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chronique

Mbappé a décollé, Messi et Ronaldo s’en sont allés

Lionel Messi reçoit l'accolade de Kylian Mbappé.

Lionel Messi reçoit l'accolade de Kylian Mbappé.

Photo : Getty Images / Alexander Hassenstein

Olivier Paradis-Lemieux

Après avoir offert du jeu assez terne dans la phase de groupe, la France se cherchait une étincelle. Kylian Mbappé lui a offert un feu d'artifice.

Il y avait seulement 20 minutes de jouées samedi que la jeune pépite du soccer français avait déjà été fauchée trois fois après des chevauchées vers le but argentin.

Dépassés par ses fulgurantes accélérations (37km/h sur la deuxième, égale un record d'Arjen Robben à un Mondial), Javier Mascherano, Marcos Rojo et Nicolas Taglifico avaient chaque fois dû le rabattre au sol en désespoir. Deux fois à l’entrée de la surface, une fois à l’intérieur.

Antoine Griezmann a presque marqué sur coup franc à la première occasion, son tir frappant la barre horizontale, mais il s’est repris sur tir de pénalité.

La France menait 1-0 et l’Argentine pouvait se considérer heureuse de ne pas avoir écopé davantage qu’un but et deux cartons jaunes devant les sprints de Mbappé.

Mais après une mi-temps où elle semblait être la seule équipe capable de se créer des occasions et malgré les pétards offensifs de Mbappé, les Bleus avaient été rattrapés par un coup de génie d’Angel Di Maria.

Peut-être trop occupés à marquer de près Lionel Messi, la défense et le milieu français avaient oublié le joueur du PSG qui a pu enrouler une frappe des 25 mètres. Facile, comme à l’entraînement.

L’Argentine avait même réussi à se hisser 10 minutes devant grâce à une déviation par Gabriel Mercado d’un tir autrement peu dangereux de Lionel Messi, mais Benjamin Pavard a imité la frappe de l’Espagnol Nacho Monreal contre le Portugal, une reprise de volée brossée de l’extérieur sensationnelle, pour créer l’égalité.

Et puis, après la sublime égalisation de Pavard (elle mérite d’être resoulignée aussi rapidement), Mbappé, de ses 19 ans et 6 mois bien trempés, a remis le sort de la France sur ses épaules.

D’abord, d’un petit numéro dans la surface, puis d’une autre course sur son aile. Mais cette fois, parfaitement lancé par Olivier Giroud, Mbappé n’a pas été fauché et a rejoint Pelé dans la petite histoire du Mondial.

Enfin, presque rejoint.

Deux buts à cet âge, personne d’autre ne l’a fait au Mondial. Mais Pelé était encore plus jeune que Mbappé. Le Brésilien était à quatre mois d’être majeur quand il avait marqué trois fois en demi-finales du Mondial 1958… contre la France.

Antoine Griezmann avait déclaré qu’il monterait en puissance en huitièmes de finale, on attend encore. Qu’importe, il n’a pas eu besoin de le faire parce que son jeune coéquipier vient d’atteindre le niveau des grands. Reste à le faire avec constance.

Et puis, derrière, il y avait N’golo Kanté pour asphyxier Lionel Messi...

Triste fin pour Messi avec l’Albiceste

Il y a deux ans, après une troisième finale perdue de suite avec la sélection argentine (Mondial 2014, Copa America 2015 et 2016), Lionel Messi, écoeuré par la défaite, avait annoncé sa retraite internationale.

La retraite avait duré six semaines.

Cette fois, rien n’est encore annoncé pour le quintuple Ballon d'or, mais à 31 ans, cette défaite contre la France pourrait bien être son dernier match avec l’Albiceste.

Pour l’occasion, Jorge Sampaoli avait encore bidouillé son onze de départ, cette fois un 4-3-3 après testé un 4-2-3-1, un 3-4-3 et un 4-4-2 dans les trois premiers matchs.

