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chronique

Malgré son statut de recrue, Édouard Julien frappe la longue balle dans la NCAA

Édouard Julien avec les Tigers d'Auburn
Édouard Julien avec les Tigers d'Auburn Photo: Tigers d'Auburn
Martin Leclerc

BILLET - Les baseballeurs québécois recrutés par les plus prestigieux programmes de division I de la NCAA sont extrêmement rares. Et ceux qui parviennent à se distinguer à ce niveau dès leur première saison le sont encore plus. Édouard Julien, un joueur d'avant-champ originaire de Québec, peut se vanter d'avoir réussi ces deux exploits.

Édouard Julien, 19 ans, porte les couleurs des Tigers d’Auburn, une université d’Alabama dont les programmes sportifs jouent dans la très relevée Association Southeast. À une semaine de la fin du calendrier, il figure au 1er rang des recrues sur la scène nationale avec 52 points produits en 48 matchs. Par ailleurs, ses 13 circuits le situent au 3e rang, toujours sur la scène nationale, parmi les joueurs de première année.

Les Phillies de Philadelphie ont repêché Julien au 37e tour l’été dernier parce qu’ils entretenaient peu d’espoir de le convaincre de renoncer à jouer au baseball universitaire pour faire le saut directement chez les professionnels. Maintenant qu’il a choisi le baseball universitaire, il ne sera admissible à nouveau à l’encan amateur qu'en 2020. N’empêche, leur recruteur québécois, Alex Agostino, continue de faire partie de ses plus grands admirateurs.

« J’adore ce jeune homme! Il a du chien, comme on dit chez nous. Il livrait toujours la marchandise avec l’équipe canadienne junior et je ne suis pas surpris des succès qu’il connaît à Auburn. Son nom figurait sur ma liste parce qu’il était clair qu’il allait toujours être capable de bien frapper la balle, peu importe le niveau. Édouard Julien possède un élan vif, sec, et quand il fait contact, la balle émet un son particulier. C’est rare pour un joueur de sa stature », analyse Agostino.

Julien, qui fait 1,85 m et 82 kg (6 pi 1 po et 181 lb), « possède des qualités qui ne s’enseignent pas », affirme Agostino.

« C’est un compétiteur! Quand tu arrives dans la NCAA ou dans le baseball professionnel, tu trouves toujours quelqu’un qui est meilleur que toi. Mais Édouard affiche un niveau de confiance qui semble inné. Il a l’attitude nécessaire pour réussir. »

***

Courtisé, entre autres, par les universités de Georgie, de Pittsburgh, d’Arizona et Arizona State, Édouard Julien dit avoir choisi Auburn après avoir visité le campus et après avoir constaté que cette maison d’enseignement supérieur ne lésinait pas sur les sports.

« Tu arrives et la première chose que tu vois, c’est un stade de football de plus de 80 000 places. Il y a ensuite un amphithéâtre de première classe pour le basket et le stade de baseball est plus gros que le stade Canac, où jouent les Capitales », raconte Julien, qui semble se sentir comme un poisson dans l’eau dans cet environnement.

Durant notre entretien, Alex Agostino a maintes fois insisté sur le fait qu’il est extrêmement rare de voir un joueur de première année se tailler une place au sein de la formation partante d’un programme aussi prestigieux que celui d’Auburn (qui présente une fiche de 35-17 cette saison).

« Ce sont habituellement les gars de 21 ou 22 ans qui jouent. Or, Julien frappe au 4e rang de cet alignement. Ça montre à quel point l’entraîneur lui fait confiance », souligne-t-il.

« Quand je suis arrivé ici, je ne connaissais la réputation de personne. Je n’étais donc pas impressionné, et il n’était pas question que je reste assis sur le banc. Peu importe les lanceurs auxquels j’étais confronté, je voulais faire mes preuves. Je me disais : "Amène-la ta balle, elle va aller loin et tu vas te souvenir de moi" », raconte Julien.

Malgré ses bonnes intentions, il lui a tout de même fallu apporter certains ajustements.

« Tous nos matchs sont télévisés et nos adversaires décortiquent nos présences au bâton pour mieux exploiter nos faiblesses. Les équipes adverses se sont aperçues que j’étais moins friand des courbes et des changements de vitesse. Il y a ensuite eu des séries au cours desquelles, en 15 présences au bâton, je voyais seulement deux balles rapides. À un certain moment, tu te tannes de te faire retirer et tu finis par t’ajuster », dit-il.

Par ailleurs, en défense, le Québécois n’a pas été capable de prendre la place qu’il convoitait. Au deuxième coussin se trouvait un vétéran de quatrième année extrêmement difficile à déloger. Julien a donc passé la saison 2018 dans un rôle de frappeur désigné. Il a continué de peaufiner son jeu défensif à l’entraînement.

N’empêche. Son potentiel et ses performances sont assez impressionnants pour lui valoir une place de deuxième-but au sein de la Cape Cod League cet été, dans l’uniforme des Commodores de Falmouth. Ce circuit estival de la Nouvelle-Angleterre regroupe chaque été les meilleurs espoirs du baseball collégial américain.

« C’est un exploit peu banal, pour un joueur du Québec, de se tailler une place dans cette ligue », renchérit Alex Agostino.

« On dit que si vous êtes capables de vous tirer d’affaire dans la Cape Cod League, vous avez de bonnes chances de sortir assez tôt au repêchage », explique Julien.

***

Pour Édouard Julien, le travail de mise en valeur est cependant déjà commencé puisque les recruteurs du baseball majeur commencent à identifier les meilleurs espoirs deux ou trois ans à l’avance.

« À Auburn, Édouard joue en compagnie du lanceur droitier Casey Mize, qui sera le tout premier joueur sélectionné au prochain repêchage (le lundi 4 juin). Chaque fois que Mize lance, il y a au moins 25 recruteurs dans les gradins. Alors, c’est une vitrine exceptionnelle pour lui », indique Agostino.

« De toute ma vie, peu importe le niveau de baseball, je n’ai jamais côtoyé un joueur aussi dominant que Mize. Il maîtrise cinq lancers, qui ont tous de l’étoffe. Et il lance la balle avec énormément de force (sa rapide atteint les 97 mph). Quand il est au monticule, nous savons qu’il retirera au moins 10 joueurs sur des prises et qu’il n’accordera pas ou peu de points durant huit manches. Peu importe ce qui se passe sur le terrain, Mize n’est jamais impressionné. J’ai beaucoup appris en le regardant lancer », avoue Édouard Julien.

Le parcours d’Édouard Julien est absolument singulier. Même les Québécois qui ont atteint les majeures, comme Éric Gagné, Russell Martin ou Jesen Therrien, n’ont pas brillé sur une telle scène à cette étape de leur apprentissage.

« J’ai très hâte de voir comment Édouard progressera au cours des prochaines années. S’il continue ainsi, il pourrait être recruté pas mal tôt », estime Alex Agostino.

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