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Gravir l'Everest, au péril de sa vie

Un campement népalais, en route vers le sommet de l'Everest.
Un camp de base au Népal Photo: AFP/Getty Images / PRAKASH MATHEMA
Agence France-Presse

Un pilote d'avion, un entrepreneur du bâtiment, un ancien responsable de ventes sur Internet : au camp de base népalais de l'Everest, les aspirants au plus haut sommet du monde se bousculent et n'hésitent pas à prendre des risques pour atteindre leur objectif.

Grimpeurs, sherpas et cuisiniers. Ce sont 1500 personnes qui s'affairent pour la traditionnelle saison de printemps dans ce bivouac rocheux au coeur de l'Himalaya, planté sur la moraine du glacier du Khumbu, à 5364 m d'altitude.

Si seulement un nombre restreint d'expéditions obtenaient autrefois l'autorisation de se lancer à l'assaut du toit du monde, la libéralisation de cette ascension par les autorités népalaises dans les années 1990 a lancé une industrie du trekking.

« Aujourd'hui, les gens peuvent aller sur Internet et acheter l'expédition la moins chère pour la montagne. Pour certains des opérateurs, il n'y a aucun critère d'expérience requis », regrette Guy Cotter, guide sur l'Everest depuis 27 ans.

Ce ne sont pas des alpinistes. Ce sont juste des gens qui veulent revendiquer le prix d'avoir grimpé l'Everest. Ils courent après ce trophée.

Guy Cotter

Le Népal a octroyé ce printemps 346 permis pour l'Everest à des étrangers, légèrement sous le record de 373 l'année dernière. Sur le versant nord chinois, l'Everest étant à cheval sur la frontière entre la Chine et le Népal, 180 personnes ont obtenu le droit de faire l'ascension.

Dans le but d'attirer des clients, certaines sociétés proposent de gravir l'Everest pour à peine 20 000 $ et sont, selon leurs détracteurs, peu exigeantes quant aux capacités physiques.

Une telle somme ne représente qu'une fraction des 70 000 $ que facturent les opérateurs les plus réputés. Ces derniers ont des cordées plus réduites et demandent de leurs candidats d'avoir déjà fait leurs preuves.

Un camp de base de l'EverestUn camp de base de l'Everest Photo : AFP/Getty Images / PRAKASH MATHEMA

Aujourd'hui, de nombreux alpinistes amateurs escomptent parvenir à la cime de 8848 m dès leur première tentative, encouragés par les milliers de personnes qui s'y sont succédé.

Les professionnels craignent que cette « fièvre du sommet » ne pousse les néophytes à prendre des risques dangereux. L'année dernière, six personnes y sont mortes.

« Des gens y sont parvenus avant moi, donc pourquoi est-ce que je ne pourrais pas le faire? », lance Daniel Horne, un Britannique de 33 ans qui a déboursé 70 000 $ et qui a un sommet de 8000 m déjà à son actif.

S'il échouait, réunir à nouveau une telle somme et obtenir le temps nécessaire pour retenter sa chance lui prendrait des années.

« Sauf s'ils me disent de faire demi-tour, je continue. »

Tenzing Norgay, le premier homme à avoir atteint la crête de l'Everest en compagnie du Néo-Zélandais Edmund Hillary en 1953, n'y était parvenu qu'à sa septième tentative.

« Avec assez de détermination, n'importe quel imbécile peut monter cette colline. Le truc est d'en redescendre vivant », aurait dit le légendaire guide Rob Hall, tué sur la montagne en 1996 lors d'une saison historiquement meurtrière.

Cette année-là, un blizzard avait tué huit alpinistes et ouvert le débat sur la face cachée de la démocratisation de l'Everest. Deux célèbres guides qui y avaient péri, Rob Hall et son rival Scott Fisher, ont été accusés à titre posthume d'avoir privilégié l'investissement de leurs clients à leur sécurité.

Ce drame aux circonstances controversées a été raconté de l'intérieur dans le fameux livre Tragédie à l'Everest du journaliste Jon Krakauer, livre ensuite adapté au cinéma.

Un grimpeur apporte un sac vers un camp de base népalais, en route vers le sommet de l'Everest.Un grimpeur népalais Photo : AFP/Getty Images / PRAKASH MATHEMA

Les vétérans de l'Everest craignent que la multiplication des sociétés commerciales, combinée à l'inexpérience, engendre de nouveaux désastres. L'affluence fait que les passages les plus délicats de l'ascension sont parfois encombrés par des files d'attente.

« Je prédis qu'il y aura davantage de victimes sur la montagne jusqu'à ce que les opérateurs mûrissent », avance Russell Brice de l'opérateur Himalayan Experience, en activité depuis 1994.

« Les gens se mettent en danger, car ils n'ont pas appris à l'éviter. C'est de savoir s'adapter à l'extrême altitude, à même posséder des techniques d'escalade », ajoute Guy Cotter.

Sandeep Mansukhan, un pilote de l'air indien, s'est offert une expédition à 30 000 $ et espère réaliser avec l'Everest, sa première ascension majeure.

« Pour les gens qui débutent, qui tentent pour la première fois, pourquoi pas? Quelqu'un doit pouvoir essayer, il faut donner sa chance à tout le monde . »

Le guide Ang Tshering Lama voit lui les choses sous un tout autre angle. Il garde un souvenir amer de l'opération de secours d'un alpiniste et son guide qu'il a dû réaliser l'année dernière, car ils refusaient de rebrousser chemin.

« Vous devez être un vrai alpiniste sur cette montagne », dit-il.

Alpinisme et escalade

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