•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
chronique

L’impeccable plan de carrière de Dominique Ducharme

Dominique Ducharme

Dominique Ducharme

Photo : The Canadian Press / Mark Blinch

Martin Leclerc

Les langues anglaise et française ont chacune leur expression illustrant qu'on peut atteindre deux objectifs en ne faisant qu'un seul geste : « killing two birds with one stone » et « faire d'une pierre, deux coups ».

Ces expressions ne s’appliquent toutefois pas à l’embauche de Dominique Ducharme à titre d’entraîneur adjoint du Canadien. La qualité stratégique de cette décision est telle qu’elle remplira beaucoup plus que deux objectifs.

Ce qu’on sait, c’est que la vie de Dominique Ducharme, l’un des jeunes entraîneurs les mieux cotés et les plus estimés au Canada, a basculé quelque part durant la journée de jeudi. Pendant cette journée, un membre de sa garde rapprochée expliquait à quel point il était important, avant de faire le saut chez les professionnels, de voir à long terme et de s’assurer de ne pas brûler d’étapes.

Sollicité par plusieurs organisations de la LNH depuis l’élimination récente de ses Voltigeurs de Drummondville, l’entraîneur d’Équipe Canada junior s’est retrouvé devant un épineux dilemme : faire directement le saut comme entraîneur-chef dans la Ligue américaine ou choisir un poste d’adjoint dans la LNH.

Après avoir consulté des amis et ex-confrères de la LHJMQ ayant choisi l’une ou l’autre de ces avenues, Ducharme a choisi la LNH.

Jeudi soir, il a prévenu la haute direction des Voltigeurs qu’il n’allait pas pouvoir assister au camp d’évaluation des meilleurs espoirs midget à Boisbriand en fin de semaine. Le président du club junior, Éric Verrier, a alors compris qu’il venait de perdre son entraîneur. Vendredi matin, Ducharme a officiellement prévenu Verrier qu’il venait de choisir l’une des deux options finales s’offrant à lui et qu’il passait chez les pros.

***

Pour la petite histoire, il importe ici de souligner que Ducharme a fait ses débuts dans la LHJMQ à titre d’adjoint à Pascal Vincent avec le Junior de Montréal en 2008. Les deux hommes sont depuis liés comme les doigts de la main. Incidemment, Joël Bouchard, de l’Armada de Blainville-Boisbriand, a aussi fait ses débuts à titre d’adjoint au sein de la même équipe d’entraîneurs, à la même époque.

En 2011, Vincent a quitté la LHJMQ sans tambour ni trompette pour devenir entraîneur adjoint avec les Jets de Winnipeg. D’abord auprès de Claude Noël, ensuite aux côtés de Paul Maurice, qui s’est avéré pour le Lavallois un véritable mentor.

Après s’être familiarisé pendant cinq saisons avec les rouages de la LNH (où il n’avait jamais joué), Pascal Vincent est devenu en 2016-2017 l’entraîneur-chef du club-école des Jets, le Moose du Manitoba. Et cette saison, Vincent a été proclamé l’entraîneur par excellence de la Ligue américaine. N’ayant sauté aucune étape, il est désormais un entraîneur accompli et les portes de la LNH sont sur le point de s’ouvrir à lui.

En trois paragraphes, vous venez de lire l’impeccable plan de carrière de Dominique Ducharme.

***

Lors de sa première rencontre avec les journalistes affectés à la couverture du CH, Ducharme a expliqué vendredi qu’il était important pour lui de se familiariser avec les us et coutumes, le rythme de vie et la rigueur du calendrier d’une équipe de la LNH.

« J’avais d’autres options, mais je voulais un environnement où j’aurais un impact et où je pourrais progresser en tant qu’entraîneur », a-t-il expliqué.

Dans la journée, l’un de ses plus proches conseillers tenait exactement le même discours. « Lorsqu’un jeune entraîneur est sollicité par une organisation, il est important qu’il se demande quel genre d’équipe il dirigera. Mais par-dessus tout, il est important qu’il se demande comment il sera encadré. Est-ce qu’il aura un mentor qui l’aidera à grandir et à devenir meilleur? »

Ce mentor sera Claude Julien. Les affinités entre les deux hommes ont instantanément surgi, selon Ducharme.

