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chronique

Les séries broche à foin de la Coupe Stanley

Filip Forsberg est félicité par ses coéquipiers des Predators de Nashville
Filip Forsberg des Predators de Nashville Photo: The Associated Press / Mark Humphrey
Martin Leclerc

BILLET - La preuve est maintenant faite. La version actuelle du système éliminatoire de la LNH, adoptée il y a cinq ans, est illogique, inéquitable et donc mauvaise.

Imaginez le tollé (et le ridicule de la situation) si, lors de la composition du tableau de Wimbledon, on apprenait que Roger Federer était forcé de se frotter aux trois autres meilleurs joueurs de la planète, Rafael Nadal, Alexander Zverev et Marin Cilic, avant d’atteindre l’étape des quarts de finale! En même temps, de l’autre côté du tableau, imaginez si le 15e joueur mondial avait la possibilité de se faufiler dans le carré d’as en affrontant uniquement des adversaires exclus du top 10...

Dans un tel contexte, le trophée emblématique de l'All England Lawn Tennis and Croquet Club aurait-il la même valeur?

Roger Federer à WimbledonRoger Federer Photo : Getty Images / Tom Jenkins

Eh bien, c’est un peu ce que la LNH nous offre depuis 2014, au moment où on a abandonné le tableau éliminatoire basé sur le classement de chaque association (1er contre 8e, 2e contre 7e, 3e contre 6e, etc.). Désormais, pour plaire aux télédiffuseurs, on mise sur les rivalités régionales (une vieille formule datant des divisions Adams, Norris et compagnie) et on oblige les clubs à affronter les adversaires de leur division avant de passer à l’étape suivante.

Depuis trois ans surtout, les résultats de cette formule s’avèrent extrêmement injustes pour les meilleures équipes de la LNH, qui se battent pendant 82 matchs pour sécuriser une position avantageuse au classement.

Dès que les séries commencent, ledit classement perd toute sa valeur. Et, incroyablement, les équipes bouclant la saison au 5e ou 6e rang de leur division héritent de parcours éliminatoires plus avantageux que les clubs ayant sué sang et eau pour s’emparer des deux premières places.

***

Le tournoi éliminatoire de cette année illustre parfaitement cet illogisme.

Même si nous n’en sommes qu’au deuxième tour, les deux meilleures équipes de l’Ouest, aussi les deux meilleures de la LNH, les Predators de Nashville et les Jets de Winnipeg, croisent déjà le fer l’une contre l’autre. Pendant ce temps, les Golden Knights de Vegas (détenteurs du 3e rang dans l’Ouest) vont se frotter aux détenteurs du 6e rang, les Sharks de San José!

Tant pour Vegas que pour San José, il s’agit d’un considérable avantage.

Mikhail Sergachev célèbre son but avec d'autres joueurs du Lightning.Mikhail Sergachev célèbre son but. Photo : Associated Press / Chris O'Meara

Dans l’Est, même situation : pendant que les deux meilleures équipes de l’Est (le Lightning de Tampa Bay et les Bruins de Boston) vont s’entre-dévorer, les Penguins de Pittsburgh (5es) et les Capitals de Washington (3es) joueront l’un contre l’autre.

Depuis trois ans, ça fait cinq fois que des équipes de première et deuxième place s’éliminent entre elles au deuxième tour éliminatoire. Des directeurs généraux ayant bâti des formations extrêmement compétitives se font alors blâmer d’avoir échoué à la tâche.

De l’autre côté de la lorgnette, selon ce système, des clubs qualifiés de peine et misère voient miraculeusement les eaux s’ouvrir devant eux et se tapent de longs parcours éliminatoires.

L’an dernier, par exemple, les Sénateurs d’Ottawa (6es) ont affronté les Bruins de Boston (7es) au premier tour. Au suivant, les Sens se sont ensuite retrouvés contre une équipe de 5e place, les Rangers de New York. Pendant ce temps, les Penguins de Pittsburgh (2es dans l’Est) amorçaient la défense de leur titre en affrontant Columbus (3es) et Washington (1ers).

Les joueurs et le personnel des Penguins de Pittsburgh prennent une photo avec la coupe Stanley.Les joueurs et le personnel des Penguins de Pittsburgh prennent une photo avec la coupe Stanley. Photo : Getty Images / Bruce Bennett

Dans ces conditions, on pourrait aussi bien tirer le tableau éliminatoire au hasard. D’un point de vue sportif, le système actuel n’a pour seule valeur que sa convenance pour la télévision. On comprend très bien qu’un diffuseur californien ait plus envie de diffuser chaque année des confrontations éliminatoires opposant les Kings, les Ducks et les Sharks que de préserver la légitimité du parcours éliminatoire.

Mais est-ce que l’argent de la télé doit dicter jusqu’à l’allure des séries de la Coupe Stanley?

Dans deux semaines, deux des quatre équipes aspirant légitimement au titre seront éliminées. Tenez-vous bien, parce qu’elles ont trop bien joué durant le calendrier et que le système actuel des séries pénalise l’excellence.

On croit rêver!

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