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Effacer nos mémoires?

Le Français Antoine Griezmann (à gauche) tente de marquer contre l'Australie.

Le Français Antoine Griezmann (à gauche)

Photo : Associated Press / David Vincent

BILLET - La nouveauté de ce début de Mondial, c'est l'assistance vidéo. En plus des quatre juges sur le terrain, il y a des arbitres devant leurs écrans de télévision qui peuvent prévenir l'arbitre de champ, qu'il est justement dans le champ avec une décision litigieuse.

La France, dans son début poussif contre les Australiens, en a bénéficié à deux reprises. La Suède également. Et enfin, le tir de pénalité accordé aux Péruviens.

Il y a quand même deux poids et deux mesures si on veut être juste dans un match de soccer. Il ne faut pas oublier que la décision finale revient à l’arbitre de champ. Si la reprise vidéo est là pour aider l’arbitre dans ses décisions, elle devrait être appliquée de la même manière pour tous.

Vendredi soir lors du duel entre le Portugal et l’Espagne (3-3), beaucoup se sont étonnés de voir le but de Diego Costa être validé malgré un coup du coude flagrant asséné au défenseur portugais Pepe. L’issue du match aurait pu être différente.

Si on part du principe que l’erreur est humaine, pourquoi la technologie devrait-elle s’en mêler?

Évidemment, certains diront que si la reprise vidéo avait existé lors du match de quart de finale de la Coupe du monde de 1986 entre l’Angleterre et l’Argentine, « la main de Dieu » de Maradona aurait été sanctionnée et le résultat final aurait pu être différent (2-1 pour l’Argentine).

La fameuse main de Dieu de Diego Maradona lors du quart de finale de la Coupe du monde de 1986 entre l'Argentine et l'Angleterre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La fameuse main de Dieu de Diego Maradona lors du quart de finale de la Coupe du monde de 1986 entre l'Argentine et l'Angleterre.

Photo : Getty Images

Tout le monde se souviendra également de la qualification de la France pour le Mondial 2010. Le but de William Gallas, consécutif à une passe de la main de l'attaquant français Thierry Henry, sera décisif pour éliminer les Irlandais et se qualifier pour la phase finale sud-africaine.

Le 9 juin 2007, lors du derby ibérique entre le FC Barcelone et l’Espanyol Barcelone, Lionel Messi marquera un but avec la main d'une similitude crasse à celle de Maradona. Malgré les nombreuses contestations des joueurs de l'Espanyol, seul l'arbitre de la rencontre ne semble pas avoir vu cette main décisive et le tour de passe-passe de la Pépite argentine. Des similitudes invraisemblables avec Diego Maradona qui avaient fait couler beaucoup d'encre dans le monde entier, mais qui ne touchaient pas particulièrement Messi.

« Diego était unique. Je ne prétends pas marquer les mêmes buts que lui. Ce sont simplement des choses qui se passent dans le football. »

Sans oublier l’aventure ghanéenne stoppée en quarts de finale de la Coupe du monde 2010. Dans les dernières secondes contre l'Uruguay, Gyan et ses partenaires obtiennent un dernier coup franc. Suarez sautera sur sa ligne pour sauver son équipe par deux fois. De la cuisse d'abord. Des deux mains ensuite. Un carton rouge et plusieurs tirs au but plus tard, la Celeste recevra son billet pour les demi-finales.

Alors que faire contre tous ces vols de l’histoire?

Le débat est lancé, mais ce n’est pas que deux clans qui s’opposent : les conservateurs qui ne veulent pas du progrès d’un côté et, de l’autre, les progressistes du ballon rond qui veulent tout régler avec les nouvelles technologies.

Diego Costa marque son deuxième but du match contre le Portugal.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Diego Costa marque son deuxième but du match contre le Portugal

Photo : Getty Images / JONATHAN NACKSTRAND

Si l'on veut garder une certaine intégrité, une certaine philosophie du soccer, on devrait lui laisser son imperfection. Le soccer ne doit pas devenir une science exacte. Déjà qu’un match est aujourd’hui scruté par des dizaines de caméras, sans oublier les drones qui s’en viennent à grands pas!

L’imperfection du sport, c’est grâce à des décisions humaines litigieuses. L’histoire du soccer est parsemée d’injustices, qui sont devenues légendaires. Loin de vouloir justifier les erreurs de l’homme en noir ou de faire l’éloge de la tricherie, mais je ferais mienne la déclaration de Michel Platini.

Le football est beau, car ce jeu est beau. Pas parce que l’arbitre prend, ou pas, la bonne décision. Le football doit rester humain, joué par des joueurs et arbitré par des hommes.

Michel Platini

Le soccer doit rester un sport humain avec ses émotions, ses drames, ses joies, ses peines et même ses injustices.

L’arbitrage vidéo risque de tuer et d’enlever ces frissons qui s’emparent de nos corps lors d’un but de notre équipe. Fini aussi les frustrations d’un but refusé ou d’un tir de pénalité oublié. Fini les incertitudes de ce sport, on se dirige tout droit vers la perfection absolue, l’absence de suspens.

Les arbitres vidéo auront le sort d’un match entre leurs mains et les joueurs seront passés au scanneur, ce qui ouvrira la porte à toutes les suspicions.

Morte la spontanéité, éliminée l’originalité, terminée la belle action. On ne peut pas dire que « la main de Dieu » n’était pas un spectacle en soi. En tous cas, elle reste gravée dans les mémoires! C’est peut-être cela qu’on veut effacer avec la vidéo : nos mémoires!

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