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chronique

Neymar souffre, plonge et pleure

Neymar, pendant le match entre le Brésil et le Costa Rica
Neymar Photo: Getty Images / Francois Nel
Christine Roger

ANALYSE - Il aurait fallu écrire deux textes pour analyser cette victoire de 2-0 du Brésil contre le Costa Rica. Un pour les 90 premières minutes et un pour les arrêts de jeu. Un texte pour le génie de Neymar, et un autre pour son ridicule.

Questionné sur l’individualité de son joueur étoile, le sélectionneur du Brésil, Tite, avait été catégorique : « Je ne vais pas lui enlever la possibilité d’être un génie dans les 30 derniers mètres. »

Logique. Quand tu as dans ton effectif l’un des meilleurs dribleurs de la planète, tu lui donnes carte blanche. Et c’est exactement ce qui s’est passé dans ce match.

Capable du meilleur, comme du pire, Neymar a fait ce qu’il voulait face au Costa Rica. Il a été de tous les combats, de tous les débats et, fidèle à lui-même, de toutes les controverses.

Comme c’est le cas avec Lionel Messi et Cristiano Ronaldo, Neymar a autant de partisans que de détracteurs. Mais personne ne pourra jamais lui reprocher sa hargne et son désir de gagner. Le mandat était énorme. Après un match nul contre la Suisse, le Brésil devait l’emporter contre le Costa Rica.

En fait, Neymar devait marquer. Aussi simple que ça.

Chaque fois que Neymar foule la pelouse d’un stade, que ce soit avec la Seleçao ou avec le Paris Saint-Germain, il doit marquer. Pression? Voilà pourquoi il a éclaté en sanglots après le match contre le Costa Rica, quelques minutes après être passé si près de la catastrophe.


Voici donc le match de Neymar en trois temps… ou en trois émotions :

Frustration

Ça n’aura pris que trois minutes pour que déjà, on sente Neymar perdre son sang-froid. Tout juste remis, ou presque, d’une chirurgie à un pied, il a souffert lors du premier match contre la Suisse, subissant pas moins de 10 fautes.

Les journées se suivent et se ressemblent dans son cas. Le mandat du Costa Rica était clair. Dès que Neymar touchait au ballon, il fallait immédiatement l’empêcher de manœuvrer.

Les Costaricains ont réussi leur mission, surtout en première mi-temps, mais ce sont les chevilles de Neymar qui en ont payé le prix. Dès la troisième minute, il a été atteint à une cheville et on l’a vu, à plusieurs reprises, grimacer de douleur.

On peut reprocher, et avec raison, au Brésilien de plonger et de jouer la comédie, mais il n’en demeure pas moins qu'il est vraisemblablement ciblé par les équipes adverses depuis le début de ce Mondial.

Frustré, Neymar n’a pas hésité à faire connaître sa façon de penser à l’arbitre Björn Kuipers, si bien que ce dernier lui a décerné un carton jaune en fin de match. Quelques minutes plus tard, l'attaquant ripostait avec un « don’t touch » alors que l’arbitre s’adressait à lui en mettant sa main sur son épaule.

Quelques réflexions sur Serbie 1-2 Suisse

Le sport est politique. Le soulier qui a frappé le ballon gagnant de Xherdan Shaqiri est orné du drapeau suisse au talon. Rien de plus normal. Mais qu’y avait-il à l'arrière de son pied d’appui? Un petit drapeau kosovar.

Shaqiri attendait nécessairement le match de vendredi avec impatience. Fils de parents albanais du Kosovo, il a fui la guerre civile en Yougoslavie au début des années 1990, au cours de laquelle les tensions entre les pays des Balkans se sont exacerbées. Le conflit a mené à la formation d’une poignée d’États indépendants, dont le Kosovo.

Sa famille s’est retrouvée en Suisse, où habitait déjà celle de son coéquipier Granit Xhaka, dont les parents aussi albanais avaient quitté la Serbie avant sa naissance.

