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Coupe du monde en Russie ou comment Poutine utilise le sport comme arme politique

Le reportage d’Alexandra Szacka
Radio-Canada

La Coupe du monde de soccer, le plus grand événement sportif de la planète, commence le jeudi 14 juin dans le stade de Moscou, rénové à grand coût.

Un texte de Robert Frosi

Au-delà du sport, le président Vladimir Poutine veut montrer à la face du monde que la puissante Russie est de retour.

L'essentiel est d'apparaître sur la scène mondiale comme un organisateur hors pair, comme un protecteur des athlètes russes et comme le véritable « coach » de la nation russe. Comme tout président d'un pays hôte du Mondial, Vladimir Poutine a d'abord à cœur d'utiliser l'événement pour manifester la grandeur et la modernité de son pays et de ses villes hôtesses.

Le « retour de la Russie » sur la scène mondiale, tel est l'objectif premier du Mondial.

Dans un contexte où la Russie est en butte à des sanctions diplomatiques et économiques, dans une situation et dans un contexte où le soutien apporté au régime de Bachar Al-Assad est condamné, la Coupe du monde de soccer est un formidable instrument pour infléchir l'image de la Russie.

« Depuis qu'il est arrivé au pouvoir en 2000, Poutine a cherché à redresser le pays par tous les moyens et, notamment, par le moyen sportif, explique Lukas Aubin, chercheur français en géopolitique à l'Université de Nanterre. Pour se faire, il a décidé de mettre en œuvre tous les moyens économiques de la Russie, notamment avec les oligarques des grandes entreprises afin de pouvoir accueillir le plus de grands événements sportifs internationaux de premier plan, comme les Jeux de Sotchi, la Coupe du monde de football bien entendu, mais aussi les Championnats du monde de hockey. »

Aujourd’hui, quand on regarde le bilan, on s'aperçoit qu'entre 2010 et 2018, la Russie est le pays au monde à avoir accueilli le plus grand nombre d'événements sportifs internationaux.

Lukas Aubin

Rapprochement politique

On peut donc parler d’une véritable guerre de l'image que Poutine est en train d'installer. Par exemple, le match d'ouverture de la Coupe du monde symbolise la politique de Poutine au Moyen-Orient. Le coup d'envoi de la compétition mettra en présence la Russie, pays hôte, et l'Arabie saoudite, acteur essentiel dans la guerre en Syrie et dans la guerre au Yémen.

L'intérêt sportif de cette rencontre est moindre, mais l'enjeu politique sera essentiel. Le match mettra en image le rapprochement russo-saoudien en cours des deux États, dont les liens ont longtemps été sous tension.

Le stade Luzhniki à Moscou accueillera des matchs de la Coupe du mondeLe stade Luzhniki à Moscou Photo : Getty Images / Hector Vivas

Aujourd'hui, la donne évolue. Pour ce qui est du pétrole, ils ont aussi réussi à conclure un accord. Et en matière de défense, le déplacement historique du monarque saoudien à Moscou a débouché sur l'achat d'armes russes par le Royaume.

« Par exemple, la cérémonie d'ouverture des JO de Sotchi a été regardée par plus de trois milliards de personnes dans le monde. Ça veut dire que trois milliards de personnes différentes ont vu au moins une minute de cette cérémonie d'ouverture là. En fait, ça permet d'inscrire dans le temps et dans les mémoires des gens, une certaine représentation, une certaine idée de la Russie. Et c'est là tout l'intérêt pour le pouvoir russe d'avoir des événements comme ça, affirme M. Aubin.

Quand on peut réécrire, du coup, l'histoire, quand on peut faire un storytelling (récit) de la Russie, de son passé, de son histoire, de son présent, mais aussi de son futur, l'usage d'un événement sportif n'a pas de prix en réalité.

Lukas Aubin

Mais on peut se demander si le président Poutine va réellement gagner sa bataille de l'image avec tous les scandales qui ont frappé le sport russe. Le scandale de dopage qui a mis la Russie au ban de la société sportive a entaché quelque peu l'image de la grande Russie, chère à Poutine.

Les présidents syrien Bachar Al-Assad et russe Vladimir PoutineLes présidents syrien Bachar Al-Assad et russe Vladimir Poutine Photo : Reuters / Sputnik

« Depuis 2014, la guerre en Ukraine, la prise de la Crimée, mais aussi la guerre en Syrie et, finalement, le ralliement de la Russie à Bachar Al-Assad, l'image de la Russie est très écornée et on peut même finalement se demander aujourd'hui si l'événement sportif international en Russie n'est pas devenu un soft power (pouvoir de négociation) un peu trop lourd pour le pouvoir russe. Et on peut se demander s'il ne serait pas en train de se retourner contre l'État russe actuellement, soutient Lukas Aubin.

« Parce qu’en réalité, Vladimir Poutine passe davantage de temps à essuyer les plâtres qu'à mettre en valeur le pays à travers l'événement sportif. Alors, souvent dans les entrevues, on va parler de dopage, de problème d'attribution et on va peu ou moins parler des beautés et des vertus du pays. »

On sait déjà que plusieurs pays vont pratiquer un boycottage diplomatique de la Coupe du monde en n'envoyant aucun représentant officiel en Russie. Donc, le grand test pour Vladimir Poutine va être de présenter un événement sans bavures, sans débordements et, finalement, gagner la bataille de l'opinion publique en montrant que la Russie sait accueillir le monde et n'est pas le monstre que certains pays dépeignent.

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