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Comme pour l'athlétisme, la Russie aurait infiltré l'Union internationale de biathlon

Anders Besseberg
Anders Besseberg Photo: The Associated Press / Lee Jin-man
Radio-Canada

Le président de l'Union internationale de biathlon (IBU), le Norvégien Anders Besseberg, et sa secrétaire générale, l'Allemande Nicole Resch, sont visés par une enquête pour avoir accepté des pots-de-vin de la Russie afin de camoufler des cas de dopage.

Le quotidien français Le Monde a révélé mercredi, après avoir obtenu un rapport confidentiel de l'Agence mondiale antidopage (AMA), comment la Russie a corrompu les dirigeants de l'IBU afin de protéger ses intérêts et ses sportifs.

L'IBU a tout fait « pour qu'aucune procédure ne soit ouverte contre des Russes », écrit Le Monde.

« Le but premier de la corruption est de protéger les athlètes russes dopés », explique l'AMA dans son rapport publié à la fin de 2017, selon le quotidien français.

C'est le lanceur d'alertes Grigori Rodchenkov, directeur du laboratoire antidopage aux JO de Sotchi et grand responsable de la mise en lumière du scandale de dopage russe, qui a indiqué à l'AMA les liens unissant l'IBU à la Russie. Selon le rapport de l'AMA, la Russie aurait infiltré l'IBU depuis plusieurs années selon un schéma similaire à celui de l’athlétisme.

Contactée par l'AFP, l'AMA a confirmé avoir mené « une enquête sur les activités de l'IBU » et avoir pris contact « avec les polices autrichiennes et norvégiennes, tout comme Interpol ». L'AMA estime que Besseberg et Resch ont été ciblés « avec succès » par la Russie.

Selon le rapport de 16 pages, le chef de mission de la Russie pour les Jeux olympiques de Sotchi, Alexander Kravtsov, aurait versé quelques centaines de milliers de dollars à Anders Besseberg. Kravtsov aurait d'ailleurs déclaré qu'une valise peut contenir jusqu'à 400 000 $.

Le Guellec pas surpris

L'ancien biathlonien canadien Jean-Philippe Le Guellec s'est dit profondément attristé en apprenant cette nouvelle.

Malheureusement, ce n’est pas vraiment la surprise. Depuis l’éclosion, à la suite du rapport McLaren, la position de l’IBU a été assez ouverte envers les Russes. Ils ont d’ailleurs sanctionné un événement international cette année en Coupe du monde, alors que Biathlon Canada, entre autres, a boycotté l’événement, compte tenu de la non-reconnaissance, par les Russes du code antidopage.

Jean-Philippe Le Guellec

L'AMA prend pour exemple trois faits pour mettre en avant « l'efficacité de la stratégie » : le soutien inaltérable de M. Besseberg aux intérêts russes, la gestion suspecte des obligations du passeport biologique par Mme Resch et l'attribution initiale des Championnats du monde de 2021 à la Russie.

L'IBU avait initialement attribué ces mondiaux de 2021 à Tioumen en Sibérie, en septembre 2016, alors que le scandale de dopage institutionnalisé dans le sport russe entre 2011 et 2015 avait déjà été révélé.

« Selon l'informateur anonyme de l'AMA, la Fédération russe avait proposé entre 25 000 (39 000 $ CA) et 100 000 euros (155 000 $ CA) à des membres du congrès », ajoute Le Monde. Face à des candidatures slovène et tchèque, Tioumen avait remporté le vote, avec 25 voix sur les 49 électeurs présents.

« C’est facile de passer du blanc au noir et de montrer du doigt, soutient Le Guellec. Il y a des réalités financières derrière ça qui font en sorte que c’est très alléchant d’avoir le support des Russes. C’est quelque chose dont on parle, entre athlètes, depuis longtemps. Le biathlon c’est le sport numéro un à la télévision en Europe pendant l’hiver, en tout cas, ç’a l’a été pendant plusieurs années. Qu’on le veuille ou non, l’argent doit provenir de quelque part. C’est extrêmement malheureux. »

Sous la pression, notamment de l'AMA, l'IBU a finalement retiré l'organisation des mondiaux 2021 à la Russie. D'ailleurs, la dernière Coupe du monde de la saison 2017-2018 se tenait à Tioumen, et certaines nations avaient décidé d'y faire l'impasse, dont le Canada, les États-Unis et l'Ukraine, pour protester contre la mollesse des sanctions.

L'IBU a régulièrement été mise en cause pour son laxisme présumé en matière de lutte contre le dopage.

Au cours de sa carrière en Coupe du monde, qui s'est échelonnée de 2005 à 2014, Le Guellec et ses contemporains avaient des soupçons quant aux manigances de la Russie.

On s’en doutait certainement, il y avait beaucoup de rumeurs qui circulaient. Il y a des entraîneurs, des administrateurs et des bénévoles qui gravitaient autour de la scène internationale du biathlon, c’était connu, et qui étaient d’anciens agents du KGB. On remonte plus au début des années 2000. Les influences russes ont toujours été connues sans pouvoir les prouver.

Jean-Philippe Le Guellec

L'instance internationale collabore

L'IBU a souligné prendre le dossier « extrêmement au sérieux » et « coopérer pleinement » avec l'enquête. Mme Resch, 42 ans, a été suspendue de ses fonctions à sa demande, a-t-il été ajouté.

L'IBU, qui n'a cependant pas voulu préciser le motif de l'enquête, a réaffirmé son « engagement à continuer à travailler selon les plus hauts critères de bonne gouvernance et de transparence ».

Des perquisitions ont également eu lieu en Norvège, a rapporté la radio publique norvégienne NRK.

De son côté, la police norvégienne confirme assister les autorités autrichiennes dans l'enquête contre « un citoyen norvégien », mais invoque d'autres motifs.

« Les autorités autrichiennes soupçonnent le Norvégien de délinquance financière », a dit dans un communiqué Anna Haugmoen Mo, une responsable de l'Autorité nationale d'enquête et de poursuite des infractions économiques et environnementales.

À la tête de l'IBU depuis 1992, Anders Besseberg, 72 ans, avait récemment fait savoir qu'il ne briguerait pas de nouveau mandat à la tête de l'organisation au prochain congrès à Porec, en Croatie, en septembre.

Avec les informations de Agence France-Presse

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