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chronique

Le Tour d'Italie en Israël : quand le sport transcende la politique

L'équipe cycliste Israel Cycling Academy lors de la présentation officielle du Tour d'Italie, à Jérusalem
L'équipe cycliste Israel Cycling Academy lors de la présentation officielle du Tour d'Italie, à Jérusalem Photo: Getty Images / Luk Benies
Dominick Gauthier

BILLET - Je suis sur le chemin du retour d'Israël où j'ai vécu plusieurs émotions qui m'ont mené à de profondes réflexions.

Le sport est souvent diviseur, mais parfois il est unificateur. Le sport est souvent politique, mais parfois, il ouvre des frontières.

Nous venons de vivre ce que je nommerais d’événement historico-politico-sportif.

Au-delà du sport, ce grand départ du Giro en Israël nous ramène à un des plus grands champions cyclistes de l’histoire, Gino Bartali.

Gino Bartali lors de la 11e étape du Tour de France en 1950, entre Pau et Saint-GaudensGino Bartali lors de la 11e étape du Tour de France en 1950, entre Pau et Saint-Gaudens Photo : Getty Images / STF

Bartali a risqué sa vie afin de sauver des centaines de Juifs durant la Deuxième Guerre mondiale. C’est en insérant de faux documents dans les tubes de son vélo qu’il pouvait se faufiler, durant ses entraînements, à travers les gardes nazis et libérer des centaines et des centaines de Juifs.

Durant ses grandes victoires au Tour de France (1938 et 1948) et au Tour d’Italie (1936, 1937 et 1946), Bartali a même tenu tête à son leader et dictateur Mussolini qui se rangeait derrière le camp allemand. Jamais Bartali n’a salué Benito Mussolini durant ses entrevues comme le voulait la coutume à l’époque.

Les organisateurs du Big Start Israël ont donc tenu à lui rendre hommage et ils ont érigé un monument à sa mémoire tout près de Jérusalem. Plusieurs cyclistes sont venus assister à ce moment haut en émotions qui a permis à tousde comprendre à quel point cette boucle cycliste était aussi une boucle historique qui prenait tout son sens.

Pour une première fois de l’histoire, un grand tour cycliste (France, Italie et Espagne) sortait du territoire européen et, selon moi, ce ne sera pas la dernière.

Le Canadien Sylvan Adam, copropriétaire de l'équipe Israel Cycling AcademyLe Canadien Sylvan Adam, copropriétaire de l'équipe Israel Cycling Academy Photo : Getty Images / Jack Guez

Sylvan Adams est un Québécois qui réside à Tel-Aviv depuis quelques années, c’est lui qui est derrière cette idée. Son objectif était simple : utiliser le sport pour envoyer une carte postale extraordinaire à un milliard de téléspectateurs. Il voulait présenter au monde entier ce qu’il appelle « l’Israël normal ».

Au-delà des paysages à couper le souffle, c’est un peuple israélien des plus accueillants et chaleureux que nous avons découvert. Je ne désire pas m’aventurer à discuter des déchirements religieux et géographiques, mais croyez-moi, Sylvan Adam a réussi son coup de maître en connectant ses deux passions, le vélo et Israël.

Sur le plan sportif maintenant, l’objectif de l’équipe locale Israël Cycling Academy, qui est aussi financé en grande partie par M. Adams, était de profiter de cette vitrine en envoyant son chef de file à l’avant et même de tenter d’aller chercher le maillot de meilleur grimpeur.

Comme si tous ces liens un peu surréels entre le Québec et Israël n’étaient pas suffisants, c’est un petit gars de chez nous, Guillaume Boivin, qui a animé les deuxième et troisième étapes samedi et dimanche.

Guillaume Boivin en échappée lors de la deuxième étape du Tour d'ItalieGuillaume Boivin en échappée lors de la deuxième étape du Tour d'Italie Photo : Getty Images / Luk Benies

Boivin a manqué le maillot de grimpeur de peu dimanche, ses compagnons d’échappée, deux Italiens d’équipes différentes, ont collaboré afin de le garder à distance lors de la dernière montée en sol désertique.

Toutefois, en écoutant les commentateurs sur la chaîne Eurosport parler de Boivin, du Canada et d’Israël Cycling Academy pendant plus de 15 heures de télévision, nous pouvons dire mission accomplie à tous les points de vue.

Alors, je récapitule mon trio historico-politico-sportif…

Sylvan Adams est un Québécois et fils de parents qui ont fui l’Holocauste. Son objectif? Se servir du sport pour démontrer les qualités de son nouveau pays, Israël.

Gino Bartali est un Italien et l'un des plus grands cyclistes de l’histoire. Son objectif? Se servir du sport pour sauver des gens de son pays qui étaient persécutés sans aucune raison valable.

Guillaume Boivin est un Québécois et un de nos meilleurs cyclistes sur route. Son objectif? Se servir du sport pour afficher les couleurs d’Israël devant le peloton et en échange se servir de cet extraordinaire soutien israélien afin de peut-être gagner un jour une médaille pour le Canada.

Bref, quand le sport est politique pour les bonnes raisons, il faut aussi en parler!

Shalom

P.S. : L’histoire de Gino Bartali vous intéresse? Je vous invite à lire le livre Road to Valour, écrit par Aili McConnon, une Canadienne d’origine que j’ai eu la chance de côtoyer durant ce voyage.

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