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Étude : subir une commotion cérébrale dans la LNH mène rapidement à la retraite

Andrew Shaw félicite le gardien Carey Price.

Andrew Shaw et Carey Price

Photo : Getty Images / Minas Panagiotakis

Martin Leclerc

BILLET - Quand les amateurs voient un hockeyeur de la LNH quitter la patinoire après avoir subi un coup à la tête, ils s'inquiètent généralement pour sa santé à long terme. Toutefois, personne ne réalise qu'environ deux ans après avoir subi cette commotion cérébrale, la carrière de cet athlète sera probablement terminée!

The Journal of Neurotrauma, une revue médicale spécialisée, a publié une étude à la fois unique et fascinante au début du mois de mars. Au lieu de se concentrer sur les effets à long terme des commotions cérébrales sur la santé des athlètes, les auteurs se sont penchés sur les effets à très court terme d’une commotion cérébrale sur la vie des hockeyeurs de la LNH.

Le confrère Rick Westhead, de TSN, a révélé l’existence de cette étude plus tôt cette semaine. Je me suis procuré l’étude complète et son contenu tend à démontrer que les joueurs de la LNH font totalement fausse route en ne militant pas plus activement pour atténuer le fléau des coups à la tête.

Ainsi, une commotion cérébrale n’est pas une blessure qui « peut-être » nuira à leur qualité de vie dans 20 ou 25 ans. C’est une catastrophe qui aura des effets presque immédiats dans leur vie.

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L’étude en question s’intitule The Short‐Term Impact of Concussion in the NHL : an Analysis of Player Longevity, Performance, and Financial Loss (les impacts à court terme des commotions cérébrales dans la LNH : une analyse de la longévité des joueurs, de leurs performances et de leurs pertes financières). Ses auteurs sont Prem Ramkumar, un orthopédiste de Cleveland, et Sergio Navarro, un étudiant en médecine de l’Université Baylor à Houston.

Ramkumar et Navarro concluent que lorsqu’on les compare aux joueurs qui n’ont pas eu de commotion cérébrale, les joueurs touchés voient leurs performances et leur salaire diminuer, en plus de perdre de précieuses années de carrière.

Durant cette étude, on a scruté les 2194 joueurs ayant disputé au moins une saison complète (41 matchs et plus) dans la LNH entre 2008 et 2017.

En voici les passages les plus significatifs :

- Durant ces 9 saisons, 309 joueurs de la LNH ont subi 399 commotions cérébrales qui ont été publiquement établies comme telles par les équipes ou les joueurs.

- Le groupe des joueurs commotionnés a été comparé au groupe de joueurs ayant eu la chance d’éviter ce type de blessure grâce à la « courbe des survivants Kaplan-Meier ». C’est un modèle scientifique utilisé dans plusieurs domaines, que ce soit pour mesurer le taux de survie des patients après avoir reçu un certain type de traitement, pour mesurer la durée de vie de certaines pièces mécaniques ou pour établir combien de temps mettra un chômeur, en moyenne, à trouver un nouvel emploi.

- Un an après avoir subi une commotion, un joueur a 65 % de chances d’avoir conservé un poste dans la LNH par rapport à un non-commotionné. Trois ans après avoir subi une commotion, un joueur à 35 % des chances d’avoir conservé un poste dans la LNH par rapport à un non-commotionné. Cinq ans après avoir subi une commotion, les chances du commotionné chutent à 14,6 %, comparativement à 43,7 % pour les non-commotionnés!

C’est énorme!

- La carrière des hockeyeurs participant au protocole de commotions cérébrales de la LNH se termine en moyenne 2,1 saisons après la blessure.

- Les joueurs ayant subi des commotions ont encaissé des pertes salariales annuelles moyennes de 390 000 $ US lors du premier contrat négocié après avoir subi une commotion cérébrale. Les joueurs de l’autre groupe, toutes positions incluses, ont vu leur salaire moyen progresser. Les contrats des commotionnés étaient aussi plus courts, de près d’une saison, en moyenne.

- Les joueurs ayant subi plus d’une commotion cérébrale ont vu leur rémunération chuter de façon encore plus importante.

- Les centres ont vu leur production offensive décliner de 4,2 points la saison suivant leur commotion et leur salaire annuel a diminué de 498 000 $ US en moyenne lors du contrat suivant. Les ailiers ayant subi une commotion ont affiché une production offensive inférieure de 3,2 points la saison suivante et ont encaissé une perte salariale moyenne de 425 000 $ US par la suite.

- Les gardiens commotionnés ont remporté en moyenne 8,4 victoires de moins par saison et ont accordé 19,3 buts de plus. Les gardiens commotionnés sont tout de même parvenus à obtenir des augmentations salariales, mais celles des gardiens non commotionnés ont été près de deux fois plus élevées.

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Patrice Bergeron et Sidney Crosby

Patrice Bergeron et Sidney Crosby

Photo : Getty Images / Justin K. Aller

« Le taux de survie professionnelle, bien plus bas, des joueurs commotionnés, suggère que ces blessures ont des conséquences sous-évaluées quant à la capacité des joueurs de poursuivre leur carrière à court terme », écrivent les auteurs.

Bien sûr, toutes sortes de facteurs influencent la longévité, la production et la rémunération des joueurs de la LNH. Mais comme les courbes d’âge des deux groupes sont à peu près identiques, il semble assez clair qu’une commotion cérébrale est une hécatombe dont les effets sont généralement assez immédiats dans la carrière d’un joueur et au sein d’une équipe.

Pour chaque Sidney Crosby ou Patrice Bergeron, qui ont sont parvenus à retrouver le même niveau d’excellence après avoir subi des blessures au cerveau, de nombreux autres joueurs se sont rapidement retrouvés à la retraite sans trop qu’on comprenne pourquoi.

Par exemple, si l’on tient compte de ce qui s’est passé avec le Canadien cette saison, est-ce que quelqu’un peut affirmer avec confiance qu’Andrew Shaw jouera encore dans la LNH dans deux ans? Il a subi trois sévères commotions au cours des 15 derniers mois.

Et Carey Price? Aboutira-t-il dans le même groupe que Crosby ou dans l’autre? Si sa récente commotion cérébrale devait retrancher 8,4 victoires à sa meilleure fiche possible la saison prochaine, on parlerait alors de 17 points de moins au classement pour le CH. Ce seul facteur pourrait anéantir tous les efforts de reconstruction de la direction.

Les dirigeants de l’Association des joueurs devraient porter une attention toute particulière à cette nouvelle étude. Et Gary Bettman aussi, lui qui nie toujours qu’un lien puisse exister entre les commotions et la santé des joueurs.

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