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Seattle impatiente d'accueillir la LNH

Le reportage d’Antoine Deshaies
Radio-Canada

SEATTLE - Comment la ville de Seattle, qui ne compte pas la moindre patinoire sur son territoire, a-t-elle pu devancer Québec aux yeux des dirigeants de la Ligue nationale de hockey? À moins d'un revirement de situation, la ville côtière américaine obtiendra la 32e équipe de la LNH grâce à une expansion.

Un texte d’Antoine Deshaies

Geoff Baker, journaliste d’enquêtes sportives au Seattle Times, a déjà réservé ses billets d’avion pour la réunion des gouverneurs de la LNH en juin. Il est à ce point convaincu que Seattle obtiendra son équipe à ce moment.

« Il y a trop d’indicateurs au vert pour que ça ne soit pas confirmé dès le mois de juin », explique Baker.

John Barr, grand amateur de hockey et fondateur du site d’informations NHL to Seattle, cache mal son enthousiasme malgré sa prudence.

Je suis optimiste, mais je célébrerai seulement quand l’équipe disputera son premier match. Et ne me demandez pas de suggérer un nom pour l’instant. Ce jeu pourrait porter malchance.

John Barr, ingénieur en informatique

Il est vrai que Seattle, une agglomération de 3,5 millions d’habitants, fait saliver la LNH depuis un certain temps. L’économie florissante classe la ville au deuxième rang pour la croissance économique aux États-Unis.

Les grues sont nombreuses dans le ciel de la ville qui accueille plusieurs sièges sociaux de grandes multinationales. Boeing et Microsoft y sont installées depuis plusieurs années. Au centre-ville, à quelques minutes du Key Arena, l’empire Amazon étend ses tentacules et construit même de nouveaux gratte-ciel.

À lui seul, le géant du commerce en ligne emploie 40 000 personnes à Seattle.

« Amazon continue d’embaucher des travailleurs et plusieurs entreprises de haute technologie s’installent au centre-ville, explique Justin Marlowe, professeur en finances publiques à l’Université de Washington. L’économie de Seattle va continuer de croître et le contexte est idéal pour accueillir une équipe de la LNH. »

Seattle regorge d’emplois payants qui, de surcroît, sont souvent occupés par des travailleurs venus d’autres régions du pays ou du monde. Des régions où le hockey est très populaire.

L’argent coule à flots. La ligue veut s’abreuver de cette source encore inexploitée.

Le territoire télévisuel de l’équipe s’étendra sur cinq États américains. Ce sera le plus gros marché de télé pour la ligue à l’exception de Los Angeles et New York. L’équipe la plus proche, à Vancouver, n’est même pas dans le même pays. C’est une situation parfaite pour Seattle.

Geoff Baker

Le Key Arena : le dernier morceau du casse-tête tombe en place

La candidature de Seattle pour une expansion est devenue incontournable en décembre 2017 quand la Ville et le Group Oak View ont conclu une entente de principe pour la rénovation du Key Arena, bâti en 1962.

Le groupe, financé par le producteur hollywoodien Jerry Bruckheimer et le milliardaire David Bonderman, s’engage à rénover l’aréna au coût de 600 millions de dollars américains en échange d’un bail de 39 ans, renouvelable jusqu’à 55 ans. Les travaux doivent être menés à terme pour la saison 2020-2021.

Les trois hommes tiennent un bâton de hockey à l'horizontal. Les actionnaires du groupe Oak View Jerry Bruckheimer et David Bonderman en compagnie du chef de la direction Tod Leiweke Photo : La Presse canadienne / Elaine Thompson

La Ville demeure donc propriétaire du bâtiment et du terrain. À Québec, la construction du Centre Vidéotron a été payée entièrement par la ville et la province.

« Les contribuables de Seattle refusent depuis une vingtaine d’années le modèle de financement public du sport professionnel, analyse Justin Marlowe. Cela dit, la Ville contribuera à sa façon. Les taxes générées par les activités de l'aréna seront réinvesties dans sa gestion et son entretien. Ça passe mieux parce que ce sont des taxes que la Ville n’aurait pas perçues sans entente. »

La Ville fait ainsi d’une pierre deux coups. Elle facilite la venue d’une équipe de la LNH à Seattle et revigore un bâtiment et un secteur sous-utilisé.

Depuis le départ de la NBA et des Supersonics, en 2008, le Key Arena ne présente que des concerts et des matchs de basketball de l’équipe professionnelle féminine de Seattle.

