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chronique

Fin de cycle pour la machine allemande

Thomas Müller pleure après l'élimination de l'Allemagne.

Thomas Müller pleure après l'élimination de l'Allemagne.

Photo : Reuters / John Sibley

Olivier Paradis-Lemieux

Il y a quatre ans, la Mannschaft régnait sur le soccer mondial. La terrible efficacité allemande avait détruit au passage le jogo bonito (beau jeu) brésilien. Sa confiance en son système et son effectif avait été à peine ébranlée par sa défaite contre la France à l'Euro 2016. L'Allemagne arrivait en Russie comme favorite, elle en sort en seulement trois matchs, comme trois des quatre dernières championnes du monde avant elle.

Sa défaite d’entrée contre le Mexique avait été un coup de semonce, sa victoire à l’arraché contre la Suède laissait penser, encore une fois, que sa méforme des six mois précédents en matchs amicaux n’était peut-être que passagère. En un coup de pied, Toni Kroos avait redonné à l’Allemagne l’essentiel du contrôle sur son sort.

L’inévitabilité historique de l’Allemagne en huitièmes de finale à la Coupe du monde était partiellement rétablie.

Elle n’avait qu’à battre la Corée du Sud, déjà vaincue par les deux autres pensionnaires du groupe, sans que la Suède fasse mieux qu’elle contre le Mexique. Puis, El Tri s’est pris un, puis deux, puis trois buts et c’était les Mexicains qui semblaient en grand danger d’être éliminés, après avoir offert un des jeux les plus inspirés qu’on a vu jusqu’à maintenant en Russie.

L’Allemagne n’avait besoin que d’un léger 1-0 pour se venger à distance de son échec contre le Mexique, et dans les estrades à Iekaterinbourg, c’était les partisans au visage bariolé de vert, blanc et rouge qui pleuraient à chaudes larmes en regardant impuissant sur leur téléphone intelligent le moment où le 0-0 à Kazan deviendrait 1-0 pour la Nationalmannschaft.

L’inévitabilité historique de l’Allemagne en huitièmes de finale à la Coupe du monde était sur le point d’être rétablie.

Or, plus les minutes s’égrenaient, plus il était clair que cette fois, l’Allemagne était à court d’idées offensives.

La Corée avait laissé la possession du ballon à son adversaire (74 %/26 % à la fin du match) et faisait bloc devant sa surface en fermant les espaces. Un plan clair, bien exécuté, que l’Allemagne a pourtant maintes fois dépecé par le passé. La Mannschaft a essayé et essayé de s’infiltrer par les côtés en multipliant les centres vers la surface coréenne, mais hormis qu’elle soit passée bien près du succès à la 47e minute sur une reprise de la tête de Leon Goretzka superbement repoussée, les alertes ont été peu nombreuses.

Têtue, l’Allemagne n’a jamais changé de stratégie jusqu’au coup de sifflet final, même après avoir encaissé dans les arrêts de jeu alors qu’elle se découvrait de plus en plus derrière et que le gardien Manuel Neuer était monté dans la surface coréenne, même après le deuxième but des Coréens dans un filet déserté et que les 6 minutes d’arrêts de jeu étaient devenues 10 minutes d’une agonie qui n’en finissait plus pour des champions en perdition.

Joachim Löw n’était pourtant pas resté assis sur ses mains après la courte victoire contre la Suède. Le nez fracturé à Sebastian Rudy et la suspension de Jérôme Boateng l’avaient certes forcé à faire ces deux changements dans son XI, mais il avait aussi décidé de ramener Mesut Özil et Sami Khedira, laissés sur le banc contre les Scandinaves, et d’expulser Thomas Müller pour la première fois en 15 matchs de Coupe du monde.

Au total, cinq têtes avaient changé dans la formation de départ. Mais aucune d’entre elles (ni celles de Mats Hummels) n’a sauvé l’Allemagne d’une remise en question aussi profonde que celle à travers laquelle a dû passer le Brésil après qu’elle lui eut infligé la plus sévère humiliation de son histoire en demi-finales il y a quatre ans.

Avant le Mondial, nombre d’observateurs vantaient la profondeur de l’effectif allemand, rêvant même parfois tout haut qu’une équipe formée des joueurs laissés à l’extérieur des 23 aurait pu rivaliser avec la majorité des autres nations.

Mais les 23 joueurs qu’a sélectionnés Joachim Löw n’ont même pas été capables de marquer contre le Mexique et la Corée. Deux buts, en trois matchs.

La machine allemande s’est enrayée et même Gary Lineker était sous le choc de voir que sa plus célèbre citation n’est plus d’actualité. Le football est un sport où 22 joueurs courent après un ballon pendant 90 minutes et à la fin… ce ne sont pas toujours les Allemands qui gagnent.

Fin de cycle.

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