les joueurs belges célèbrent avec la foule à Kazan après leur victoire contre le Brésil.

Photo : Reuters / Toru Hanai

Olivier Paradis-Lemieux

Il y a un moment qu'on attendait ces Diables rouges dans le carré d'as d'un grand tournoi. Voici la chose faite grâce à une victoire de 2-1 contre le Brésil de Neymar vendredi.

Disparue autant de la Coupe du monde que de l'Euro après le Mondial de 2002, la Belgique était retournée au plus haut niveau en 2014 avec un quart de finale au Brésil. Mais son échec contre le pays de Galles au même stade à l’Euro il y a deux ans, alors qu’on la pensait favorite, avait semé les doutes sur la capacité des Kevin De Bruyne, Eden Hazard, Romelu Lukaku, Vincent Kompany et autres Thibaut Courtois à n’être autre chose qu’un assemblage élégant de vedettes de la Premier League.

Génération dorée ou génération dessoufflée, telle devait être le jugement de la Russie envers la Belgique.

Après une phase de groupe maîtrisée où son attaque dévastatrice s’était rapidement mise en place, elle s’était retrouvée une nouvelle fois au bord du gouffre, face à une surprenante sélection nippone qu’elle a finalement terrassée après avoir ouvert toutes grandes les vannes dans les 30 dernières minutes de son huitième de finale.

Contre le Brésil vendredi, Roberto Martinez avait décidé de reconduire l’effectif qui avait conclu la rencontre face au Japon. Marouane Fellaini et Nacer Chadli, tous deux marqueurs en huitièmes de finale, avait pris la place de Yannick Carrasco et Dries Mertens dans le dispositif belge. Confirmé par le pointage dans ses choix, Martinez n’aura dérogé de son onze partant qu’à la 83e minute.

Mais Martinez a surtout fait preuve de réalisme dans son plan de match. Il a adopté une approche résolument défensive, délaissant sa défense à trois pour une défense à quatre. Il a largement laissé la possession aux Brésiliens, tout en sachant qu’il y aurait de l’espace derrière les avancées de la Seleçao pour quelques contre-attaques dévastatrices.

Et elles l’ont été.

Menés généralement par De Bruyne, habile comme personne pour casser les lignes adverses en une passe, et Hazard, bien en jambes et en dribbles, les contres belges ont révélé les carences brésiliennes dans l’entrejeu, en transition défensive.

Petite ombre au tableau, les Diables rouges n’auront réussi qu’à marquer qu’une fois directement lors de leurs chevauchées infernales qui ont rythmé le duel digne d’une finale.

Ce manque de réussite sera oublié avec le temps, mais aurait bien pu causer leur perte. Le seul contre décisif mené par les Belges aura d’ailleurs été conclu par De Bruyne, après une charge formidable dans l’axe de Lukaku depuis son territoire. Les deux coéquipiers ont inversé leur rôle de meneur et de tireur sur l’action.

L’autre but belge, une déviation malheureuse contre son camp lors d’un coup de pied coin, a d’ailleurs résulté d’une contre-attaque initialement dangereuse, mais bousillée par Marouane Fellaini.

Battu par Courtois et un mur de calme

Le Brésil a eu ses occasions, mais s’est buté à une performance titanesque de Thibaut Courtois. Le portier belge a réalisé neuf arrêts, la plupart le forçant à se détendre que ce soit à sa gauche face à Philippe Coutinho (37e), à sa droite sur Douglas Costa (63e), ou sous la barre, dans les derniers instants contre Neymar (94e).

La FIFA a nommé De Bruyne joueur du match, mais le grand responsable de la poursuite du rêve belge est certainement le gardien de Chelsea, dont les parades dans ce match lui ont certainement permis de prendre une bonne longueur d’avance au titre de Gant d’or du Mondial.

Si le Brésil a été mis en échec par Courtois, sauf une fois à la 76e minute d'une tête imparable de Renato Augusto, ce n’est pas faute d’avoir essayé : 26 tirs, 9 cadrés et 10 bloqués en défense.

Tite pouvait aussi compter sur le retour de Marcelo, absent contre le Mexique en raison d'une blessure. Comme à son habitude, le latéral a été très actif. Il a régulièrement fait des combinaisons avec Neymar et Philippe Coutinho sur le côté gauche.

Ces trois Brésiliens ont d’ailleurs été les plus en vue sur le terrain, alors que Gabriel Jesus (en pointe) et Willian (sur l’aile droite) ont connu des matchs ardus. Même que Willian, pourtant le meilleur Auriverde en huitièmes de finale, a été remplacé dès la mi-temps.

En plus de s’être heurtés à la brillance de Courtois, les assauts brésiliens ont également été désarmés par le calme de Thomas Meunier et de Toby Alderweireld, et par celui de l’arbitre Milorad Mazic.

Les défenseurs belges auraient pu céder à tout moment devant l’impressionnante démonstration technique des Brésiliens et, étourdis par leurs passements de jambes, prendre la faute tant recherchée.

Neymar, surtout lui, a bien essayé d’obtenir de l’aide des arbitres (vidéo ou sur deux pieds) avec ses plongeons, exagérant chaque touchette des Belges quand ses dribbles perdaient de leur vigueur dans le mur rouge.

À la 45e minute, Milorad Mazic y a pensé, en prenant son sifflet un instant après que Meunier eut posé sa main sur l’épaule de la grande vedette, mais aucun son n’est sorti du petit objet porté à sa bouche. À la 52, Neymar a tenté le coup à nouveau, chutant au-dessus de la jambe de Fellaini. Mazic lui a alors fait signe qu’il avait plongé, sans broncher. À la 90e, Neymar a reçu le bras de Meunier au visage, mais encore une fois, il n’a pas non plus retenu la clémence de l’arbitre.

Peut-être que la réputation du Brésilien et ses roulades répétées lors des derniers matchs lui ont nui dans la quête d’un appel qui sera resté vain. Le seul Auriverde qui a obtenu une longue réflexion de Mazic a plutôt été Gabriel Jesus, fauché par un tacle tardif de Vincent Kompany, mais la reprise a montré que le ballon avait quitté le terrain avant que la faute soit commise.

Sans vivre le désastre de la demi-finale perdue chez elle 7-1 contre l’Allemagne il y a 4 ans, la Seleçao vit ainsi une nouvelle sanction ferme en étant éliminée dès les quarts de finale.

Kazan aura été le cimetière des anciens champions : l’Allemagne, l’Argentine et maintenant le Brésil y sont tombés tour à tour.

Quant à la Belgique, quelle que soit la suite contre la France mardi en demi-finales, elle ne se sera pas dessoufflée face aux derniers grands favoris de la compétition.

Et maintenant, sa génération dorée est la favorite pour le titre.

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