Le chef de la direction d’Oak View, Tim Leiweke, est l’ancien président de Maple Leafs Sports and Entertainment, propriétaire des Maple Leafs, des Raptors et du Toronto FC.

Leiweke et ses partenaires ont déposé une demande officielle à la LNH pour obtenir une équipe d’expansion en février. En mars, lors d’une prévente d’abonnements, 33 000 billets ont trouvé preneurs. Les 10 00 premiers en 12 minutes à peine.

En comparaison, à Las Vegas en 2016, 9000 billets avaient été réservés en un mois. Le message envoyé à la ligue est sans appel.

Un marché de hockey à défricher

L’argent est là, c’est clair. L’intérêt réel du public était moins tangible jusqu’au tour de force de la prévente des billets.

Bien sûr, les Metropolitans Seattle ont été la première équipe américaine à remporter la Coupe Stanley en 1917, contre le Canadien de Montréal d’ailleurs, mais Seattle et hockey professionnel ne riment pas nécessairement.

Pour l’instant, la région compte deux équipes de hockey junior majeur : les Silvertips d’Everett, au nord, et les Thunderbirds à Kent, au sud.

Le directeur général des Thunderbirds de Seattle, Russ Farwell, estime que la LNH peut obtenir du succès dans la région.

« Seattle est la dernière grande ville américaine à se tourner vers le hockey, explique l’ancien directeur général des Flyers de Philadelphie, à l’époque d’Eric Lindros. Il n’y a pas de raison que ça ne fonctionne pas. La LNH veut s’implanter ici depuis un moment et la rivalité sera naturelle avec Vancouver à deux heures de route au nord. »

Le début d'un match des Thunderbirds de Seattle en 2018Les Thuderbirds de Seattle Photo : The Associated Press / Ted S. Warren

Farwell admet que son équipe perdra sans doute quelques amateurs qui feront le saut dans la grande ligue, mais il ne s’inquiète pas outre mesure. La congestion routière importante à affronter pour se rendre à Seattle et le prix des billets devraient tempérer les ardeurs de certains.

« Il y aura deux groupes de partisans, précise Farwell. Pour le prix de deux billets et le stationnement au match de la LNH, les amateurs peuvent avoir des abonnements de saison ici. On devra simplement adapter notre approche marketing. »

Il n’y a qu’une demi-douzaine d’arénas dispersés dans les banlieues de la ville. Ils affichent complet selon Jamie Huscroft, ancien joueur de la LNH et gestionnaire de deux patinoires.

« Si la LNH s’installe, c’est évident que le nombre d’arénas va augmenter et va inciter les jeunes à pratiquer le hockey, dit-il. Mais les terrains sont rares et très dispendieux dans la région. Ça explique, en partie, leur nombre limité. Mais nos glaces sont utilisées de 6 h à minuit tous les jours. »

Et la NBA dans tout ça?

Plusieurs estiment que le groupe Oak View veut aussi ramener du basketball de la NBA. Il suffit d’être patient parce que les liens sont déjà très forts.

« Tim Leiweke est un ami de longue date du commissaire de la NBA Adam Silver, rappelle le journaliste Geoff Baker. David Bonderman, lui, est déjà actionnaire minoritaire des Celtics de Boston. Dans un monde idéal, ça pourrait se faire deux ou trois ans après l’arrivée de la LNH. »

Nick Collison marque un panier pour les Supersonics.Match de la NBA entre Seattle et Dallas en 2008 Photo : The Associated Press / John Froschauer

Si Seattle héberge un jour la LNH et la NBA, le dollar loisir sera sollicité par cinq équipes professionnelles, six si l’on inclut l’équipe de football de l’Université de Washington.

Il y a déjà les Seahawks dans la NFL, les Mariners au baseball et les Sounders au soccer. C’est beaucoup.

Je pense qu’il y a de la place pour toutes ces équipes. Il y a beaucoup de gens avec beaucoup d’argent à dépenser à Seattle.

Justin Marlowe, professeur

Le journaliste Geoff Baker a toutefois quelques réserves.

« Ce ne serait pas du tout cuit (slam dunk), dit-il de façon imagée. L’économie roule à plein régime en ce moment, mais tout ça est cyclique. Pour l’instant, ça fonctionnerait, mais c’est difficile de prédire à long terme. N’oublions pas que toutes les équipes d’expansion n’obtiennent pas le même succès au départ que les Golden Knights de Vegas. »

Pour l’instant, Seattle n’en est pas là. Une étape à la fois.

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