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Le cauchemar est terminé, mais le Brésil ne s’est pas encore réveillé

Neymar dans les lumières du stade de Rostov
Neymar dans les lumières du stade de Rostov Photo: Getty Images / Kevin C. Cox
Olivier Paradis-Lemieux

Après l'Argentine, l'Allemagne et, dans une moindre mesure, la France, c'est au tour des favoris brésiliens d'avoir offert une performance en demi-teinte à leur premier match en Russie.

Quatre ans après le cauchemar en demi-finales face à l’Allemagne, c’est un Brésil presque entièrement renouvelé qui s’amenait à Rostov-sur-le-Don. Du onze partant qui s’était écroulé 7-1 à Belo Horizonte, il n’y a que Marcelo qui a survécu à la reconstruction (Neymar avait raté l’hécatombe après s’être fissuré une vertèbre en quarts de finale).

Dunga avait succédé à Scolari à la tête de la sélection, mais après deux ans de surplace, c’est Tite qui a relancé la Seleçao, menacée de rater sa qualification pour la première fois de son histoire, en misant sur le collectif plutôt que sur les individualités, à l’image de ce brassard de capitaine qui se promène d’humérus en humérus depuis.

Le Brésil resplendissait de toute la confiance d’une formation qui avait retrouvé de sa superbe et le plaisir de jouer avec une élégante fiche de 17 victoires, 3 nulles et 1 seule défaite depuis l’arrivée de Tite en 2016.

Or, contre la Suisse, la suffisance a remplacé la confiance.

Après une entame relativement inspirée, le but de Philippe Coutinho, plutôt que de donner des ailes à la Seleçao, a plombé son beau jeu.

L’inévitable victoire brésilienne semblait acquise et les passements de jambes ont commencé. Dès qu’un un contre un était possible, les Brésiliens étaient aspirés par la possibilité de réaliser un geste technique. Même l’égalisation suisse n’a pas suffi à relancer les Auriverdes. Seule l’approche du sifflet final aura ramené un sentiment d’urgence et des combinaisons de plus en plus dangereuses. Mais à flotter pendant une heure, le Brésil aura manqué de temps.

Reste que le doute, c’est mieux qu’une déroute.

Neymar et les pourcentages

Le remplaçant de Neymar à Barcelone, Philippe Coutinho, a marqué l’un des beaux buts du tournoi jusqu’à maintenant, d’une superbe frappe enroulée (dont il a le secret) depuis l’extérieur de la surface.

On le reverra souvent d’ici la fin du Mondial.

Du même endroit, Neymar a obtenu une série de coups francs. On ne les reverra plus d’ici la fin du Mondial.

Tite avait prévenu tout le monde : Neymar n’est pas encore à 100 %.

Blessé au pied en février en Ligue des champions, le nouveau Parisien n’a retrouvé la pelouse qu’il y a deux semaines. La technique est toujours aussi resplendissante (sa nouvelle coupe de cheveux aussi), mais ses accélérations n’étaient pas encore d’emblée celles de l’homme de près de 350 millions de dollars (en fonction du taux de change, en euros, c’était 222 millions).

Sauf que contre la Suisse, c’est après avoir été fauché lourdement en deuxième mi-temps, deux fois plutôt qu’une, que Neymar s’est fâché. Le Brésilien a d’abord boîté pendant quelques minutes, laissant présager une nouvelle alerte à ses métatarses, mais il s’est ensuite lancé davantage vers l’avant et a créé ses meilleures chances quand on a cru que Tite reposerait son étoile au pied d’argile.

C’est à moins que moins que 100 % que Neymar a été meilleur, quand il a commencé à s’appuyer sur ses coéquipiers.

La vidéo, quelle vidéo?

Autant sur le but de la Suisse que sur une action contre Gabriel Jesus dans la surface, le Brésil n’a pas trouvé l’aide que d’autres nations ont reçu depuis le début de ce premier Mondial vidéo.

Les Brésiliens ont d’abord crié à l’injustice après la poussette de Steven Zuber. Le Suisse s’est ainsi donné de l’espace avant de projeter le ballon de la tête dans le filet. Y avait-il faute? La question animera les débats pour encore quelques heures, mais le Mexicain César Ramos n’a pas autant attendu. Il a vite fait signe qu’il fallait recommencer à jouer sans que la VAR entre en action.

Puis, Gabriel Jesus s’est laissé choir dans la surface après avoir senti les bras de Manuel Akanji s’enrouler autour de lui. Le Suisse n’a cependant pas fermé la main sur le maillot et les assistants vidéo ont opté pour le silence radio.

La vidéo est restée muette, mais au Brésil, son silence fait déjà écho.

Quant à la Suisse (il faut bien en dire un mot mais tous les projecteurs étaient braqués sur leur adversaire aux cinq étoiles), elle a surtout subi et prouvé sa résilience. Mais en faisant jeu égal avec le Brésil, elle a surtout prouvé qu’elle méritait d’atteindre pour une deuxième fois de suite les huitièmes de finale. La Nati doit maintenant confirmer ce résultat contre la Serbie et le Costa Rica, timides d’entrée. Deuxième et troisième du groupe, le Brésil et la Suisse demeurent favoris pour s’extirper du groupe E.

Quelques réflexions sur Costa Rica 0-1 Serbie...

Kolarov, c’est le patron. Branislav Ivanovic était capitaine de la Serbie depuis 2012. Fidèle soldat pour son pays, il a finalement l’occasion de le représenter en Coupe du monde.

Remarquez le temps de verbe dans la première phrase. Le nouveau sélectionneur Mladen Krstajic, nommé à ce poste après les qualifications, a remplacé Ivanovic par Aleksander Kolarov en mars dernier.

Quelles allaient être les répercussions de ce choix sur le premier match officiel de la Serbie depuis? Les supporteurs serbes n’avaient rien à craindre. Décisif, Kolarov s’est avancé pour crucifier le gardien costaricain Keylor Navas d’un sublime coup franc. Le leadership incarné.

Et Ivanovic continuera d’être une force un peu plus tranquille. Dimanche, il a joué son 104e match avec son équipe nationale, un nouveau record.

Navas, c’est du solide. Keylor Navas a été impuissant devant le coup franc de Kolarov. Du reste, le gardien du Real Madrid a été l’imposante muraille dont le jeu prudent des Costaricains a besoin.

Formidable en face à face, Navas a surtout été en pleine maîtrise de sa surface de réparation derrière la défense à cinq de ses partenaires, qui ont surtout cherché à prendre les Serbes à contre-pied en lançant des attaques rapides.

Il a gagné trois Ligues des champions avec le club madrilène. Et en Espagne, on continue de souhaiter l’arrivée d’un gardien de renom.

Milinkovic-Savic, c’est parti. Dans la victoire, la Serbie n’a rien cassé. Mais elle a au moins réussi à mettre toute la pression sur la Suisse, qui aspire aussi au 2e rang du groupe derrière le Brésil, et elle espérera que le premier match de Sergej Milinkovic-Savic en Coupe du monde sera le vrai point de départ d’une belle carrière internationale.

Longtemps ignoré par l’ancien sélectionneur, Milinkovic-Savic a continué de progresser à la Lazio, à Rome, entre-temps. Krstajic l’a convoqué de nouveau en vue de ce tournoi, et le match de dimanche lui a donné raison.

Milinkovic-Savic s’est montré disponible pour ses partenaires et a servi quelques jolis ballons qui n’ont cependant rien produit de concret. Mais avec un peu plus de réussite devant, la Serbie peut viser la phase éliminatoire.

Par Olivier Tremblay

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