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Le financement d'À nous le podium essentiel selon Cendrine Browne

La fondeuse Cendrine Browne en action lors d'une montée
La fondeuse québécoise Cendrine Browne aux Jeux olympiques de Pyeongchang. Photo: Getty Images / Quinn Rooney

L'entraîneur de l'équipe nationale de Ski de fond Canada, Louis Bouchard, n'est pas le seul à craindre une diminution du financement d'À nous le podium, la saison prochaine. Habituée à devoir payer pour se mesurer aux meilleures skieuses du monde, Cendrine Browne n'est guère rassurée par les propos de Bouchard.

Un texte d'Olivier Pellerin

« Je trouve ça vraiment dommage parce que ça pénalise la relève, lance-t-elle. C’est sûr qu’on va essayer de travailler fort pour compenser cette grosse perte de sous, mais on a besoin de ces sous pour le développement. Si on veut d’autres Alex Harvey, ça prend de l’argent. »

Lorsqu’on lui parle de la décision possible d’À nous le podium de sabrer dans le budget qui serait accordé à Ski de fond Canada, elle n’y comprend rien.

« C’est sûr que c’est leur philosophie, et je comprends pourquoi ils font ça. Mais de mon point de vue d’athlète, ça devrait plutôt être le contraire. »

La skieuse originaire de Saint-Jérôme prend comme exemple l’équipe norvégienne, la plus décorée aux Jeux olympiques de Pyeongchang avec 14 médailles, dont 7 d’or. Le soutien dont profitent ces athlètes est primordial, mais tout ça a un coût.

« Nous, comme on est une fédération qui a plus de misère, on ne peut pas aller chercher le même soutien que les Norvégiens. En ayant moins de sous, c’est encore plus difficile pour nous d’aller chercher les critères d’À nous le podium parce que pour se rendre là, on a besoin d’argent. C’est comme un cercle vicieux. »

En Corée du Sud, Browne a terminé au 33e rang du skiathlon, son meilleur résultat des JO. Malgré l'excitation entourant sa première participation olympique, elle pensait déjà à d’éventuelles compressions lorsqu’elle a vu Alex Harvey terminer 4e du 50 km en style classique.

Ben oui, c’est sûr qu'on y pense. On est comme : ''Bon, il est arrivé 4e, il n’est pas sur le podium, on va perdre du financement.'' On le sait c’est quoi, on sait ce que ça prend. Et ce qui est plate, c’est qu’il est arrivé au 4e rang aux Olympiques. Ce n’est pas rien. C’est sûr que ce n’est pas la faute d’À nous le podium parce qu’ils ont des critères très stricts, c’est juste vraiment triste parce qu’Alex, c’est tout un athlète.

Cendrine Browne

De retour à l’entraînement depuis peu, la fondeuse de 24 ans a appris qu’elle fera partie de l’équipe nationale à temps plein, une première dans sa jeune carrière. Heureuse de ce nouveau statut, elle croyait pouvoir bénéficier du meilleur encadrement possible avec l’équipe canadienne, mais tout pourrait changer.

« J’essaie de ne pas trop penser à ça. C’est sûr que je suis arrivé à un mauvais moment sur l’équipe. Toutes les grandes skieuses comme Chandra Crawford, Dasha Gaiazova et Perianne Jones ont pris leur retraite et moi je suis tombée dans un creux. »

Ce qu’elle tente d’oublier, c’est à quel point il peut être coûteux d’être une athlète d’élite au Canada.

« Normalement, une saison sur la Coupe du monde, c’est 20 000 $ environ. Mais ça, c’est juste la saison de Coupe du monde », affirme Browne. Elle ajoute qu’avec la voiture, l’hébergement et les traitements nécessaires pour être au sommet de sa forme dans les compétitions, la facture peut grimper jusqu’à 50 000 ou 60 000 $.