Depuis ce point de presse, nombre d’observateurs ont souligné le cran de Julien, qui accueille ainsi, à bras ouverts, un jeune entraîneur susceptible de lui succéder d’ici quelques années.

Pourtant, s’entourer d’adjoints forts et compétents est le propre des meilleurs entraîneurs. Mike Babcock, à titre d’exemple, s’est toujours fait un point d’honneur de sélectionner comme adjoints des entraîneurs ayant pour objectif de devenir entraîneurs-chefs. Au moins quatre d’entre eux (Paul McLean, Bill Peters, Todd McLellan et Jeff Blashill) le sont d’ailleurs devenus.

Plus près de nous, il y a quelques années, beaucoup de gens s’étaient étonnés que Michel Therrien ait lui-même recommandé à Marc Bergevin de rapatrier Kirk Muller à Montréal à titre d’adjoint. Ex-capitaine du Tricolore, Muller venait à peine de se faire remercier comme entraîneur-chef des Hurricanes de la Caroline.

***

Stratégiquement, l’embauche de Ducharme s’avère donc une espèce de coup de maître. Ça vaut la peine de le souligner, car ils n’ont pas été nombreux au cours de la dernière année.

D’abord, pour la première fois depuis près d’une décennie, le CH mise résolument sur un jeune entraîneur susceptible de prendre les commandes du grand club. En février 2017, au moment de congédier Therrien, ce manque de vision avait coûté la bagatelle de 25 millions à l’organisation.

Forcé de dénicher un entraîneur francophone sans préavis, Marc Bergevin avait dû se tourner vers Claude Julien, qui jouissait d’un inestimable rapport de force.

Ensuite, le Canadien insère dans son groupe un entraîneur qui a veillé au développement de plusieurs jeunes vedettes de la LNH, dont Nathan MacKinnon, Nikolaj Ehlers, Timo Meier et surtout, Jonathan Drouin. En fait, Drouin n’a jamais aussi bien joué au hockey que sous les ordres de Ducharme, dans l'uniforme des Mooseheads d'Halifax. L’attaquant et le nouvel entraîneur adjoint ont tissé ensemble une relation amicale qui a traversé les années. Encore la saison dernière, ils communiquaient ensemble assez fréquemment.

Enfin, alors que l’organisation est aux prises avec un épineux problème de crédibilité en matière de recrutement, le Bleu-blanc-rouge met la main sur un entraîneur qui dirigeait la saison dernière l’équipe de la LHJMQ regroupant le plus grand nombre d’espoirs québécois de qualité en vue du prochain repêchage.

À la veille du repêchage le plus important de l’histoire de l’administration de Marc Bergevin (et sans doute des 15 ou 20 dernières années), le Canadien met la main sur un évaluateur de talent hors pair qui connaît les meilleurs espoirs de la LHJMQ, du reste du pays (en raison de son rôle d’entraîneur en chef d’ECJ) ainsi que les meilleurs jeunes joueurs sur la scène internationale.

Ce n’est pas rien. Et ce n’est sans doute pas terminé.

***

Au cours des derniers jours, plusieurs observateurs ont noté que le Rocket de Laval avait mis sous contrat un attaquant des Voltigeurs de Drummondville et ex-joueur de l’Armada de Blainville-Boisbriand, Morgan Adams-Moisan.

Outre Adams-Moisan, le club-école a aussi embauché un joueur de l’Armada, l’attaquant Alexandre Alain, et un ex-joueur de l’Armada, le défenseur TJ Melançon.

Juste comme ça, de l’extérieur, on jurerait que Joël Bouchard et Ducharme collaboraient avec le club-école du CH pour l’aider à regarnir sa banque d’espoirs québécois et, surtout, pour y amorcer un changement de culture.

Bien que d’autres candidats très compétents soient sur les rangs, ne vous surprenez donc pas si, quelques jours après la fin du parcours éliminatoire de l’Armada de Blainville-Boisbriand, le Canadien faisait d’une pierre, sept coups, en ajoutant Joël Bouchard à son tableau de chasse.

Vos commentaires

Veuillez noter que Radio-Canada ne cautionne pas les opinions exprimées. Vos commentaires seront modérés, et publiés s’ils respectent la nétiquette. Bonne discussion !

Hockey

Sports