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Le déclic : magie ou conditionnement?

Les Golden Knights de Vegas célèbrent leur balayage contre les Kings de Los Angeles.
Les Golden Knights de Vegas célèbrent leur balayage contre les Kings de Los Angeles. Photo: Associated Press / Alex Gallardo
Guy D'Aoust

BILLET - Je vous parle de sport aujourd'hui et surtout de hockey. Mais je vous parle un peu de magie aussi. Cette inexplicable magie qui vous a peut-être touché un jour si vous faites ou avez fait du sport.

Ce sont les Golden Knights de Vegas et particulièrement William Karlsson qui m’inspirent cette réflexion. Il s’est produit chez eux, cette saison, une sorte de déclic qui, contre toute attente, les a transformés en champions.

Comment ça se fait?

J’évoquerai Guy Lafleur, José Théodore et quelques autres, dont vous!. Mais commençons par William Karlsson, modeste attaquant laissé sans protection par Columbus au repêchage d’expansion.

Sa production de 18 buts en 183 matchs (un but par tranche de 10 matchs/moyenne de huit par saison) le destinait à une brillante carrière d’ailier de troisième ou de quatrième trio, carrière entrecoupée de voyages en autobus et de séjours dans la Ligue américaine.

Mais voilà qu’il en marque 43 avec les Knights de Vegas. Que s'est-il passé?

Confiance

La façon dont Gerard Gallant l’a utilisé a joué pour beaucoup. Karlsson joue plus que par le passé. Il s’est bâti une confiance.

Cette confiance en soi est un élément essentiel qu’on retrouve invariablement chez ceux qui, tout à coup, vivent ce que j’appellerai « le déclic ».

Mais avant d’aller plus loin, j’insiste sur un fait : la recette du temps d’utilisation (et des meilleurs compagnons de trio) échoue bien plus souvent qu’elle ne fonctionne. Sinon, la LNH croulerait sous les marqueurs de 40 buts.

William Karlsson, des Golden Knights de Vegas, célèbre son but contre l'Avalanche du Colorado, le 26 mars 2018.William Karlsson, des Golden Knights de Vegas, fait partie des finalistes pour le Lady Byng. Photo : Associated Press / John Locher

Rappelez-vous Lafleur

Guy Lafleur était promis à un brillant avenir. Ça le distingue déjà considérablement de Karlsson, mais suivez-moi quand même.

Premier choix du Canadien en 1971, Lafleur a passé trois saisons à vivoter dans des productions de 20-25 buts. En 1974-1975, il a retiré son casque protecteur, laissé flotter ses blonds cheveux et sa production a grimpé de 21 à 53 buts. Boum!

On peut parler de maturité dans son cas. Son développement morphologique, la confiance et son utilisation ont favorisé une sorte de concordance qui a contribué à maximiser ses aptitudes. Mais entre 21 et 53, il y a tout de même eu un déclic. Il n’est pas passé par 30, 35 ou 40 buts. Ça s’est fait d’un coup. Et à l’inverse, la décroissance est presque venue de la même manière quand il a pris de l’âge.

José Théodore

Prenons un autre exemple. L’éclosion de Lafleur arrivait en prémices à une brillante carrière.

Pour José Théodore, cet éclat, cette explosion, a culminé en une saison. C’est vrai qu’au bout du compte, il aura été un bon gardien. Rien pour entrer au Temple de la renommée, mais un bon gardien. Cependant, rappelez-vous de 2001-2002. Cette année-là, il a enlevé les trophées Hart, Vézina et Roger Crozier.

Le temps d’une saison, Théodore a été le meilleur gardien de la planète. Il arrêtait tout!

Encore aujourd’hui, on regarde des reprises de ses performances et ça coupe le souffle. On a l’impression qu’il commençait à bouger vers la rondelle avant même que l’attaquant n’ait décoché son tir. On appelle ça de l’anticipation, je sais. Mais dans l’ensemble de son jeu, pendant une saison, Théodore était dans une zone à laquelle il n’a plus jamais aspiré.

Il y a eu comme un déclic dans un sens… et puis dans l’autre.

Et vous?

Je ne vais pas vous asséner tous les Jonathan Cheechoo de la terre. Je vais plutôt utiliser un exemple que vous connaissez bien : vous.

Vous êtes golfeur? Bon ou mauvais, ça n’a pas d’importance. Je vous demande seulement de vous rappeler cette journée où tout fonctionnait parfaitement. Pas votre trou d’un coup, là! Ni la fois où la balle frappée trop fort a atteint la tige avant de tomber dans la coupe. Non, non! Ça, c’est de la chance!

Rappelez-vous cette journée où tout coulait de source. Vous saviez que la balle irait exactement où vous vouliez en la frappant. Et même avant. Cette journée-là, tout coup roulé de moins de 30 pieds était presque une formalité. Comme un état second. Presque une transe.

C’était peut-être une demi-journée seulement. Le genre de jour où on remet une carte de 54 pour le premier neuf et de 35 pour le deuxième…

Vous vous souvenez aussi que le lendemain, vous avez envoyé trois balles dans le bois et raté deux roulés de trois pieds (vous avez peut-être lancé votre sac dans l’étang aussi… mais on s’éloigne de notre propos).

C’était le Déclic. Avec un grand D et un petit clic. Tout concordait : confiance, projection, évaluation, visualisation, exécution. Touttt! Avec trois t.

On aura beau chercher des explications, ce déclic-là tient un peu, de la magie.

Les Golden Knights célèbrent un but devant leurs partisans.Les Golden Knights célèbrent un but devant leurs partisans. Photo : Ligue national de hockey (LNH)

Les Knights

C’est déjà un peu confondant quand ça se produit pour un individu. Mais quand ça touche une équipe entière, c’est presque ésotérique.

Sur de courtes périodes, à l’intérieur d’un match, on verra une équipe dominer l’autre et se faire dominer ensuite. Ce sont les mêmes joueurs, pourtant. On parle ici de « momentum ». Mais sur toute une saison?

Les Knights ont cliqué, pour ainsi dire. Un rassemblement d’individus sous-évalués, l’union d’ingrédients disparates qui, une fois mélangés ont donné et donnent encore un résultat aussi spectaculaire qu’étonnant.

J’allais écrire : expliquez-moi! Mais en conclusion, je préfère ne pas savoir. Parce qu’après tout, la magie, c’est très bien aussi.

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