•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La Coupe du monde des peuples sans État

Des membres de l'équipe du Tibet à la Coupe du monde des peuples sans État
Des membres de l'équipe du Tibet à la Coupe du monde des peuples sans État Photo: CONIFA
Radio-Canada

Connaissez-vous le Matabeleland, le Pays sicule ou le Somaliland? Et bien, ce sont des peuples sans État. Et aussi incroyable que cela puisse paraître, une Coupe du monde de soccer leur est destinée et se déroule en ce moment à Londres. De quoi s'agit-il au juste?

Un texte de Robert Frosi

L'idée vient de la ConIFA, la Coupe du monde des confédérations des associations de football indépendantes. C'est né en 2013 en plein cœur de la Laponie, en Suède. L'objectif est de permettre à des nations non reconnues et des peuples minoritaires d'obtenir une sorte de caisse de résonance grâce au ballon rond.

Depuis sa création, la ConIFA compte 49 membres issus de tous les continents. Par exemple, en Europe, on retrouve l'Abkhazie, une région séparatiste de la Géorgie, ou le Pays sicule qui est une minorité hongroise de la Roumanie.

En Asie, le Pendjab ou le Tibet. En Amérique, la Cascadie, une région située sur la côte ouest des États-Unis et du Canada, et, en Océanie, le Tuvalu, un archipel polynésien.

En Afrique, trois peuples sont représentés : les Barawas, une diaspora de la région du sud de la Somalie, le Matabeleland, une province de l'ouest du Zimbabwe plus connue pour avoir été le théâtre du massacre des Ndébélés dans les années 1980, et enfin la Kabylie.

Les qualifications continentales représentent pour certains un véritable parcours du combattant.

Les entraînements et les déplacements sont souvent réalisés dans des conditions difficiles. Par exemple, lors de la première édition en 2014, qui se déroulait en Suède, l'équipe du Darfour était essentiellement composée de personnes déplacées par le conflit armé dans la région depuis 2003.

Pour beaucoup, c'était l'occasion de quitter le camp de réfugiés dans lequel ils vivaient à la frontière du Tchad. Pour la petite histoire, 13 d'entre eux ont obtenu l'asile en Suède.

Le club de soccer d'Östersund où se déroulait la compétition verse depuis 1 % de ses revenus mensuels aux joueurs du Darfour restés sur place.

Donc, la seule présence en phase finale de cette Coupe du monde est une victoire en soi, car elle leur permet de parler de leur cause et des difficultés qu'ils rencontrent.

Tout n'est pas toujours aussi simple.

« Il y a beaucoup de joueurs qui ont été retenus et qui n’ont pas pu sortir d’Algérie, dit Ferhat Mehenni, président du gouvernement provisoire de Kabylie, qui est actuellement à Londres. Pourtant, nous avions gardé la liste des joueurs secrète. Il y a eu des fuites, c’est pour cela que nous avons dû faire appel à des Kabyles de la diaspora, il y en a même un qui vient de votre pays, le Canada. »

Des membres de l'équipe du Kurdistan avec des partisansDes membres de l'équipe du Kurdistan avec des partisans Photo : Getty Images / Jonathan Nackstrand

Des organisateurs apolitiques

La ConIFA, qui organise le tournoi, a la vocation d'être plus qu'une simple association sportive. Même si son secrétaire général, l'Allemand Sascha Düerkop, déclare que l'organisation se veut 100 % neutre politiquement, il insiste aussi sur la chance qui doit être donnée à tous d'être représentés dans une compétition internationale.

« Cela conduit les gens à penser et à s'éduquer à propos des pays, des minorités et des régions dont les membres viennent », déclare-t-il.

En plus des rencontres de soccer, il y a aussi des échanges culturels et politiques. Même si certains sujets sont sensibles, certains croient que la diplomatie du sport peut l'emporter sur les diplomaties traditionnelles.

« Absolument, ce tournoi nous permet d’avoir une visibilité internationale. C’est aussi pour nous l’occasion d’expliquer quelle est notre lutte. J’ai déjà donné des conférences à l’Alliance française de Londres et notre calendrier de rencontres est bien chargé », mentionne M. Mehenni.

En guise de match d'ouverture, le Kurdistan a battu le Pays sicule, où vit une grande population de magyarophones. Au-delà des résultats, la rencontre de ces peuples sans État est aussi l'occasion d'échanges mutuels.

« Pour nous, le Somaliland est un exemple et c’est un peuple que nous admirons, soutient Ferhat Mehenni. Imaginez que dans le chaos que vit la Somalie, ils ont réussi à créer un gouvernement, même si ce dernier n’est pas reconnu par les instances internationales. Il y a donc une estime mutuelle, une fraternité qui s’installe avec tous ces peuples sans État représentés dans cette Coupe du monde. Par cette solidarité, nous tissons des liens pour faire pression sur la communauté internationale afin d’obtenir une réelle reconnaissance. »

Ce qui unit toutes ces équipes présentes à Londres, c'est la liberté de jouer au football. Des minutes de liberté qui trouveront une résonance pour les participants et pour ceux qui découvriront leurs réalités.

Soccer

Sports