Déjà victime d'une réduction budgétaire l’année dernière, l’équipe canadienne a décidé de faire l’impasse sur le premier camp sur neige de la saison en Nouvelle-Zélande. Une décision prise par les membres de l'équipe, qui préfèrent garder les 5000 $ qu'il en aurait coûté pour la prochaine saison de Coupe du monde.

La baisse du financement anticipée par Louis Bouchard pourrait même amputer le calendrier de la prochaine saison, selon Browne.

« Ça se peut qu’on n’aille pas à Ruka, en Finlande, ou à Lillehammer, et qu’on ne fasse que les deux dernières Coupes du monde de la première période du circuit de la Coupe du monde. C’est ma première année à temps plein sur le circuit, mais déjà il y a des coupures. Je ne sais pas ce que je vais pouvoir faire. »

Un peu de flexibilité

Dominick Gauthier connaît bien les rouages du financement du sport au pays. L’ancien skieur et entraîneur de ski acrobatique, aujourd’hui à la tête de l'organisme B2Dix, regrette que l’absence annoncée d’Alex Harvey aux Jeux olympiques de Pékin en 2022 puisse nuire au financement de Ski de fond Canada dans les prochaines années.

« Le système, de la manière dont il est fait, il encourage les fédérations à mentir ou à tricher, d’une certaine façon pour aller chercher du financement. Là, on voit un groupe qui a été honnête en disant qu’il ne pensait pas qu’Alex allait être aux prochains Jeux, et là on se rend compte qu’Alex aurait peut-être été mieux de dire qu’il va aller aux prochains Jeux, mais qu’il va revoir sa décision après chaque année. »

Loin de lancer la pierre à À nous le podium, il aurait aimé un peu plus de flexibilité de l’organisation, qu’il juge trop puissante.

« C’est la faute du mandat qui est peut-être à revoir. Je suis d’accord que Ski de fond Canada se fasse couper un peu cette année, c’est clair, mais il faudrait essayer de couper plus dans les extras. »

Selon Gauthier, les sacrifices qui devront être faits dans les prochaines années seront néfastes pour la jeune génération, qui n’aura plus accès à l’expertise nécessaire pour être compétitive sur la scène internationale.

« Pour ceux qui ont un début de carrière dans l’équipe nationale présentement, qui ont entre 18 et 23 ans, c’est une très mauvaise nouvelle », prétend Gauthier, avant d’ajouter qu’il ne serait « pas surpris si Louis Bouchard finissait ses jours dans un autre pays en tant qu’entraîneur ».

Encore trop tôt

La directrice générale du programme À nous le podium, Anne Merklinger, tenait à calmer le jeu au sujet du financement de Ski de fond Canada.

« Nous n’avons même pas commencé à parler de dollars avec les fédérations. Il reste un long chemin à parcourir avant d’en arriver là. »

Souvent critiquée pour l’intransigeance de ces observations, l’organisation n’a qu’un seul but en tête : investir là où les médailles se gagnent. Une mission qui peut paraître élitiste, mais qui a fait ses preuves ces dernières années, selon Merklinger.

Je reconnais que l’impact de nos recommandations est important. Dans le paysage canadien actuel, les chances de médailles augmentent et dans un plus grand nombre de sports. C’est ce qui rend notre boulot plus complexe parce que l’enveloppe allouée au financement du sport demeure la même.

Anne Merklinger, directrice générale d'À nous le podium

Le budget de Sport Canada pour les années 2015-2016 (dernières données disponibles) s’élevait à 196,78 millions de dollars, pratiquement inchangé depuis 2010-2011 (196,60 millions).

« Lorsque vous discutez avec les organisations sportives nationales, elles reconnaissent toutes qu’une augmentation de leur financement de base aurait un effet bénéfique, mais ce n’est pas de notre ressort. »

Ski de fond Canada devra attendre patiemment avant de connaître le montant à recevoir d'À nous le podium. Un peu plus de deux mois qui serviront à revoir les calculs pour tenter de trouver la recette miracle afin de former une relève capable d’aspirer aux plus grands honneurs, comme a pu le faire Alex Harvey ces dernières années.

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