Mais surtout, il s’était surpassé dans sa créativité tactique en demandant à Lionel Messi de jouer en pointe, en faux neuf, pour la première fois de sa carrière en sélection.

En manque de ballons depuis le début de cette Coupe du monde, Messi n’en a pas eu davantage samedi, devant souvent se déporter sur l’aile droite (surtout en première mi-temps) pour participer au jeu sans peser sur la rencontre.

Oui, il y a bien eu ce tir en se retournant dévié par Mercado, mais ce n’est qu’à la 85e minute qu’on a pu voir un de ses petits éclairs de génie que Messi nous a habitués à réaliser plusieurs fois par match au cours des années.

Une clinique de dribles dans l’axe français qui s’est toutefois terminé par un tir sans mordant, à l’image de son Mondial.

Messi n’a marqué qu’un seul but dans cette Coupe du monde et a souvent paru plus perdu sur le terrain dans les quatre matchs qu’en contrôle de la situation, mais il a surtout souvent paru découragé, démoralisé, abattu, que ce soit par les choix tactiques de son entraîneur ou ses coéquipiers vieillissants.

Comme Johan Cruyff avant lui, Lionel Messi aura tout gagné sur la scène européenne avec Barcelone, sans jamais mettre la main sur un grand titre international.

Un astérisque à son résumé, à défaut de pouvoir y épingler une étoile.

Dix Ballons d'or de moins en une journée

L’autre quintuple Ballon d’or a aussi quitté le Mondial russe en huitièmes de finale samedi. Impossible encore une fois de séparer Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, cette fois dans la spatiotemporalité de leur exclusion, à quelques détails près (Kazan et Sotchi, midi et après-midi).

Même s’il fut tout aussi court, Cristiano Ronaldo aura toutefois connu une Coupe du monde plus accomplie que son rival de toujours. Quatre buts, dont trois dans une performance d’anthologie contre l’Espagne, et une implication et un engagement supérieur face à un collectif qui semblait tout aussi limité.

Samedi, Ronaldo aura bien tenté encore une fois de ramener la Seleçao en un coup de tonnerre, mais ses frappes et ses actions n’ont jamais semblé bien dangereuses.

Après quelques tentatives infructueuses dans la première demi-heure, CR7 a été de plus en plus muselé par Diego Godin, véritable patron d’une défense uruguayenne qui n’avait pas accordé de but jusque là.

Le Portugais n’a même pas touché au ballon dans la surface dans la première mi-temps.

Certes, à la reprise, c’est lui qui gagne le coup de pied de coin à l’origine de l’égalisation de Pepe, mais à l’image de ce match, il est impuissant sur le service de Raphaël Guerreiro parce que marqué de trop près.

Il ne peut que regarder le ballon filer au-dessus de sa tête… jusqu’à Pepe, complètement libre.

Même dans les derniers instants du match, quand il offre cibles et indications à ses coéquipiers, Ronaldo n'a pas trouvé la brèche et a peu touché au ballon.

Sa dernière frappe, qu'il s'est offerte à la 89e minute, aurait pu tout changer. Après un petit écart, il s'est donné une ligne de mire vers la portion gauche du filet uruguayen, mais le ballon a pris la mauvaise courbe et a terminé loin de l'égalisation.

Son plus beau geste du match aura toutefois été sportif. Touché à la jambe gauche à la 74e minute, le double buteur uruguayen Edinson Cavani peinait à sortir du terrain en boîtant.

Le Portugais lui a offert son épaule pour le guider hors du terrain. Bien sûr, pour les cyniques, Ronaldo gagnait quelques secondes pour se remettre au plus vite à viser le but adverse… mais l’attaquant du Real Madrid aura toujours ses dénigreurs.

À 33 ans, Ronaldo vivait probablement sa dernière Coupe du monde à ce niveau, mais contrairement à Messi, le Portugais ne semble pas aussi pressé de quitter sa Seleçao. Et puis, il a toujours un titre de champion d’Europe à défendre dans deux ans.

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