À ce jour, la Serbie refuse de reconnaître l’indépendance de ce qu’elle considère comme une de ses provinces, d’où tirent leurs origines d’autres joueurs de l’équipe suisse comme Blerim Dzemaili et Admir Mehmedi, deux Albanais de Macédoine du Nord, ou encore Valon Behrami.

(Notons au passage que d’autres membres de l’équipe ont du sang bosnien, camerounais, croate, espagnol, nigérian, entre autres. Le sélectionneur Vladimir Petkovic est lui-même un Croate de Bosnie, ce qui fait peut-être de lui une ressource de choix pour gérer tout ça.)

Vendredi, Xhaka et Shaqiri ont tous deux célébré leurs buts en formant avec leurs mains l’aigle qui flotte sur le drapeau albanais.

Le président kosovar, Hashim Thaci, s’est réjoui de la victoire suisse sur Twitter : « Félicitations aux buteurs Xhaka et Shaqiri et à toute la Suisse pour une victoire méritée. Je suis fier de vous. »

Le match était déjà crucial pour le rang de chacun des protagonistes dans le groupe. Mais l’enjeu dépassait largement le classement pour certains.

Pas fini pour la Serbie. Malgré la défaite, les Serbes peuvent regarder le contenu de leur match et se dire que tout n’est pas perdu.

Pendant la majorité de la rencontre, ils ont fait la vie dure à leurs adversaires. Ils ont récupéré des ballons, ils ont couvert du terrain, ils ont gagné des duels dans les airs – beaucoup de duels dans les airs, presque deux fois plus que les Suisses.

La Serbie a livré une bataille physique aux Suisses pendant longtemps. Elle sait aussi produire du jeu.

Le Brésil n’a qu’à bien se tenir.

(Par Olivier Tremblay)

Honte

Il n’y a rien de nouveau là-dedans. Neymar est passé maître dans l’art de simuler, d’exagérer ses chutes. Mais si on lui donnait souvent le bénéfice du doute, il a confirmé aujourd’hui, sur la plus grande scène possible, qu’il était un comédien hors pair. Il y a six mois, son manège aurait fonctionné, et c’est probablement ça le pire. Mais pas cette fois. Pas depuis que la reprise vidéo existe.

Si la fameuse vidéo a été plus souvent qu’à son tour critiquée depuis le début de ce Mondial, on a vu aujourd’hui dans quelle optique elle permettra peut-être de purifier le sport. Légèrement accroché par le défenseur Giancarlo Gonzalez, Neymar a lourdement chuté, une réaction beaucoup trop importante pour le geste subi.

Si l’arbitre s’est d’abord fait prendre au jeu du Brésilien, la reprise vidéo l’a fait revenir sur sa décision. Rien pour améliorer la réputation de Neymar…

Soulagement

Le jeu de Neymar n’a pas été que négatif. L’attaquant du Paris Saint-Germain a encore une fois montré à quel point il était un technicien magistral, notamment avec cette roulette sombrero qui a complètement berné le défenseur adverse. Il a été engagé dans la majorité des offensives de son équipe, mais plus le match avançait, plus on sentait l’inquiétude et l’impatience l’envahir.

Il aura fallu attendre la septième minute de temps ajouté pour que Neymar marque finalement son premier but du tournoi. Ce but, inscrit après 96 minutes et 49 secondes, était le plus tardif en Coupe du monde en 52 ans. Rassuré? Peut-être pas. Mais soulagé? Assurément.

La pression pèse lourd sur les épaules de Neymar. Le Brésil peut respirer un peu, mais pas pour longtemps. Malgré cette victoire, leur qualification pour le tour suivant n’est toujours pas assurée. Et si les Brésiliens passent en huitièmes de finale, la tâche ne s’annonce pas plus facile puisqu’ils feront face à l’une des deux meilleures équipes du groupe F qui compte notamment l’Allemagne.

Non, Neymar n’a pas fini de souffrir.

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